jeudi 8 janvier 2009

Une leçon de politesse


Ceux qui me connaissent bien vous le diront: je suis une personne plutôt attentionnée, affable, enjouée et je dirais même sympathique. Bref, je suis poli. La politesse m'est consubstantielle. Et nécessaire tout autant que l'oxygène. Je veux non seulement inspirer la politesse, mais aussi la respirer.

Malheureusement, quand je me trouve dans un milieu où la politesse fait défaut, je deviens rapidement bleu. Mon coeur bat plus vite. Mes muscles se roidissent. Et ma tête explose.

Permettez-moi de vous raconter une anecdote, pour mieux y voir clair.

Cela se passe au Wal-Marde. J'attends à la caisse avec un petit panier rempli de trucs.

Un gus engueule sa femme. Il ressemble à un gros trou du cul de redneck en version fleurdelisée qui se croit tout permis, dont le droit de hurler parmi une file formée de gentilhommes et de gentes dames qui se passeraient bien de cette scène grotesque. Calotte de baseball, petite barbiche bien rasée, veston de cuir frappé du blason de Radio-Ixe: rien d'original. Prévisible. Crétin.

La fille, elle, a l'air d'une Linda du temps de la Roulathèque qui serait encore au temps de la Roulathèque, avec le même hostie de tarlais qui la traite comme une chienne devant tout le monde depuis le temps de la Roulathèque. Personnalité effacée. Cheveux vernis. Profil idéal de victime.

-Ma christ de niaiseuse toé! M'en crisse de d'ça! Attends à maison ma tabarnak! hurle le gros cave.

Vous comprenez qu'un lecteur de Cervantès comme moi ne peut que porter secours à la politesse quand de tels événements se produisent devant mes yeux. Donc, je pogne les nerfs.

-Heille! Ça t'tenterait pas d'être poli toé sacrament?

Le type me regarde, l'air ahuri du gros christ de cave qu'il est. Il est figé de stupéfaction.

Je sais l'effet que je provoque. J'ai presque l'air du géant Ferré. Je suis large comme une armoire à glace et demie. Six pieds deux. Solide sur mes pattes. Des mains larges comme des raquettes de tennis. Et fou dans la tête. Fou au point d'exiger la politesse d'un parfait inconnu qui ne fait que violenter sa créature.

Il lit que je n'ai pas froid aux yeux ou bien il comprend qu'il est déjà sur une promesse de garder la paix pendant deux ans.

-J'm'excuse môssieur, qu'il me dit en me saluant de la main.

Je ne dis rien, évidemment. Je me contente de le regarder dans les yeux. Une vieille tactique de Cogne Fou.

-M'en va's t'attendre di'w'hors, qu'il répond à la pauvre fille qui ne dit jamais rien.

Puis il s'en va. Presque poliment.

-Vous avez bien fait monsieur me dit une vieille dame toute tremblotante.

-J'aime pas les impolis et malotrus madame.

Je paie mes choses et je croise le type dehors. Il fume une cigarette et s'engueule avec quelqu'un au cellulaire.

-Mon hostie d'twit de calice! J'te l'ai dit tabarnak! J'te l'ai dit!

Il baisse le ton en me voyant. Je pourrais bien obliger ce manant à me saluer. Mais je crois que j'en ai assez fait pour aujourd'hui. Un chevalier errant doit savoir doser ses leçons. Et laisser un peu de corde aux goujats pour qu'ils se pendent avec.


***

Ma blonde me mentionne au passage que des interventions de même c'est de la marde.

Elle, elle va payer en tabarnak pour ça.

J'ai fait monter l'agressivité du gros cave d'un cran. Comme il n'est pas capable d'affronter un homme, qui c'est qui va payer encore? Linda, hostie.

Ouin. Peut-être que le type s'est défoulé sur sa blonde une fois tous les deux arrivés à la maison. Sa blonde: son punching-bag préféré...

Ma blonde lui aurait dit «Pas facile la vie, hein? Heille, as-tu vu les spéciaux?».

Ouin.

***

Je ne faisais pas d'intervention, cela dit.

Je ne donnais qu'une leçon de politesse.

LE PALAIS DE GLACE DE MON ENFANCE


C'était l'hiver. Il faisait froid: moins vingt-sept virgule huit degrés Celsius. Avec le facteur humidex, on pouvait dire qu'il faisait moins cinquante-huit.

J'avais huit ans et ça faisait bien deux heures que j'attendais que mes parents aillent se coucher pour que je puisse mettre mon plan en oeuvre. Il m'était venu l'idée un peu folle d'aller dormir dans le semblant d'igloo que je m'étais construit dans l'arrière-cour.

Il s'agissait plutôt d'une tanière pour le petit ours que j'étais, creusée à même l'énorme tas de neige qui s'élevait dans une toute petite cour ombragée où l'herbe ne poussait à peu près pas l'été, une arrière-cour étroite d'un quartier ouvrier, délimitée par un garage, un hangar de papier-brique et une ruelle.

