vendredi 17 juin 2016

Être un peu moins lourd...

Il est primordial que je sois moins lourd pour ce billet du vendredi.

La fin de semaine s'annonce belle, chaude et ensoleillée. De plus, ce seront les journées parmi les plus longues de l'année. Il serait ridicule de s'en priver. Et, pire encore, de bouder ce plaisir pour des considérations platement politiques.

J'ai quelque chose de la bête politique, je ne le sais que trop bien. Je tempère cependant mes révoltes avec beaucoup de philosophie et un zeste de poésie.

La politique est trop souvent le théâtre d'opération des personnes les plus répugnantes qui soient. Ce n'est pas pour rien que la politique attire des légions de menteurs, d'hypocrites et de magouilleurs. Ce n'est pas pour rien que la politique est contrôlée par la pègre. Je ne dirais pas que c'est dans l'ordre des choses. C'est plutôt la confirmation du désordre des choses. C'est la preuve que la politique est un terrain couvert d'immondices et d'idéologues fanatiques qui voleraient un bol de riz à un enfant famélique pour prouver qu'ils ont raison de tout détruire.

L'humanité est rare chez ceux qui ont des opinions bien arrêtées. Ils vous en trouveront des justifications pour ce bol de riz volé. Ils vous en casseront des oeufs sans que vous ne voyiez jamais l'omelette. Ils vous diront, surtout, d'être réalistes. Le monde est laid, ignoble et immoral, tout comme ils le sont. Pourquoi devriez-vous vous acharner à le voir différemment? Pourquoi croire qu'il pourrait être beau, noble et tout aussi moral qu'une main tendue vers quelqu'un qui a besoin d'aide?

Je le dis souvent, mes héros en littérature comme dans la vie sont ceux qui soignent des blessés plutôt que de faire des victimes, aussi collatérales soient-elles.

Je voue un culte au docteur Jivago, un personnage fictif qui existe pourtant parmi mes semblables.

Au lieu de faire la guerre, Youri Jivago ramasse tout le monde qui est tombé au combat, les Rouges, les Noirs ou les Blancs. Il ne fait pas de distinction entre la vie humaine d'Untel et celle de l'Autre.

Dans ses temps libres, plutôt que de se perdre en ratiocinations sur la situation politique, il écrit des poèmes. Des poèmes qui parlent d'une femme ou bien du givre qui se forme dans les fenêtres.

Les esprits politiques le traitent d'idiot, de rêveur, de crétin. Et ensuite, ils dévorent leurs propres enfants sans trop les mâcher.

Jivago les surpasse tous à mes yeux. Tous ces crottés cannibales qui rêvent d'étriper leurs frères et soeurs humains ne lui arrivent pas à la cheville.

***

Il fera beau aujourd'hui, demain et après-demain.

Jo Cox s'est faite tuer par un déséquilibré mental d'extrême-droite. C'était une députée travailliste britannique qui prônait le multiculturalisme tant honni par certains. Elle défendait le maintien de la Grande-Bretagne au sein de l'Union européenne. Comme la plupart des indépendantistes écossais par ailleurs...

J'ai beau trouver que la politique est sale, que je me garde un droit de réserve en de pareilles circonstances.

Le multiculturalisme n'est pas à la mode chez les souverainistes québécois, je ne le sais que trop bien. Je me fais souvent reprocher de soutenir cette position. Je ne veux pas signifier par là que tous les opposants au multiculturalisme soient des assassins. Mais il y a un germe de violence dans le repli identitaire. Un germe de hooliganisme. Un germe de fanatisme. Ceux qui se sentent atteints par la grande farandole du vivre ensemble me semble des gens bien tristes. La Terre est devenue petite et les moyens pour la détruire menacent l'existence même de la vie sur notre planète. Cela prête à réfléchir sur l'art de vivre ensemble sans se taper sur la gueule.

Je soutiens à ma manière l'indépendance du Québec. Et, je dois bien le dire, je n'ai aucun problème moral à considérer l'indépendance du Québec sous l'angle d'une société ouverte et multiculturelle. Je dirais même que j'ai un problème à l'envisager autrement.

Quand on crache sur Justin Trudeau et son maudit multiculturalisme, je ne m'étonne pas de voir les zélotes de cette idée stagner à 20% dans les sondages. Le racisme, même larvé, arrive rarement à ratisser plus large que cette proportion.

