mardi 31 août 2010

À propos de Tolstoï et surtout de Henri Troyat

Les Belles Lettres n'ont jamais tout à fait réussi à me piéger, même si je suis là comme un con en train de vous écrire. Il n'est que cinq heures cinquante-cinq du matin. Et je ne suis pas superstitieux, non. Des suites de cinq, ça ne veut rien dire. Ça ne me fera pas gagner à la loto. Ni voir Dieu ou son beau-frère.

Je sais que j'exagère. À trop avoir lu le mauvais plis se prend. Et je l'ai pris. Même que j'exagérais déjà du temps où je ne faisais que babiller. J'allais déjà d'une digression à l'autre pour oublier que tout peut être calme, plat et silencieux.

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La contemplation connaît aussi ses limites. On finirait par s'emmerder, n'est-ce pas? D'où l'usage très limité des trois points de suspension dans mon artisanat littéraire. Laissons cela pour ceux qui ne savent pas écrire. Mis à part Louis-Ferdinand Céline, le seul qui ait le droit d'en abuser. Parce que c'était aussi un crétin de raciste, ce qui me fait un peu dégueuler.

Parlant littérature, je lis Tolstoï de l'écrivain et académicien de la langue française Henri Troyat. D'origine arménienne, né en Russie, il a fait du chemin ce prolifique Troyat que j'avoue connaître trop peu. Il passe le test avec sa biographie de Léon Tolstoï.

J'en suis à la page 324. C'est une brique de huit cents quelques pages. Et je la dévore entre midi et midi trente, tous les jours. En mangeant. Je me nourris le corps tout autant que l'esprit. J'évite parfois la politique pour maintenir un certain équilibre mental. Et ça me réussit. Y'a qu'à me voir aller. J'ai l'air sympathique. Même mes ennemis rient avec moi. Sinon ils me narguent ou sont naturellement indifférents, ce que je leur serais gré d'avoir pour comportement.

Mais laissons-moi de côté. Après tout, je est emmerdant. Ce qui vaut bien le fameux «je est un autre» de Rimbaud.

Troyat rapporte que Tolstoï tenait un journal intime dans lequel il consignait ses vicissitudes à la manière des Confessions de Jean-Jacques Rousseau. Lire ce type de journal m'est insupportable. J'ai toujours envie de botter le cul de l'auteur. Des suites de pleurnichades avec des récits de curetage de nombril. C'est endormant. Pourtant, Troyat me surprend avec son Tolstoï puisqu'il adopte le ton du type qui se nargue de ces enculeurs de mouches qui rapportent tout sur eux-mêmes comme si la vie c'était Facebook.

Tolstoï note ses baises, ses rages de dents, ses diarrhées et ses foutues règles de vie qu'il n'est pas capable d'assumer en tant que joueur et déjoué. Car il est tout le temps déjoué dans ses plans trop grands pour lui. Et il ne reste de lui, somme toute, que des grandes oeuvres, sauf son foutu journal intime que Troyat se fait le plaisir de ridiculiser tout au long des trois cent vingt-six premières pages. Way to go Troyat! Fonce dans le tas. Démolis Tolstoï! Car c'est bien une oeuvre de démolition, cette biographie.

J'ai déjà hâte de lire la page 327. Et de relire Tolstoï, avec un nouveau regard peut-être. Que voulez-vous, je suis influençable. Comme vous peut-être. Ou bien un autre.

Toltstoï de Henri Troyat est publié chez Le Cercle du livre de France. En 1952. Ou 1957. Cherchez et vous trouverez.