C'était là que j'avais bâti mon palais de glace, à coups de pelle, avec plusieurs voyages de seaux d'eau glacée. C'était là mon royaume. Et j'avais décidé d'aller dormir dans ma suite royale aussitôt que mes parents se seraient endormis.

-R-Roooooon!

Ça, c'était mon père qui ronflait.

-S-wwwiiii!

Ça, c'était ma mère qui sifflait.

Pa et Man dormaient. Je pouvais mettre mon plan à exécution.

Je suis donc sorti de ma chambre à pas de souris -ce qui ne fût pas un mince exploit. Puis j'ai enfilé ma combinaison de skidoo, mes bottes de skidoo, ma tuque de skidoo, mon foulard de skidoo et mes mitaines de skidoo. J'ai ouvert la porte, lentement, pour éviter qu'elle ne craque et ne réveille inutilement mes parents.

Une fois dehors, sur la galerie, j'ai allumé ma lampe de poche pour retrouver mon chemin. Ce qui n'était pas très difficile. Je n'avais que cinq pas à faire et hop! j'étais écrasé dans mon abri et m'y sentais bien, si bien.

J'étais chez-moi, dans la maison que je m'étais bâtie de mes propres mains. C'était petit mais confortable. Avec ma petite porte de carton de rien du tout, je me sentais bien au chaud, à l'abri des intempéries, et si d'aventure j'avais un petit creux je n'aurais qu'à chasser, mettre des collets à lièvres un peu partout, et me les rôtir sur un beau feu de braise, sur le bord de la rivière, sous le pont de fer de la Canadian Pacific Railroad, tiens...

J'étais bien, si bien. Je projetais l'ombre de ma main emmitainée sur les parois de mon igloo. J'étais un aventurier. Un explorateur. J'allais découvrir le Pôle Nord. Ou bien j'affronterais un ours polaire. J'étais bien, si bien. Bref, je rêvais. Je dormais. Bien, si bien...

-Ah ben mon p'tit verrat! hurla une voix qui ne m'était pas inconnue.

-Hum? Quoi? dis-je tout bas, dans mon demi-sommeil d'hypothermie. Qui à l'outrecuidance de venir troubler mon sommeil?

-Dans 'a maison, tou' suite! Pour vouère si ça d'l'allure! T'aurais pu mourir!

Cette voix familière, c'était bien entendu celle de ma mère.

Celle de mon père résonna aussi, une voix plus creuse, plus basse, bref une voix de boeuf.

-Ah ben j'ai mon tabarnak de voyage! Dehors à moins trente! Guétan Lagaffe!

Je fis donc mes adieux à mon igloo. Ma mère me fit prendre un bon bain chaud, pour je ne sais quelle raison. Puis je me rendormis dans mon lit, bien au chaud, sous promesse de ne plus jamais aller dormir dehors dans mon château fabuleux.

-Les gens ne comprennent pas les aventuriers! que j'ai dû me dire avant que de fermer les paupières.

Bref, j'aurais pu mourir. Et pourtant, j'étais bien, si bien... Troublant, non?


***


Le cinéaste japonais Akira Kurosawa a le mieux traduit cette sensation que j'avais et que j'ai encore dans la neige. Tu t'y écrases puis, si tu es bien habillé, il se peut que tu t'y sentes bien. Cependant, il se peut que tu crèves si tu t'y sens trop bien et que tu te laisses endormir par le froid... Il présente l'hiver comme une enchanteresse...

Je vous recommande de visionner les troits extraits du court-métrage Le blizzard, sur YouTube.
C'est sobre et efficace. De l'Ars Magna. J'y reviens toujours.

Le plus grand film de tous les temps, selon moi, est aussi un film de Kurosawa: Dersu Uzula que ça s'appelle.

mercredi 7 janvier 2009

Ça


Hier matin, j'ai entendu déblatérer l'autocrate Yves Lévesque, maire de Twois-Wivièwes, sur les ondes de Rythme-Fm Mauricie.

Ça fait une semaine que les médias de la région ne cessent de nous dire stupidement que l'autocrate ne veut pas se plier à la décision de la Commission des droits de la personne qui le prie de mettre fin à la prière au début des séances municipales, suite à une plainte de madame Louise Hubert, la Trifluvienne de l'année selon moi.

Dernièrement, l'autocrate du Parc Champlain ne s'est pas seulement moqué des pétitions et autres appels de citoyens, mais aussi de l'éthique inhérente à la démocratie parlementaire. Il a agi comme le cheuf mesquin d'un coin extrêmement pauvre de la planète où l'on se fout tout autant des signatures des registres municipaux que des décisions de lointains comités des droits de la personne. Bref, il déshonore une fois de plus les Trifluviens et nous fait passer pour une succursale de Hérouxville, avec leur code de vie pour incultes.

L'autocrate trifluvien a donné sa pleine mesure de néo-duplessisme. Je pense que la coupe est pleine. Et que sa prière n'a rien de très chrétien.

D'autant plus que Jésus disait que nul ne doit servir deux maîtres, Dieu ou l'Argent.

