mardi 4 juillet 2017

Ma liberté d'inculte

J'ai déjà été extrêmement critique envers la religion.

J'avais le malheur d'être tenu d'aller à l'église tous les dimanches. L'église catholique bien entendu. Plus je lisais, plus je vieillissais et plus cela me semblait une superstition minable. 

Rien ne me rapprochait de ces vieux qui tremblaient comme des feuilles devant une statue de plâtre ou des lampions. Je dirais même que cela me révoltait. 

Pourquoi devais-je absolument assister à ce spectacle de peureux qui réclamaient la protection d'une statue de plâtre? La religion était à considérer au même niveau que les fers à cheval et les pattes de lapin porte-bonheur. Ce n'était pas mon truc. Je ne ressentais aucunement le besoin de trembler comme une feuille devant un miroir brisé ou bien en passant sous une échelle. La vie était dure, chienne ou injuste, mais c'était justement ça, la vie. Il fallait se battre. Ne pas s'inventer des ailes pour fuir le minotaure mais plutôt l'affronter avec un bon bâton de baseball. Il ne fallait pas agir comme une proie qui détale devant un prédateur, mais s'affirmer en tant que prédateur envers tout ce qui souhaiterait m'annihiler: homme, femme, tristesse ou n'importe quel autre truc.

Évidemment, j'ai nourri mon esprit avec le nec plus ultra de la philosophie athée. J'ai vite perçu la religion comme une institution humaine tout aussi pourrie que toutes les autres. À quoi servait-elle sinon à contrôler les gens et à détourner leur juste révolte contre l'exploitation et la misère? Les pyramides comme les cathédrales n'étaient que les produits de la servitude à la gloire d'une élite qui opprimait le peuple. On me montrait la pyramide, je pointais les esclaves qui poussaient les pierres sous les coups de fouet.

Pour bien marquer ma révolte contre la religion, j'ai bien sûr cessé d'aller à l'église. Puis je me suis mis à inverser les croix. Je ne croyais pas plus au satanisme mais cela me plaisait de faire peur aux bigots. J'étais jeune et con. 

-Si Dieu existe, qu'il me fasse disparaître sur-le-champ! J'attends... Quoi, je suis encore là? Il est où votre Dieu? C'est comme le Père Noël, hein? Il n'existe tout simplement pas... Dieu, c'est pour les faibles d'esprit...

Voilà ce que je disais chaque fois que j'étais confronté à de la religion.

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J'ai vieilli. Je ne suis pas devenu religieux pour autant. Cependant, je ne ressens plus ce besoin de mener un combat contre une église qui s'est écroulée d'elle-même. On passe une église par mois sous les pics des démolisseurs au Québec. Elle est disparue de nos vies sans que l'on ait à commettre de défenestration de curés comme on l'a fait au cours de la Révolution française. Les curés eux-mêmes ont défroqué. Un beau matin, il faisait soleil, et c'était comme si plus personne ne croyait à ses sornettes. Les gens se sont mis à se respecter. On a fait la promotion des droits civiques. On a fait de la place pour tout le monde sans oublier personne.

Ma mère elle-même, qui nous obligeait pourtant à aller à l'église, n'avait plus la même relation avec l'église. Elle sentait qu'elle n'était qu'une institution humaine comme les autres, que les prêtres disaient n'importe quoi et qu'il ne fallait pas prendre tout ce qu'ils disaient pour du cash. Ils n'avaient plus raison sur tout. Je dirais même qu'ils n'avaient plus raison sur rien. On leur laissait faire leur spectacle, leur musique et leurs incantations sans en faire tout un plat. La théocratie québécoise était bel et bien morte.

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J'ai découvert la spiritualité seulement après avoir rejeté en bloc toutes les religions, dont l'athéisme.

Vous me direz que l'athéisme n'est pas une religion. Pourtant, ses partisans se comportent trop souvent comme ce qu'ils dénoncent. Il manquait d'amour et de poésie dans leur vision restreinte de la vie. Cela ne me convenait plus. Ce n'était plus ce que je vivais. Je n'étais plus cynique et nihiliste envers l'existence.