Je lie l'indépendance du Québec à la justice sociale.

Si l'indépendance n'arrive pas, je n'en mourrai pas.

Je suis déjà un Métis qui vit à cheval sur plusieurs frontières. Je suis déjà accoutumé à ce que l'on pourrait appeler l'inacceptable.

L'inacceptable ne doit pas me faire oublier le soleil, les fraises et les marguerites.

Je ne dois pas oublier que la vie est courte.

Et que c'est sans doute la seule que j'aie.

D'où l'importance d'en prendre soin, tant pour moi que pour autrui.





jeudi 16 juin 2016

Hommage à mon frère Christian, professeur de littérature à la retraite

Mon frère Christian a pris sa retraite de l'enseignement. Il était professeur de littérature au niveau collégial. Il aura passé 51 ans à l'école. Cela donne le vertige...

Son collège a souligné sa retraite dans le cadre d'une soirée où l'on rendait hommage à ceux et celles qui pouvaient enfin prendre la clé des champs. On le voit ici sur la photo en exergue.

Christian est l'aîné des quatre garçons de ma famille. Je suis le troisième du lot. Neuf ans me séparent de lui. C'est donc dire que je fus, en quelque sorte, son premier étudiant. Il s'est pratiqué sur moi avant de prodiguer son enseignement aux autres. Si j'écris aussi bien, c'est un peu de sa faute. Et un peu de la faute de mon père qui m'emmenait souvent à la bibliothèque en me recommandant vivement de ne pas lire seulement des bandes dessinées.

Nous sommes des fils de prolétaires qui ont fait la Révolution tranquille.

La génération de mes parents a été condamnée au travail à la chaîne à l'usine. La nôtre pouvait escompter un meilleur sort.

Moi et Christian avons eu le privilège de poursuivre nos études jusqu'à l'université.

Christian m'a ouvert la voie. Il m'a fait prendre conscience que c'était possible de ne pas finir ses jours à la Wabasso Textile ou bien à la Reynolds Aluminium Company. Et ça tombait bien, puisque ces usines sont fermées depuis longtemps déjà. Sans les études, peut-être que je serais chômeur à plein temps. Bien que je sois très critique envers mes études, je ne suis pas assez fou pour reconnaître que cette pure formalité m'aura ouvert quelques portes. Dont celles de la culture.

J'ai développé assez tôt des velléités d'écrivain. J'ai écrit des poèmes, des nouvelles et des romans sur lesquels mon frère et mon ineffable professeur de philosophie Alexis Klimov ont jeté un regard critique, sinon assassin. Je leur en suis d'autant plus reconnaissant que j'ai brûlé la majeure partie de ces écrits minables où j'apprenais à dire ce que je ne disais pas encore. Ma plus grande joie c'est de n'avoir jamais publié ces conneries. Cela aurait très bien pu se produire. J'ai connu des types qui ont publié leurs écrits de jeunesse et qui vivent encore de l'illusion de cette jeunesse qui leur aura fait produire des oeuvres plus que médiocres. Ils se seront accrochés à des poncifs et en seront devenus les esclaves. Grâce à mon frère et à Klimov, j'ai eu la chance de ne pas me faire d'illusions sur mes billevesées. J'ai pu me délivrer des clichés pour trouver ma propre voix.

Christian m'a initié aux bons auteurs, surtout ceux du Siècle des Lumières. De Diderot à Voltaire, en passant par Rivarol et tous les moralistes français, j'ai franchement tout appris. Initialement, mes phrases étaient longues et ponctuées de points-virgules, de tirets et autres signes que j'ai dû abandonner en cours de route. En fait, c'est au cours de cette route que j'aurai appris ce que les lettres ne pouvaient pas m'apprendre. J'ai connu la vie. J'ai aimé l'amour. J'ai vécu de vraies aventures au lieu de les subir par procuration via ces lectures qui devinrent encombrantes.