Et qu'il faut rendre à César ce qui revient à César, puisque son Royaume n'est pas de ce monde.

Qu'on le veuille ou non, la séparation de l'Église et de l'État est l'un des fondements de la pensée chrétienne -et je me permets de le dire du point de vue de Sirius, de là où je pratique mon athéisme à temps partiel.

Votre prière, ce n'est pas de la religion môssieur l'maire, ni de la tradition: c'est juste de la politique! Personne ne s'y trompe sinon vous-même et les concitoyens que vous trompez, comme d'habitude en déshonorant la fonction que vous occupez par vos comportements d'autocrate.

«La commission des droits de la personne moé j'ai pas d'problèmes avec ça», dixit Yves Lévesque sur les ondes de Rythme 101,3 FM.

En fait, si. Vous avez des problèmes avec ça monsieur le maire. Et pas juste avec ça...

***

Prions...

mardi 6 janvier 2009

L'amour ! L'amour! L'amourrrrrrrrrrrrrrrrrr-heu!


Ça fait longtemps que Roland et Thérèse ne croient plus en l'amour. Ils ont exploré tous ses territoires, longés tous ses abîmes, pleurés, bus et rebus toutes les larmes de leur corps. De sorte qu'ils en sont tous deux blasés, même s'il leur reste un rien d'espérance au coeur, pas de quoi se chauffer trois doigts. Ils vivent seuls, se calissent de toutte et passent leurs temps libres à tchatter pour tuer le temps et se défouler sur le dos des autres.

De quoi ont-ils l'air? L'air le plus naturel du monde. Ce qui est rare sur des sites de clavardage. Le profil de Roland, sur chachachat.com est on ne peut plus franc. D'abord il n'a pas de pseudo. Il s'appelle au long RolandMercureH54. Ça dit ce que ça veut dire. Un homme de 54 ans. Exactement. On trouve aussi cette simple note sur son profil: «J'veux pas m'faire chier dans vie. Point.» «Je m'appelle Roland Mercure, un gars revenu de tout qui se lave quand même tous les jours.» Concierge à l'hôpital. Boit à l'occasion. Ne vomit jamais. Ses idoles de jeunesse sont Gerry et Marjo. Porte bien sa graisse. Ne se fait pas chier dans la vie. Et la photo sur son profil ben c'est celle-ci:







Thérèse, c'est pareil. Aussi naturelle que Roland. ThereseCaouetteF54. On ne trouve que cette phrase sur son profil: «Dégage!» Préposée au ménage dans un couvent. Boit raisonnablement. Une fille qui se ramasse. Est déjà tombé en amour avec Daniel Hétu. Et voici sa photo, tiens:










Donc, donc, doncques. Ils se sont rencontrés, c'est certain, sur chachachat.com. Ils ont d'abord commencé par s'insulter parmi les 236 membres inscrits qui se font des kikous et des lols, de foutus acronymes à la con assortis d'émoticons tout aussi cons.

Tiens, un exemple:

RolandMercureH54: Va chié hostie.

ThereseCaouetteF54: Ta yeule mongol.

RolandMercureH54: Niaiseuse.

ThereseCaouetteF54: J'veus pas d'té pv criss de cave!

Ce qui fait qu'ils se donnent rendez-vous dans un motel. Yahou, c'est plein d'émotions, de tendresse et de vigoureuses étreintes. Après la deuxième nuit, Roland ressent quelque chose de bizarre en lui. Thérèse aussi.

-Je... je...

-Quoi Roland? lui demande Thérèse en lui faisant des yeux de biche attendrie.

-Je... je...

Et croyez-le ou non, ils se disent je t'aime en même temps.

-Je t'aime! Hum! Smak! Miam! Ho!

Ça fait que bang le coup de foudre. Trois jours après ils se marient. Et vous allez me dire qu'il n'y a pas de magie sur l'Internet?

Ah ben cibouère que vous z'êtes pas contentables!

lundi 5 janvier 2009

Connaissez-vous Les Mallèchés?




Allez écouter ça... Ce sont les Straycats revisités en joual! Alex Poirier, le chanteur, a déjà été mon confrère de travail. Je ne le connaîtrais pas que ça ne changerait rien à ce que je pense: c'est bon en tabarnak c'qu'i' font les trois gus!

Alex, c'est un sacrement de bon chanteur doublé d'un fabuleux guitariste. Avec ses deux compères du groupe Les Mallèchés, ça donne ce feu, cet éclat, ce rockabilly prolétarien où l'on sent pleinement l'influence de Johnny Cash, Elvis Presley, Carl Perkins, etc.

Je ne connais pas les deux autres, ou bien je ne me souviens pas de les avoir rencontrés, mais j'ai remarqué qu'ils portent des lunettes. Peut-être l'influence de Buddy Holly...

C'est un groupe à suivre. Je pense qu'ils seront au gala de l'ADISQ sous peu et qu'ils rafleront tout. Pourquoi? Parce que je l'ai vu dans ma boule de verre. C'est toutte. Astinez-moé pas!