J'ai d'abord fait un voyage dans la philosophie bouddhiste qui laisse entendre que le monde n'est qu'une représentation et, pour tout dire, une illusion. 

Cela me semblait un peu sec mais pratique pour soigner la douleur lorsqu'on n'a pas d'aspirine à notre disposition... 

Puis j'ai fait un retour aux sources de l'animisme, la croyance que toute chose et toute créature sont habitées d'une âme. C'était la philosophie de mes ancêtres autochtones, lesquels croyaient en un Grand Esprit, Kitché Manitou, qu'ils appelaient parfois l'Être Imaginaire. 

On a tort de concevoir la spiritualité autochtone comme cette caricature mièvre colportée par les adeptes du Nouvel-Âge. Leur spiritualité était aussi terre à terre que celle des Vikings, lesquels croyaient même qu'un jour Odin, leur Dieu suprême, allait lui-même mourir. Les dieux existent, d'accord, mais ce ne sont pas eux qui vont vivre notre vie à notre place.

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Suis-je devenu religieux? Pas du tout. Toutes les institutions humaines me donnent froid dans le dos. J'y vois un danger perpétuel. Je ne me contente pas de dire que là où il y a de l'homme il y a de l'hommerie. Je crois au contraire que les institutions dénaturent la pensée humaine en dépouillant chaque créature de sa souveraineté. Elles tuent la vie spirituelle plutôt que de la nourrir. Elles sont tout juste bonnes à produire des soldats, des pions, des copies conformes.

Si j'ai rejeté la religion, c'est par souci de mieux aborder la spiritualité.

Je n'ai aucune réponse à fournir sur les fondements de l'univers.

Je me sens trop petit pour expliquer le macrocosme et le microcosme. J'ai cette humilité de suspendre mes vérités au sujet de quelque chose que je ne comprends pas.

Cela ne veut pas dire que je refuse de chercher. 

Je ne suis pas agnostique et encore moins athée.

Je ne refuse pas de chercher. Je suis plutôt gnostique. Je cherche, cherche et cherche encore. Toujours.

Je n'ai aucune réponse définitive à la question de l'Infini.

Je m'amuse avec la physique quantique, pour ce que j'en comprends, et mesure tout à l'aune de mes émerveillements et de mes déceptions face au monde qui m'entoure.

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Venons-en à la tolérance envers les religions...

Je n'ai plus cette envie de détruire les églises, les synagogues ou les mosquées. Chacun fera bien ce qu'il veut. Je défendrai même ce droit de prier ou de faire des incantations devant un fer à cheval. Je réclame néanmoins ma liberté d'inculte... Je ne veux pas que l'on m'oblige à croire en quelque chose qui n'a aucune assise dans ma pensée. Que chacun croit en ce qu'il veut dans la mesure où la société civile ne devienne pas prisonnière d'un culte tout juste bon à tuer le mystère de la spiritualité ainsi que l'amour de la sagesse.

J'ai fait la paix avec les curés, les rabbins et les imams. 

Plutôt que de les voir comme des ennemis du genre humain, je me dis qu'ils auront cette délicatesse de considérer la part de mythes poussiéreux qui entoure l'indicible divinité. Ils ne prendront pas au pied de la lettre leur livre sacré. Ils comprendront, une fois pour toutes, que la foi n'est rien sans la charité. Que les mots sont vides sans la solidarité humaine. Que les prières ne sont pas garantes de rendre une personne meilleure et plus attentionnée.

Voilà où j'en suis.

Je ne suis pas du tout religieux.

Mais j'ai une vie spirituelle. Une vie où il y a bien plus de questions que de réponses. Je ne vaux pas mieux qu'un autre, sans doute. Et cet autre, peut-être que j'aurai besoin de lui, un jour. Aussi bien ne pas lui cracher en pleine figure...