Klimov m'a incité à ne plus écrire de poésie en tournant mes vers au ridicule. Mes vers étaient aussi mauvais que ceux que publient la majeure partie des maisons d'édition. Ils étaient même meilleurs en quelque sorte... Cependant. ils participaient d'une époque dont s'est gaussé Marcel Aymé dans cet ouvrage inclassable intitulé Le confort intellectuel. Mes Davy Crockett, croquettes de veau, vaudeville et vilebrequin ne l'ont pas impressionné. Mon dadaïsme est mort assassiné sous ses yeux d'érudit.

Klimov a été le professeur de Christian. Et lorsque j'ai bénéficié de l'enseignement de Klimov, c'était comme un retour aux sources si je puis dire.

Christian, en parfait klimovien, aura tué mes phrases longues à n'en plus finir. J'ai retenu à jamais cette leçon que j'ai retrouvé chez Rivarol: "Ce qui n'est pas clair n'est pas français." Dès lors, j'ai compris que je devais me conformer à l'ordre logique du discours pour mieux frapper avec mes mots. On apprend en bas âge que Luc va à l'école. Ce n'est pas À l'école, va Luc. Ni Luc, à l'école, va. Ce qui n'est pas clair n'est pas français... Toute phrase se tient mieux lorsque le sujet est suivi d'un verbe puis d'un complément. Cette vérité toute simple fait en sorte que l'on croie que j'ai une belle plume... Je dois cette belle plume à mon frère Christian. Et je le dis sans fausse humilité ni narcissisme.

Je ne doute pas de la valeur des leçons que Christian m'a inculquées.

J'ai beaucoup trop parlé de moi encore une fois.

Je souhaite que l'on comprenne que c'était pour mieux témoigner de mon admiration envers le meilleur prof que j'aie connu dans ma vie: mon frère Christian.

Libre comme il l'est devenu, j'imagine qu'il aura du temps pour partager avec votre humble serviteur cet amour des lettres qui fait partie de notre fraternité.

Il aura du temps pour feuilleter ses chers livres qu'il tarde tant à soumettre à l'élagage.

Il aura du temps pour me recommander des lectures et poursuivre ses leçons avec celui qui fût son premier cobaye.

Bonne retraite mon frère!




Mon nouveau billet dans le Hufftington Post

Mon nouveau billet dans le Hufftington Post.

mercredi 15 juin 2016

Mort, destruction et célébrité



"Je savais qu'ils étaient mes ennemis, mais eux ne le savaient pas. Ils s'aimaient entre eux, ils se serraient les coudes; et moi, ils m'auraient bien donné un coup de main par-ci, par-là, parce qu'ils me croyaient leur semblable. Mais s'ils avaient pu deviner la plus infime partie de la vérité, ils m'auraient battu."
Jean-Paul Sartre, Érostrate (Le Mur)

On ne se souvient pas du nom de l'architecte du temple d'Artémis à Éphèse. Ses dimensions colossales et  la richesse de ses décorations faisaient en sorte qu'il était mentionné parmi les Sept merveilles du monde. On se souvient par contre du nom de celui qui l'a incendié en l'an 356 de notre ère. L'hurluberlu s'appelait Érostrate et souhaitait devenir célèbre de cette manière.

Dans Crime et châtiment de Dostoïevski, l'ancien étudiant en droit Rodion Romanovitch Raskolnikov est un fervent admirateur de Napoléon Bonaparte. Il est sans le sou et rumine l'idée d'assassiner une vieille prêteuse sur gages pour lui voler quelques kopecks. Il trouve la justification de son crime dans le fait que Napoléon n'hésitait pas à tuer des milliers de gens sur le champ de bataille pour atteindre son objectif. Pourquoi devrait-il hésiter à tuer une vieille s'il voulait lui-même devenir un grand homme?

Chez Érostrate comme chez Raskolnikov, la recherche de la célébrité sert de caution morale.

Cet exemple peut maintenant s'appliquer à tous les auteurs d'attentats. Ils souhaitaient, eux aussi, devenir célèbres.

Le dictionnaire des noms propres est rempli de noms sales. Les biographies consacrées aux brutes et aux assassins couvrent plusieurs rayons de nos bibliothèques.

Des poètes ont chanté les exploits de ces tueurs.

On a rarement lu un poème à propos d'un architecte.

***

Incendier un temple ou tuer des centaines d'êtres humains pour en retirer de la célébrité relève de la plus authentique bêtise qui soit. Malheureusement, nous baignons dans une culture qui se charge d'en faire la promotion. Le culte de la mort et de la destruction est omniprésent dans notre monde.