Actualités et faits divers

J'interviens rarement sur l'actualité et autres faits divers. C'est comme essayer d'expliquer la théorie de la relativité générale restreinte dans un champ de fraises. Dans un champ de fraises, voyez-vous, on mange des fraises, surtout si elles sont de saison. Hors saison, on peut bien y aller d'un ou deux mots sur Einstein, l'énergie est égale à la masse multipliée par le carré de la distance, tiens, la plus facile.

Bon, il n'y a pas de fraises ce matin... Parlons d'actualité et de faits divers...

S'il n'y avait que de bonnes nouvelles à la télé on dirait que nous vivons dans un monde faux, voire une dictature des beaux sentiments: le petit Étienne a remporté le premier prix de dictée, Lucille a tricoté des mitaines, Henri a fait une belle partie de quilles, le centre populaire du bonheur pour tous a été inauguré en fin de semaine, en avant citoyens et tout le reste. Un mois de ce traitement et vous en seriez tous à vous saouler la gueule à l'alcool frelaté qui rend aveugle.

D'où l'importance de rapporter les mauvaises nouvelles: le petit Étienne a été décapité par sa grand-mère, Lucille a volé trois tonnes de phentex dans un entrepôt de Ville Saint-Laurent, Henri a dévalisé une banque, une manifestation a eu lieu pour exiger du gouvernement la création de centres populaires du bonheur pour tous; tremblements de terre et autres cataclysmes; étranglements de chats et mesquineries habituelles. Vous allez vous saouler la gueule aussi, mais raisonnablement. Nez Rouge vous raccompagnera.

Comme quoi les mauvaises nouvelles nous sont plus naturelles, plus humaines et plus conviviales.

J'ai cette vanité de me croire sage de lire les bonnes et les mauvaises nouvelles sans trop les commenter. Je laisse cela à d'autres. Mon arme à moi, c'est l'art. Et mon message, vraiment, je ne le maîtrise pas. Il s'améliore au jour le jour, comme un tableau jamais achevé. Jusqu'à ce que je trouve le geste précis en tout pour interpréter le monde par le biais d'une oeuvre, aussi stupide soit-elle. L'intuition me domine totalement. Je n'ai pas de plan précis. Juste un coeur, autant que possible à la bonne place, le seul endroit où il doit être pour que je réussisse ma vie à mes yeux. Pas à ceux des autres. Aux miens.

Et pour le reste, ce n'est qu'un peu de technique mélangée à de la passion. Et hop! Voilà un texte, un billet, un poème, un petit bonhomme qui sourit, whatever.

Ce qu'il fallait pour débuter ma journée loin des mauvaises nouvelles.

Comme la crise économique. Ou bien la possible disparition des champs de fraises suite à la disparition mystérieuse des abeilles pollenisatrices.

Alea jacta est.

Le sort en est jeté.

dimanche 4 janvier 2009

SEXE, TEXTE & CONTEXTE


Sa vie n'était que poésie pure et il passait le plus clair de son temps à déjouer le vocabulaire avec des airs de clairvoyant à rabais.

-Immonde est le monde. Émonde, Raymonde, émonde ce monde aux branches trop mal émondées! Ah! Poésie quand tu nous tiens!

Il s'appelait Rager. C'était un rond-de-cuir freluquet de trente-trois printemps qui ne se lavait jamais et avait les cheveux gras. Bref, c'était un génie selon lui.

-Génie. Oh! géniteurs ingénieux qui défièrent les ingénus pour cette ingénierie parfaite que le mot dit, dicton, diktat, dictée.

Rager était fou, bien sûr. Mais il avait tout de même obtenu son doctorat en littérature. Ce qui fait qu'il faisait assez d'argent avec sa chaire à l'université pour se permettre de jouer au fou sans se faire enfermer.

-Enfermer! Fermetures, fenaisons et fadaises! Oh! que les falaises de la vie sont longues à longer quand allongé sur les dunes, sans un rond ni une thune, je vois s'offrir à moi le spectacle d'un babouin errant dans la ruine-babines du destin cherrant!

Tous ses cours étaient bâtis sur ce même modèle. Rager se donnait en spectacle, le tabarnak.

-C'est dans le lot de l'au-delà que l'eau est vapeur. Impénitents du monde, je vous tends la main et vous dis que demain sera maintes fois une mainmise sur le surlendemain!

Orgueilleux comme dix, Rager n'aimait pas que l'on rie pendant ses récitals improvisés de crétin un peu schizo qui nous livrait sa logorrhée pendant trois heures.

-La poésie qué-bé-coi-seuh est notre fierté. Il n'en tient qu'à nous de la chérir, de l'aimer. Cela me rappelle l'un de mes poèmes, paru dans mon cent quatre-vingt-deuxième recueil de poésie aux éditions Cucul. «Gloire, oh gloire à la glaire qui gravit mollement les anfractuosités des viscères pour finalement choir dans un papier-mouchoir. Oh! Gloire à la glaire.»

