vendredi 6 août 2010

Les chroniques littéraires m'emmerdent la plupart du temps

On oublie trop vite que la littérature c'est aussi une forme de divertissement, un art en quelque sorte, l'art qui convient le mieux au lecteur.

Que font les auteurs de premiers romans? Parler d'eux-mêmes. Ils n'ont pas assez vécu pour parler des autres. Et ce faisant, leur message est souvent fat et sans substance. Pour un Henry Miller il y a des millions d'auteurs médiocres qui donnent envie de ronfler. Pour un Charles Bukowski, des tas de demi-lettrés qui s'évertuent à raconter leurs brosses avec cent fois moins de talent, parce qu'avec mille fois moins de vécu.

Miller et Bukowski sont des exceptions. Leur Je était un autre dans leur cas, pour paraphraser Rimbaud. Et ce Je me touche parce qu'il se conjugue à la première personne du pluriel. Il se transmute en nous. En humanité. Et en art.

La plupart des égotistes deviennent d'abobinables auteurs. On finir par détester toute cette prose enflée et ces borborygmes de la tragédie grecque. Nous vivons au Nouveau-Monde tabarnak! C'est ce Nouveau-Monde qui doit parler. Avec tout ce qu'il a d'ancien, d'antédiluvien, de profondément animiste.

Je m'égare de mon sujet. Les chroniques littéraires m'emmerdent la plupart du temps. Je ne suis pas un lecteur de Sainte-Beuve, mais un buveur de Baudelaire. La sociocritique, la psychocritique et la nonocritique j'en ai rien à foutre. Je m'abreuve à la source vive de la littérature. Je ne fréquente que les sources fraîches et pleines de fantaisies. Il y a même des Grecs dans ma liste. Dont Diogène de Sinope, un auteur dont aucun livre n'a subsisté. Épictète ensuite.

Et puis je passe aux Romains. Sénèque et les raconteux d'histoire, surtout Suétone, plus drôle que Tacite, bien que moins vrai. D'autres Latins? Ouais. De temps à autres. Ovide. Boèce. Et coetera. Marcus Aurelius. Curriculum vitae.

Moyen-Âge? Hum. Rutebeuf. Villon. Érasme. Les poètes sufis et ça me suffit.

Renaissance? Rabelais. Le vrai génie de la langue françoise. Je lui dois tout. Le premier auteur de ma jeunesse. J'ai lu Gargantua dès la première année, par hasard. Et je me suis mis à manger comme un glouton, petit bonheur sans lequel la vie ne serait qu'une pénitence.

Ensuite? Shakespeare. Cervantès. Voltaire. Sade. Hugo. Gogol. Dostoïevski. Boulgakov. On va pas tous les nommer. Alphonse Daudet me plaît. Et Arthur Buies aussi. Tristan Corbière. Jack London. Il y en a des tas.

Orient? Lao Tseu. Il n'a écrit qu'un livre. Il l'a remis à un garde-frontière pour qu'il le laisse s'enfuir lui et sa monture: un boeuf. Un sage à dos de boeuf, on dira ce qu'on voudra, ça m'impressionne. Le Tao. C'est ma clé pour la littérature orientale qui m'a conduit à négliger sa littérature au profit de sa spiritualité. J'avoue avoir peu lu de romans chinois ou indiens, voire thaïlandais. Même que ça manque à ma culture. Nul n'est parfait. Je vais travailler fort pour que ça change d'ici la fin de l'année. Moins de politique et de spiritualité et plus d'art et de littérature de l'Orient. Open your fucking mind big guy!

Physique? J'aimerais tout comprendre à la physique. C'est mon dada de scientifique raté. Je lis Stephen Hawkins et me voilà transporté dans une brève histoire du temps. Si c'était à refaire, je me lancerais dans les mathématiques appliquées. Je n'écrirais plus rien que des chiffres et des équations. Histoire de ne pas m'empêtrer dans des mots juste pour me délier les doigts.

La littérature nationale? Ça n'existe pas. Un romancier est un romancier parce qu'il est romancier et non  parce qu'il est Québécois ou Marsien. Idem pour un artiste. Ou pour un avaleur de sabre. Ne confondons pas les causes avec l'art. Même si je dessine le maire de Trois-Rivières dans mes passe-temps.

Après ce bref tour d'horizon, permettez-moi de revenir à la littérature. Ne serait-ce qu'en tant que cuistre amateur.

J'aime bien lire.

Je n'aime pas m'emmerder quand je lis.

Voilà toute ma théorie littéraire.

Elle vaut ce qu'elle vaut et franchement c'est suffisant pour tourner les pages de tous ces livres qui tombent entre mes mains, comme si je ne pouvais pas m'en passer.