On dit des Incas qu'ils étaient civilisés parce qu'ils vivaient dans des villes. On aurait pu tout aussi bien dire parce qu'ils pratiquaient des sacrifices humains.

Les tribus nomades et pas du tout civilisées n'étaient pas exemptes de tares. Mais on n'y gaspillait pas la chair humaine comme le faisaient les civilisés.

Je sais que je vais encore passer pour quelqu'un qui entretient le mythe du bon sauvage.

Pourtant, je me questionne sur l'accroissement des attentats et des destructions irraisonnées. Ils surviennent en cette époque que le poète Ovide appelait à juste titre l'âge de fer, le pire âge de l'humanité, un âge où tout le monde s'étripe pour un rien.

Quelles réponses peut-on offrir à tous les problèmes soulevés par ces meurtres gratuits que l'on camoufle sous un vernis de civilisation, de religion ou de politique?

***

Dans un autre ordre d'idées, je me souviens d'une histoire survenue dans le quartier de mon enfance. Un père de famille s'était levé en pleine nuit pour aller étrangler son fils dans son lit. Il entendait des voix...

Était-ce cette même voix qu'Abraham entendait pour lui dire d'éviscérer son fils Isaac?

Je ne le sais pas.

Ce père de famille n'a pas eu la bonne fortune d'Abraham.

Il a été retiré de la circulation.

Comme quoi ce qui est un crime pour l'un devient un acte de gloire pour l'autre...


mardi 14 juin 2016

Je suis un rêveur

Ce qu'il y a de bien avec la réalité de vieillir c'est de ne plus avoir de temps et encore moins d'intérêt pour les faux-semblants.

Comme bien d'autres j'imagine, j'aurai fait semblant d'aimer ce que je n'aimais pas.

J'ai écouté de la musique tonitruante qui ne m'intéressait pas.

J'ai participé à des partys et des réunions qui me soulevaient le coeur.

J'ai lu et vu des classiques en tous genres que j'ai failli aimer par pur conformisme.

C'est que le conformisme ne se joue pas qu'en se rabaissant aux goûts du plus petit dénominateur commun.

On peut être conformiste même parmi des marginaux.

On peut se conformer aux produits tout aussi inintéressants de la marginalité pour briller parmi ceux qui se tiennent en groupe pour prétendre qu'ils n'aiment pas les groupes.

J'ai toujours ressenti un profond malaise au sein des collectivités.

Quelque chose en moi m'a toujours dit que j'étais un solitaire.

J'aurai longtemps refusé l'étiquette de solitaire par lâcheté intellectuelle, par ce besoin trop humain de paraître normal, aimable et pas du tout méprisant.

Aujourd'hui, à 48 ans, je ne me sens plus la patience pour tenir un rôle qui n'est pas le mien.

J'aime la musique douce, la harpe et le violon langoureux.

Je ne fréquente pas les partys et fuient comme la peste les événements publics.

Je me fais ma propre idée sur ce que je lis et ce que je vois. Je ne juge plus une oeuvre à l'aune des critiques. Je n'apprécie vraiment que ce qui me nourrit. Si l'oeuvre me hante pendant des jours après avoir été en contact avec elle, c'est qu'elle mérite de faire partie de ma courte liste de chefs-d'oeuvre.

Je n'ai plus honte de mes sentiments et encore moins de mon caractère.

Je ne suis pas exempt de conformité. Après tout, je n'ai pas tout à fait l'air d'un itinérant. Mais je sais que je n'ai rien à attendre des modes, des cliques et des claques.

Je m'efforce de porter des vêtements sans logo et sans message. Je me dis naïvement que je ne suis pas un homme-sandwich. S'il m'arrive d'en porter, c'est parce qu'on me l'a donné et qu'il faut bien user ce que l'on vous donne.

Règle générale, je ne recherche rien d'autre que la tranquillité, le bruissement des feuilles, le chant des oiseaux, le clapotis des vagues.

Mes randonnées préférées ont lieu tôt le matin, lorsque les rues et les boisés sont déserts.