Tout le monde fermait sa gueule et faisait semblant d'aimer ça pour avoir une bonne note. Après tout, c'était Rager. On l'avait vu dans les journaux, à la télé. Se pourrait-il que les journaux et la télé se méprennent tant que ça et fassent passer pour des gens de qualité des flopées de pauvres cons? Ben oui, c'est possible. You've got to be the right man at the right place. Tout le monde sait ça. Le talent, c'est quand il y'en a le moins qu'on le vante le plus parce que n'importe quel bon à rien peut espérer accéder à quelque chose de nos jours, n'est-ce pas?

Cette fois-là, Rager ne l'aurait pas facile parce que Julie s'en mêlerait. Julie Laflamme alias La Ventouse. C'était une nouvelle étudiante nouvellement inscrite en littérature parce qu'elle comptait rédiger ses mémoires de nymphomane. Et Rager lui était tombé dans l'oeil, peut-être parce qu'elle était nympho, justement, parce qu'il n'y avait pas de quoi émoustiller quelque fille que ce soit. Franchement, il était pas beau Rager et sa conception de l'hygiène personnelle était pour le moins moyenâgeuse. D'où la stupéfaction de Rager de se sentir soudainement sous l'emprise des hormones de la Ventouse, une fille qui fourrait avec n'importe quoi.

Elle tournait autour de lui, tout le temps, à lui faire sentir des désirs jusqu'alors contenus sous des mots imbéciles. Rager était vierge, voyez-vous. Et il se défoulait en mots en pas pour rire. Il s'était en quelque sorte marié avec son oeuvre, marié avec les mots comme il disait, ce maudit raté. Mais avec la Ventouse autour de lui, tout se transformait dans son corps, sa tête et sa queue. Julie Laflamme avait du sex appeal, c'est bien certain, et Rager était en train de faire des free games à sentir ses seins parfumés, à voir sa bouche gourmande, ses yeux vicieux... Brrr!

Ce qui fait que Rager se mit à faire ce qu'il avait toujours fait si stupidement: écrire des mots. Et il en a écrit, des mots, des milliers, pour chanter l'amour de la Ventouse.

-Oh! Belle comme l'éclat du soir qui sourit au jour quand la nuit s'efface!

Et des tas, oui des tas de phrases toutes aussi décousues et soporifiques. Sitôt mis le point final, Rager a pleuré, bien sûr, et avant que d'aller remettre son long poème à celle qu'il prétendait aimer, il alla porter son truc aux éditions Cucul pour une parution dans Syntagme-revue-de-poésie-québécoiseuh, ISBN 9892873.

Lulu, des éditions Cucul, lui confirma par écrit que son poème poche allait être publié dans le prochain numéro avec une dédicace pour Julie. Rager se chargea ensuite d'attendre la fin de son cours pour remettre ladite lettre à la Ventouse.

Tous les étudiants avaient quitté la salle de classe. Il ne restait plus que Rager et Julie.

-Tu sais Jujujujujuj-ulie, bégaya Rager, jejejejejeuh...

-Quoi? demanda Julie en cabrant son corps pour mieux faire exploser ses seins au regard du poète écharrognable.

-Jejejejeje... Je vais publier un poème, dans la revue Syntagme...

-Ah... Dit Julie en fixant la queue de Rager.

-Jejejeje... je te l'ai dédié. J'aimerais te le lire... quelque part...

-Chez toi ou chez moi?

-Heee... Je vis encore chez mes parents et hee....

-D'accord, chez moi. Tu viens?

Et là Rager, tout tremblant à l'idée d'avoir la première relation sexuelle de sa vie se met à mouiller son pantanlon, bien sûr. Une abondante production préséminale entretenue par des années de masturbation. Il conduit l'auto en bégayant à qui mieux mieux à propos des éditions Syntagme, des poèmes de Pablo Neruda et de Bernard Pivot, qu'il aurait déjà rencontré lors d'un colloque quelconque: qu'est-ce qu'on s'en torche!

Bon, arrivés à la coquette garçonnière de Julie, alias la Ventouse, le voilà qui s'installe sur le divan, timidement, et qu'il se met à réciter son poème à la nympho, déjà en robe de chambre de satin rouge style trip de cul cheap.

-Cela s'intitule Pour Julie... Je lis: Oh! Belle comme l'éclat du soir qui sourit au jour quand la nuit s'efface! Oh! Amour est amouré des amours qui s'enamourrache à s'amourracher sans s'arracher le safran qui s'affrète suite au safari des anachorètes et derviches tourneurs de l'amour amourraché qui...

Rager lisait cela sur un air trop cadencé, sans expression, comme un message télégraphique, tout d'un trait et sans changer de ton aux virgules. Julie, peu impressionnée, se dirigea vers Rager, lui enleva ses poèmes de la main et lui colla ses seins dans la figure.

-Laisse faire tes accrères... J'envie d'fourrer... qu'elle lui dit tout bonnement.

