mercredi 29 avril 2015

Loin, très loin du bruit

D'aussi loin que je me souvienne j'ai toujours ressenti un dégoût total pour le bruit.

J'ai tenté tant bien que mal de me soumettre au bruit pour ne pas subir l'ostracisme de mes pairs. J'ai fait semblant d'aimer les décharges de décibels, comme tout le monde. Pourtant, rien ne m'a jamais été plus agréable que le chant des oiseaux, la bise du matin dans les feuillages et le léger clapotis des eaux contre les rochers. Tout ce qui est un son humain m'est parfaitement étranger. Je dirais même que je n'aime que ce qui ne rappelle pas la présence des humains.

Plus je vieillis, plus je trouve ma volupté dans le silence ou bien dans les musiques minimalistes de la nature.

Mon poil se hérisse sur tout mon corps quand j'entends les moteurs vrombir et les systèmes de son projetés à tous les vents des hurlements synthétiques.

On combat le stress et la dépression de notre civilisation tonitruante avec des pilules alors qu'un peu de silence ferait tout aussi bien l'affaire. Il est malheureusement plus facile de s'acheter des pilules que de trouver le silence dans ces zoos qui nous servent d'habitat bien malgré nous. Tous les espaces urbains sont occupés par le bruit des affaires, le bruit des moteurs, le bruit des plaisirs humains, le bruit des souffrances humaines...

Je ne suis pas tout à fait normal, vous l'aurez compris, et je ne mérite aucunement l'approbation de ces foules que je fuis.

Les manifs auxquelles je participe vont paradoxalement à l'encontre de mes préférences. J'y participe puisque j'ai encore un fonds de compassion et de philanthropie. Si ce n'était que de moi, je défilerais sans dire un mot. Le moi, en ces cas-là, est sans doute secondaire. La liberté de mes compatriotes, qui partagent avec moi les mêmes cages du zoo, méritent bien quelques moments d'exultation et de tapage. Il faut bien briser nos chaînes ainsi que les barreaux de ces prisons dans lesquelles veulent nous maintenir les garde-chiourme d'une élite qui profite du silence dans des paradis fiscaux de sable fin...

À l'instar des riches, il y a peut-être quelque chose d'aristocratique dans ma volonté de me détacher du bruit. Comme les riches, j'aime les Gymnopédies de Satie et autres musiques lancinantes qui nous préservent de la migraine. J'aime les plages de sable fin et les chalets enfoncés dans quelque forêt vierge.

Peut-être que cette propension que j'ai à développer des maux de tête depuis ma tendre enfance a nourri mon combat contre la pollution sonore.

Il est six heures quarante-sept en ce moment. Je m'apprête à enfourcher mon vélo pour pédaler dans les rues presque désertées de la ville. À cette heure-ci, tout est encore très calme. C'est à peine si l'on entend les chants des corbeaux, des goélands et des outardes. Je vais pédaler jusqu'au fleuve Magtogoek (anciennement Saint-Laurent) pour me remplir l'âme d'un peu de béatitude avant que d'affronter mes obligations quotidiennes et le bruit que cela suppose...


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PS: La photo a été prise ce matin au Port de Trois-Rivières.