Ma saison préférée, à peu de choses près, est l'hiver. L'hiver qui me donne parfois l'impression d'être le dernier homme sur Terre. J'adore par-dessus tout marcher sous la tempête. C'est vivifiant et je dirais même transcendant.

Je ne suis pourtant pas misanthrope.

Et même que j'ai une blonde, laquelle est aussi sauvage que moi pour à peu près les mêmes raisons.

C'est avec elle, ma douce chérie, que je partage cet irrépressible besoin de paix, d'amour et de quiétude.

Ce besoin de calme et de beauté qui se contente de si peu.

Je passerais des heures à regarder une fourmi porter une miette de pain.

Des jours à contempler des grains de sable.

Des années à entendre le murmure d'un ruisseau.

Je ne suis pas comme tout le monde.

Je ne tiens pas à briller parmi les amateurs de rock, de romans-cultes ou de curling.

Je suis un rêveur.

lundi 13 juin 2016

Nouvelle publication dans le Hufftington Post

Rainbow Gathering

Mon nouveau billet est paru dans le Hufftington Post.

Il s'intitule La nature c'est bon pour les pouilleux.

La virilité c'est comme la confiture

"La virilité c'est comme la confiture, moins t'en as plus tu l'étends."
Moi

Photographie de Diane Arbus
Les premières victimes de l'homophobie sont les homophobes eux-mêmes.

Je ne dis pas ça pour qu'on les prenne en pitié. Je le dis parce que je l'ai trop souvent constaté dans ma vie. Ceux qui riaient le plus des soi-disant "tapettes" n'auraient pas dédaigner sucer une graine. Je les soupçonnais même d'en sucer en cachette et d'aimer tabasser les gais pour faire semblant qu'ils n'en étaient pas.

La violence qu'ils exprimaient envers les homosexuels participaient du reniement de leur propre nature homosexuelle. Ces homophobes étaient aussi les pires brutes avec les femmes. Ils affichaient une virilité tellement outrancière qu'elle finissait par cacher quelque chose de louche. Leur passion, c'était de débusquer les homosexuels dans les douches des gymnases, de leur donner des coups de serviettes mouillées et de leur pisser dessus. C'était le genre à regarder des films de cul entre gars. C'était parmi eux que s'organisaient les concours de branlettes et autres saloperies que je fuyais comme la peste.

Bref, je ne me sentais jamais bien en leur compagnie. Je préférais nettement les victimes de leur ostracisme. Je me sentais bien parmi les artistes et les intellectuels, au sein desquels on trouvait une forte proportion d'homosexuels et de transgenres qui s'assument. Je dirais même que je me sentais bien parmi les femmes. Je préférais nettement leur compagnie à celle des gars qui se gaussaient de l'art, des sentiments, des émotions et autres humanités du même ordre.

À l'école, j'ai assisté souvent avec impuissance à l'humiliation de jeunes garçons et jeunes filles qui avaient le malheur d'être différents. Certains se sont suicidés. D'autres ont réussi à passer au-travers de cette épreuve en assumant pleinement leur différence.

Je me demande parfois ce qu'est devenu Jean, que tout un chacun appelait Jeanne. Jean avait une voix et un visage de fille. Il avait aussi des gros seins. Combien de fois je l'ai vu s'enfuir devant des hordes d'abrutis qui voulaient le battre ou bien lui faire manger des chenilles tout en le traitant de tapette.

Il m'est arrivé de le protéger, Jean, tout en regrettant de l'avoir fait ensuite. Je m'en voulais de risquer moi aussi de passer pour un tapette. Je ne voulais pas me faire battre par des connards pour l'avoir protégé. Je rappelais à Jean qu'il devait apprendre à se défendre et arrêter d'être un tapette... À douze ans, c'était toute la capacité que je pouvais avoir à raisonner.

J'étais heureusement grand, gros et plutôt fort. Je ne me battais pas avec mes poings, mais avec des roches, des deux par quatre ou bien des pics à glace. Ça leur rappelait de tenir leur distance sous peine de terminer à la morgue. Je ne pouvais pas devenir la victime de ceux qui s'en prenaient aux gais, aux intellectuels ou bien aux premiers de classe. J'allais les tuer s'ils osaient s'en prendre à moi. C'était clair et net dans ma tête.