Rager voulut bien rajuster ses lunettes, puis reprendre sa lecture, mais Julie crissa une claque sur son poème et sa lettre des éditions Syntagme.

-J'va's t'vider les gosses, tu vas aimer ça! qu'elle lui dit le plus prosaïquement du monde en le crossant le plus vite qu'elle pouvait pour ensuite s'enfiler la carotte dans le bol à salade.

-Oua! Hou! Oh! disait Rager. Et plouf! Il n'était plus vierge. Son sperme avait jailli dans une chatte. Et il constata qu'il ne devait rien à la poésie cette fois-là.

-J'su's v'nu! Oua ! J'su's v'nu! déclara Rager.

-Ouin, ben faudrait qu'tu y'ailles Rager parce que j'doé dormir.

Rager s'est donc rhabillé puis tenta d'embrasser Julie qui, visiblement, n'aimait pas ça.

-Lâche ton lichage Rager pis bonne soirée, ké?

Une heure plus tard, Rager revenait frapper à la porte de la Ventouse pour lui dire qu'il l'aimait depuis toujours, mais elle n'était plus là ou bien ne répondait pas.

En fait, oui, elle était là. Elle lui a répondu au bout de dix minutes. Dix minutes! Il a cogné dans la porte pendant dix minutes, le con!

Julie lui a finalement crié quelque chose au travers de la porte.

-Heille! Crisse-moé 'a paix! On a juste fourré c'est toutte! Pis t'es ben qu'trop guimauve pour moé... Moé j'aime les hommes solides, farouches, indépendants. Toé t'es juste plate... Pis trop dépendant affectif... R'garde ta coupe de cheveux des Monkees... Hostie qu'c'est lette!

Rager revint chez-lui le coeur chaviré, la tête brûlante, les yeux lourds, mais la bite vidée.

Tout se mit à changer en moins d'un mois. Sa coupe de cheveux des Monkees fût bientôt remplacée par plus de coupe de cheveux du tout. Il troqua sa cravate de professeur contre un blouson de cuir noir. Et il se mit aussi à fumer de la drogue. Ce qui fait qu'il n'était plus le même et que ses étudiants ne le reconnaissaient plus.

-Aujourd'hui, on va parler de la vie... ouin... de la vie... disait Rager à ses étudiants éberlués. C'est ben beau la poésie, mais y'a pas juste ça dans 'a vie. Sacrement! La vie c'est faitte pour vivre, manger et fourrer aussi...

Julie ne fréquentait plus son cours, évidemment.

Rager, maintenant devenu un homme, n'écrivait plus de poésie. Il songeait plutôt à écrire un roman, l'histoire d'un type qui rencontre une salope et qui l'aime éperdument. À la fin ils se retrouvent et elle le suce longtemps.

-Les vers... Les rimes... La poésie... Pff! D'la maladie mentale! qu'il disait. Une béquille pour t'empêcher d'vivre pis d'fourrer!

Il ne se souciait plus de poésie. Il ne faisait plus de jeux de mots. Il n'était plus qu'un type comme tout le monde qui avait plongé sa queue dans des vagins.

-I' faut c'qu'i' faut, qu'il disait. Ouin. I' faut c'qu'i' faut. Calvaire d'hostie!

samedi 3 janvier 2009

DANSONS


Feu mon oncle Rémi giguait comme un pro. Je me souviens de ses prouesses et pirouettes, ses pas de côté, son pied faitte su' l'camp et tout le reste qui tient presque d'une autre dimension, où les pas défient les rythmes du temps et provoquent bientôt le même effet qu'un sommeil subit, à voir autre chose que ce que l'on voit, à ressentir ce souffle où les lois de la gravité s'annullent.

Quelques années plus tard, je l'ai ressenti pleinement ce feu de feu mon oncle Rémi. Je me suis mis à giguer de plus en plus souvent. Et les femmes aimaient ça. Et j'en remettais.

Mon frère Ti-Noir possède aussi ce talent naturel. Il était le dieu de la danse dans les années '80, avec son kit John Travolta mâtiné de Bruce Lee. Toutes les pistes de danse de la Mauricie l'ont vu se démener comme un bon gigueur de l'ancien temps.

J'étais le dieu de la danse dans les années '90, avec mon kit post-beatnik d'armoire à glace mâtiné d'aborigène. J'avais moi aussi contracté la danse de Saint-Guy. Et toutes les pistes de danse ont bien dû se renfoncer d'un pied dans le sol sous l'enthousiasme de mes pas de danse endiablés.

J'ai pratiqué toutes les danses, sauf les danses à dix. Je ne me suis jamais prostitué pour pratiquer mon art de la danse avec fierté, spontanéité et élégance. Je n'ai jamais été un artiste à temps partiel. Au contraire, j'ai toujours fait du temps plein, pour l'amour de l'Art. Et l'art de vivre n'en est certes pas le moindre puisqu'il couronne le tout. Autrement ça ne vaut pas le coup.

