mardi 24 août 2010

Rita, Doris et leur tarte au coconut

Rita et Doris se pointent tous les jours au restaurant du terminus d'autobus pour aller prendre leur pointe de tarte au coconut avec un café.

Rita est petite, maigre et fripée. Le cheveu rare. Un petit oiseau déplumé qui s'est échoué sur la plage d'une quelconque ville industrielle.

Doris est grosse et gonflée de partout. Elle a des cheveux de broche rouillés. Une marmote avec des yeux de taupe. C'est elle qui parle le moins dans le duo. Elle a le souffle court et sa langue pend.

Rita occupe toute la conversation avec le bon goût de la tarte au coconut et celui du café.

-Ah! j'ai pour mon dire qui est bon le café du terminus, ben bon, hein Doris?

-Orzmwphe! renâcle Doris en avalant sa bouchée de tarte au coconut.

-Le café c'est bon chaud. Frette, j'aime pas ça. Parle-moé pas du café frette! Pouah! Ça c'est pas bon, du café frette. Mais chaud, oui, ça c'est bon du café chaud. Pis la tarte au coconut, c'est comme qu'i' la servent icitte qu'est juste parfaite. Ni trop chaude ni trop frette. Juste tiède. Ouais. I' faut manger ça tiède d'la tarte au coconut et, j'va's dire comme c'te gars, c'est icitte au restaurant du terminus qu'i' servent la tarte au coconut à la bonne température! En seulement qu'i' faut qu'alle soit fraîche pis icitte, ben, alle est tou'ours fraîche! Hein Doris?

-Moui, rétorque Doris en avalant une autre bouchée.

C'est toujours comme ça. Un long soliloque sur le café chaud ou frette, sur la température de la tarte au coconut et sur rien d'autre. Jamais rien d'autre. Juste le café, la tarte au coconut. De quoi devenir dingue.

Peut-être que Rita et Doris sont un peu dingues. Bien qu'elles font toutes deux des mots croisés en  demandant qu'on réchauffe leur café. Tant et si longtemps que le staff du restaurant du terminus doit souvent user d'imagination pour les chasser du restaurant. On passe la moppe sur leurs pieds, pas exemple, ou bien l'on renverse du café sur leurs mots croisés. De quoi faire flipper Rita et entraîner Doris à sa suite, Doris qui la suit comme un chien de poche.

-Bon ben on va y aller, de dire dignement Rita... Bonjour là mademoiselle... On revient demain, comme d'habitude!

-C'est ça bye... répond la serveuse.

N'importe quoi pourvu qu'elles s'en aillent! Pourvu qu'on n'entende plus Rita revenir toujours sur l'hostie de café chaud ou frette et sa tabarnaque de pointe de tarte au coconut tiède...

Il y a des limites à ce que peut supporter du staff payé au salaire minimum. 

Même que le gérant a pensé de retirer la tarte au coconut de son menu, juste pour qu'elles leur crissent la paix.

Selon moi, il ferait erreur. Parce que son hostie de resto marcherait pas plus pour autant. C'est trop facile de passer ses erreurs de gestion sur le dos de Rita et Doris, deux pauvres vieilles qui ne font que manger de la tarte au coconut... Ce serait cheap de sa part de retirer la tarte au coconut de son menu. Vraiment cheap. Tout le monde se mettrait à le traiter de fucking trou d'cul dans l'boutte. Parce que l'monde a l'air mauvais, par icitte, mais a bon coeur dans l'fond. On se battrait pour que Rita et Doris mangent leur hostie d'pointe de tarte au coconut au restaurant du terminus, avec un café juste à la bonne chaleur. On se battrait becs et ongles et s'il faisait ça, le tabarnak, sûr qu'on lui ferait savoir que toutte le village est du bord de Rita et Doris. Toutte au grand complet, même les Drouin du fin fond du Rang du Pays-brûlé.

Allélouia!