Cela dit, plus j'ai accédé aux études supérieures et plus les comportements homophobes se firent rares. C'est au primaire et au secondaire que se vivaient l'enfer sur terre pour les marginaux, de quelque nature qu'ils aient pu être.

Au collège et à l'université, les gais s'affichèrent de plus en plus ouvertement. Ils s'embrassaient devant nous. Ils partageaient leurs aspirations et leur culture avec les autres camarades sans tomber sous le coup de l'ostracisme.

Enfin, j'étais tombé dans un milieu dit évolué. Je n'étais plus parmi une bande de ploucs lâches et peureux qui s'en prenaient à dix contre un. Je n'avais plus à supporter leur bêtise abyssale. Je n'avais plus à cacher mon mépris des homophobes.

J'ai cru naïvement que nous vivions à une époque où ce combat pour les droits des gais, lesbiennes, bisexuels et transgenres était largement gagné.

Jusqu'à ce qu'un plouc entre dans un bar gai, à Orlando, pour y faire un carnage.

Un plouc qui n'aimait pas voir deux hommes s'embrasser.

Un plouc qui croyait qu'Allah l'interdisait.

Un plouc qui aurait aussi pu rejoindre les néo-nazis que les combattants de l'État islamique.

Un plouc comme bien d'autres ploucs que j'ai croisé dans ma vie qui se donnaient toutes sortes de mauvaises raisons pour agir en plouc.

Du coup, je réalise qu'il reste encore beaucoup de chemin à faire pour neutraliser les ploucs.

Ce que je trouve plutôt déprimant.



dimanche 12 juin 2016

Deux hommes qui s'embrassent...

Je voudrais bien écrire quelque chose de brillant à propos de la tuerie qu'un déséquilibré homophobe et islamiste a provoqué dans un bar gay de Orlando, en Floride. Les autorités parlent d'à peu près cinquante morts et cinquante blessés. Je ne trouve pas de mots assez forts pour signifier mon indignation. Alors je vous offre cette image de deux hommes qui s'embrassent. C'est ce qui aurait motiver le tueur à commettre son carnage. C'est ma manière de lui dire d'aller se faire foutre.

Pour le moment, je n'ai même pas envie de me renseigner et d'en savoir plus sur les motivations du tueur. Je ne veux même pas savoir son nom. Je voudrais seulement que son nom soit rayé à jamais de la mémoire des hommes pour tout simplement offrir mes sincères condoléances à tous les gays du monde.

La semaine dernière, en Georgie, un groupe de néo-nazis est entré dans un restaurant végétarien qui sert de lieu de rencontre pour les membres de la communauté LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transgenres). Ils les ont agressé avec de la viande.

Ces deux nouvelles méritent d'être mises en parallèle pour comprendre que nous avons nous aussi des crétins racistes et homophobes à gérer sur notre propre territoire.

Le combat contre le racisme et le sexisme est loin d'être terminé.

Des idéologies religieuses et politiques mènent un travail de sape envers nos droits et libertés chèrement acquis.

Des idiots passent à l'acte sous l'impulsion des prêcheurs de la haine.

Que peut-on faire pour empêcher les tueries?

Honnêtement, je n'en sais rien.

Si des voyous arrachent des fleurs sans raison dans votre jardin, la résistance consiste sans doute à ce que vous en replantiez de nouvelles, pour que la beauté triomphe de l'imbécillité.

J'espère que la communauté gaie de Orlando saura se remettre rapidement sur pied.

J'espère que la voix des homophobes se taira à jamais.

Peace and love...

samedi 11 juin 2016

35 kilomètres de vélo

Autoportrait d'un imbécile heureux au
kilomètre 13 de la piste cyclable
J'atteindrai un jour un âge où le simple fait de se rendre à pieds au coin de la rue relèvera d'une authentique aventure. Je me réjouis d'être encore capable de me rendre plus loin par le mouvement continu de mes jambes sur cette merveilleuse invention qui s'appelle la bicyclette.

Je suis donc parti de très bonne heure pour m'enfoncer sur le sentier linéaire trifluvien qui relie le centre-ville aux Vieilles-Forges. Cela représente un peu plus de 35 kilomètres aller-retour, une distance respectable pour un gus qui, comme moi, approche de la cinquantaine.