Ce qui fait que j'ai été aimé de tous et de toutes, presque partout où je suis passé, peut-être parce que je suis une personne affable qu'on ne peut pas vraiment haïr, hormis quelques-uns, comme ça, qui n'entendent pas à rire ou bien se plaisent à m'insulter. Comme je ne saurais les guérir, je les laisse aux bons soins de l'improvidence. Je m'éloigne du champ de tir. Je ne mange pas de leur caca.

Moi, youp! Je danse, je ris, je tape dans mes mains aussitôt que j'arrive quelque part. Zoup! Je danse et ris et danse encore. Je virevolte. Souple comme un chat, actif et bien dans ma graisse débordante de muscles vigoureux. Yahou! On est sur terre pour s'amuser et avoir du plaisir, non? Et je n'ai pas honte de dire ça même aux souffreteux, parce que c'est comme ça. Même les souffreteux ne sont pas obligés d'être cons.

J'ai fait quatre ans dans les soins de santé. J'ai vu la misère, la maladie, la mort. J'en ai reconduit des cadavres dans des sacs de plastique à la morgue.

Et vous savez quoi? Les morts ne dansent pas.

J'ai dansé des tangos tout croches et tout de travers.

J'ai dansé le yéyé, la polka, le disco, le ska et le slam.

J'ai appris la flûte, l'harmonica, la guimbarde, la guitare, l'accordéon, le clavier, le tamtam et le gazou pour être relié en permanence avec la fête et le cirque.

Et j'ai ri! Oh! que j'ai ri. Et j'ai dansé. Oh! que j'ai dansé.

Bref, j'ai toujours été heureux. Et je le suis encore. Et je n'ai pas envie de remettre ce programme en question.

Ce qui fait que j'ai accompli une grande oeuvre dans ma vie.

Tout ça grâce à la danse, bien sûr, mais aussi à cette manie que j'ai de satisfaire mes sens plutôt que mon orgueil.

Quand ça va mal, je danse, je chante, je ris.

Et comme je danse, chante et ris tout le temps, ben christ, ça va bien, même quand ça va mal.

Oh! Je devrais peut-être m'en vouloir de ne pas être un artiste torturé qui ne danse, ni ne chante, ni ne ris. Je devrais être stressé, nerveux, hargneux, teigneux, morveux, baveux et ne suis qu'un imbécile heureux qui ne veut pas devenir un imbécile malheureux...

Je reviens de loin mais le premier qui prétend que je suis un artiste maudit ne saurait mériter que le soupçon de mon mépris, habilement dissimulé dans le silence éloquent d'une parfaite maîtrise de soi et de ses émotions, appris à l'école de Kidjé Manitou.

Il n'y a rien à redire.

Levez-vous de vos chaises paresseux!

Dépliez-vous les jambes!

Tout simplement, dansons.

vendredi 2 janvier 2009

RÉSOLUTION


Malgré toute la merde qu'il y a partout, tout le temps, je cultive l'idée du bonheur avec autant d'art et d'application qu'en mettent les Japonais pour leurs bonsaïs.

Je cultive mon propre jardin, comme Voltaire le faisait faire à Candide, au terme de folles péripéties parmi les folles passions et possessions humaines.

Je sépare le bon grain de l'ivraie.

J'extirpe les mauvaises herbes.

Je bêche. Je sème. Et je récolte.

«La cognée est à la racines des arbres. Tout arbre qui ne produit pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu.» Ça vient de monsieur Jésus. C'est pas toujours con ce qu'il disait.

Donc, je coupe et jette au feu le ressentiment, les conversations où tout un chacun est dénigré, la mesquinerie, la haine, la peur, le matérialisme primaire, l'esprit de sérieux qui gâche tout et, bref, tous ceux et celles qui me font chier et qui voudraient que je sois à leur image et à leur ressemblance. Ce qui ferait de moi une personne froide, aigrie, hargneuse, dévorée d'ambitions et de désirs stupides.

Je ne veux pas perdre toutes mes chansons, comme le savetier de la fable de La Fontaine. Garde ton argent, banquier! RE-FU-SÉ! Moi, je veux garder mes chansons, mes petits dessins et mon sourire.

Vivre dans la colère et la tristesse c'est mauvais pour la peau, tout dermatologue vous le dira. À moins qu'il ne soit haineux, lui aussi. Quoi qu'il en soit, les gens qui ne sourient jamais ont plus de rides au visage. Et ils veulent que vous attrapiez leur dégoût de la vie, leur lèpre morale, leur gangrène intellectuelle.

D'où l'idée de tout couper et de tout jeter au feu.

Ce cerisier n'est jamais en fleurs? Hop! Trois ou quatre coups de hache et je garroche ça dans l'feu! Ce pommier rabougri ne donne plus de fruits? Cric, crac, croc et pe-tâque! Dans l'feu! Pas de temps à perdre.

Je n'ai qu'une seule vie.

Et je veux des champs fleuris, des fruits, de la beauté.

Je veux de l'amour.

Je veux de la vie.

Je veux du bonheur.

Je veux de la bonne humeur.