Cette piste cyclable, qui fait partie du réseau dit de La route verte, traverse la ville du Sud au Nord dans un décor on ne peut plus naturel. On peut y rouler tranquillement ou bien à vive allure tout en étant ravi par le chant des oiseaux.

À six heures trente du matin, on ne croise pratiquement personne. Le temps étant à la pluie, il est possible que cela contribue aussi à cet état des lieux. Quoi qu'il en soit, je roulais seul, comme dans le bon vieux temps, "vers l'infini et plus loin encore" comme le dirait Buzz Lightyear.

Je suis arrivé aux Vieilles-Forges autour de huit heures. Ces vieilles forges furent jadis la plus vieille industrie d'Amérique du Nord. On y fabriquait des poêles et objets de fonte dès la première moitié du XVIIIe siècle. Le secteur a été abandonné au XIXe siècle. On a déterré les ruines au XXe siècle pour se donner l'illusion d'une histoire antédiluvienne. Le site, qui doit bien faire dans les cinq kilomètres carrés, est l'un des mieux préservés de Trois-Rivières compte tenu de son statut de Parc National fédéral. Il est relativement peu fréquenté puisqu'il se situe en-dehors du circuit touristique traditionnel essentiellement concentré autour du centre-ville. Tant et si bien qu'il faut y faire du bruit au cas où l'on y croiserait des ours qui passent parfois par là après avoir pris leur collation au dépotoir de Saint-Étienne-des-Grès, situé un peu plus au Nord.

Je n'ai pas croisé d'ours. Je n'ai vu qu'une vieille dame qui marchait dans un sentier avec des petites clochettes aux chevilles pour aviser les ours qu'il ne fallait pas la chercher. Une femme s'est faite agresser par un ours il y a quelques années, voyez-vous, et le printemps ils sont légèrement plus mal-léchés.

Je me suis rappelé toutes mes balades aux Vieilles-Forges depuis ma tendre enfance. Dont la fois où j'avais échappé à une interdiction de sortie à la suite d'une mauvaise interprétation de ma mère. L'un de mes amis jouaient avec les seins d'une fille du quartier dans notre hangar tandis que moi et mon jeune frère avions l'air d'attendre notre tour dehors. Ce qui n'était pas le cas. Nous ne savions même pas ce que faisait notre ami avec la fille et pourquoi ils ne voulaient pas nous faire entrer. Ma mère, qui veillait à l'éducation de ses quatre garçons, conclut un peu vite que nous étions de petits vicieux.  Puisque j'étais puni injustement, je me suis dit naïvement que je m'en irais vivre aux Vieilles-Forges où je trouverais sûrement des fraises, des framboises, des mûres et des bleuets...

Je devais avoir douze ans et ce n'était pas encore le temps des petits fruits. Je suis donc revenu dépité, je dirais même affamé, avec le sentiment d'échec en travers de la gorge, souhaitant que mes parents me pardonnent ma fugue. Je fus évidemment condamné à ne pas sortir de la soirée mais ma mère, pas méchante pour deux sous, crut bon d'adoucir sa sentence en me refilant du chocolat et toutes sortes de mauvaises choses pour les dents.

J'en aurais bien d'autres histoires à vous raconter à propos des Vieilles-Forges. Bavard comme je le suis vous vous doutez bien que j'y reviendrai jusqu'à ce que vous détestiez les Vieilles-Forges.

Je pourrais aussi vous raconter mes escapades à vélo du côté du Parc National de la Mauricie et de Québec. Ça viendra aussi puisque je ne suis pas certain d'être capable de m'y rendre à nouveau.

Je peux au moins me rendre à pieds au coin de la rue sans souffrir.

En ce sens, je me crois presque un athlète...

Ça descend comme dans la face d'un singe...

Un petit ruisseau

Le centre d'interprétation des Forges du Saint-Maurice

Reconstitution du moulin qui actionnait le soufflet de la forge

Ruisseau spécialement conçu pour actionner les soufflets des forges

Les rapides de la rivière Tapiskwan Sipi (anciennement Saint-Maurice)

Panneau d'interprétation de "la fontaine du Diable"

La fontaine du Diable est encore inondée par la crue des eaux
Ce qu'il reste de la grande cheminée

Des marguerites, parce que ce sont
les fleurs préférées de ma blonde