La vie vous semble lourde, triste, amère et vous faites chier tout le monde autour de vous?

Ne venez pas chier dans mon jardin. D'abord, je ne prends pas de cet engrais. Ensuite, je ne vous écouterai pas vous plaindre. Et, enfin, je serai insensible à tout ce que vous prétendez être. Ne perdez pas votre temps, il est si précieux. Allez puer de l'âme ailleurs que chez-moi.

Pour tous les autres, qui veulent s'amuser, rire et partager quelques belles raisons d'aimer la vie, les portes de mon jardin vous sont grand' ouvertes. J'ai fait de la limonade, de la soupe et du dessert. Les cordes de ma guitare sont neuves. Mes harmonicas sont rieurs, avec une touche de nostalgie. Mes toiles et mes pinceaux créent des mondes tout simplement idéaux. Mes mots brossent des portraits pas méchants d'une humanité qui n'est grande que dans l'acceptation de ses faiblesses.

Ma résolution est unique: atteindre le bonheur et le préserver comme un Japonais préserve son petit bonsaï ridicule. Atteindre le bonheur, l'ataraxie, l'absence de douleur, appelez ça comme vous voulez.

La cognée est à la racine des arbres.

Tout arbre qui ne produit pas de beaux fruits sera coupé et jeté au feu.

jeudi 1 janvier 2009

PRÉDICTIONS 2009 (TOUS SIGNES CONFONDUS)


Après avoir consulté les astres et analysé les désastres de l'année qui s'est terminée, je me suis permis de vous livrer mes prédictions pour 2009.

Il y aura des tremblements de terre, des inondations, des raz-de-marée, des cyclones, du blizzard, du verglas, des guerres, des émeutes, des viols, des meurtres, des mariages, des divorces, des passions, des lubies, des journaux, des fers à repasser, des arbres, des nuages, des trous noirs, des planètes, des soleils, du gingembre, des reprises de Juste pour rire, de l'ail, du sel et du poivre. Oh! Il y aura tout ça, comme d'habitude et bien plus encore. Il pourrait y avoir du plaisir ou pas, du bonheur ou du malheur, de l'amour ou de la haine, et peut-être plus de ET que de OU, comme quoi tout est concomitant, et pas seulement chez les pré-socratiques.

Je prédis aussi qu'un jour le ciel sera bleu et le lendemain peut-être gris.

Probablement que vous gagnerez deux dollars à force d'acheter des billets de loterie.

Si vous vous teignez les cheveux en blond, on dira que vous êtes charmant ou charmante.

Et vous perdrez vos cheveux ensuite, parce que la teinture ça use le cheveu.

Donc, vous terminerez l'année à vous faire dire dans le dos «Ben Ya ou A ben don' perdu des ch'veux!» Alors pourquoi vous teindre les cheveux, hein? Moi je ne me les teins pas et je digère bien.

Si vous vous rasez la barbe, homme et femme confondus, vous sentirez que la peau vous chauffe ensuite.

Si vous lacez vos souliers, vous constaterez que ce geste pourtant si simple serait difficile à résumer par une formule mathématique tellement il y a de vie et de mouvement dans le simple fait de lacer ses souliers. Et vous vous demanderez, avec raison, pourquoi les mathématiques devraient tout expliquer. Et vous lacerez vos souliers voluptueusement, pour le reste de l'année, à vous dire bêtement que c'est beau, ce simple geste, comme tous les autres simples gestes: respirer par le nez, savourer une orange quartier par quartier, faire de la gymnastique avec son copain ou sa copine, se dégraisser le salami ou se cramouiller, déféquer prestement et régulièrement, regarder une feuille qui vole au vent, jouer de la guitare, construire une tour Eiffel en bâtons de popsicle, popoter des carrés de Rice-Krispies, vider une bonne bouteille de shiraz Two Oceans d'Afrique du Sud, chanter une chanson vietnamienne, danser pour avoir l'air mongol, nager dans une rivière propre, acheter du pain, dire un nouveau mot dans une nouvelle langue, se promener sur la rue après la pluie en s'inquiétant de piétiner les vers qui ne veulent pas périr noyés.

Oh! L'an de grâce deux mil neuf après Jésus dit le Christ nous réserve tout plein de surprises, comme d'habitude.

Donc, à tous et à toutes, qui que vous soyez, petit ou gros, ami, sans-connaissance ou sans-dessein, fonctionnaire, représentant du peuple ou restant de jus d'endive, à tous je vous dis de lacer vos souliers sans vous lasser, de vous prélasser sans trop vous élancer par manque d'exercice, de trépasser simplement, avec l'esprit en paix, s'il vous faut mourir cette année.

Paix. Amour. Beaux sentiments. Etc. Lingots d'or. Canot d'écorce. Aspirateur central. Thermopompe.

Bon, ben on ramasse les dégâts du réveillon, la vaisselle, les bouteilles pis les canettes.

On repart en neuf en deux mil neuf.

Bonne année à tous, même aux têtes d'oeuf!