dimanche 19 avril 2015

La virginité peut conduire au désespoir

On a beau rigoler que la virginité peut conduire au désespoir. L'hédonisme aussi. Et même des relations sexuelles répétées avec plusieurs personnes plusieurs fois dans la même journée. Comme quoi le désespoir est consubstantiel de la nature humaine. Cela signifie, en d'autres termes, qu'il faut savoir faire avec.

Ferdinand Laframboise aurait bien vendu son âme au diable pour tremper un peu son pinceau, ne serait-ce qu'une seule fois dans sa vie, dusse-t-il le tremper dans le cloaque d'une prostituée. Cependant le diable ne venait pas à son secours. Laframboise était pauvre comme Job et n'avait pas de job. Aucune prostituée n'aurait accepté de baiser à crédit. Et Laframboise était tellement coincé avec les femmes qu'il n'aurait pas été capable de faire sa demande à la plus humanitaire des péripatéticiennes. Ce qui fait qu'il s'étirait le muscle de l'entre-jambes en contemplant des photos de femmes en sous-vêtements imprimées dans les catalogues des grandes chaînes de la vente au détail.

Ferdinand Laframboise devait bien avoir cinquante-et-un an et, n'eût été de sa foi en Dieu, il se serait pendu depuis longtemps. Dieu seul lui permettait de survivre à ces flots de semence qu'il déversait en pure perte presque deux ou trois fois par jour depuis l'aube de sa puberté.

Évidemment, il était très laid. Ferdinand se lavait peu et sentait le dessous de bras. Des poils lui poussaient partout où d'ordinaire l'on ne s'y attend pas. Ses oreilles, son nez et ses sourcils étaient plus que touffus. L'homme moyen, celui qui trempe parfois son pinceau, sait qu'il doit se trimer un tant soit peu pour ne pas déplaire à la gente féminine, à moins qu'il ne dispose d'autres charmes, comme une sensibilité exceptionnelle; un quelconque talent pour faire du fric ou bien de la poésie. D'aucuns diront que chaque torchon trouve sa guenille, mais avouons qu'il est un peu méprisant de traiter Laframboise d'une matière encore plus vile qu'un torchon qui ne trouva jamais sa guenille.

Laframboise s'était pourtant essayé de séduire toutes les serveuses des cafés et restaurants environnants en leur laissant de généreux pourboires. C'était généralement autour du premier ou du deux du mois, lorsqu'il recevait son chèque d'inadapté social.

Le problème, c'est qu'elles acceptaient toutes le pourboire sans dire un mot de plus que merci.

-J'apprécie beaucoup vos services mademoiselle... qu'il leur disait. C'est pourquoi je vous donne un BON POURBOIRE!!! Je laisse toujours UN GROS POURBOIRE aux serveuses qui offrent UN BON SERVICE!!!

Les serveuses se disaient toutes en elles-mêmes qu'il n'avait qu'à laisser son pourboire et débarrasser le plancher. Laframboise pouvait passer deux heures à siroter un café tout en reluquant leurs jambes gratuitement. Son gros pourboire de trente-cinq sous pour un café à deux dollars cinquante... Laframboise ne montait jamais au-delà de cinquante sous, pour un repas complet à sept dollars cinquante-trois sous... Vous aurez compris qu'il n'avait aucun succès tant avec les femmes qu'avec les serveuses.

Ferdinand Laframboise retournait chaque fois dans son modeste studio, déçu de la gente féminine, ces péronnelles que les hommes devraient mater afin qu'elles obéissent à leur mari ainsi qu'aux garçons gentils et affables comme Ferdinand.

-Je suis désespéré! disait-il de plus en plus fréquemment. Les femmes ne savent pas reconnaître la bonté chez les hommes et préfèrent les plus méchants! Qu'est-ce qu'un homme bon comme moi peut espérer d'une femme, hein? Elles me méprisent toutes pour ma gentillesse et ma grandeur d'âme!

Comme il disait ça, Ferdinand croisa un bar de danseuses nues. Il lui restait dix dollars dans ses poches. De quoi s'acheter une bière sans doute tout en regardant une femme nue pour la première fois de sa vie.

Il se décida donc à rentrer dans le bar de danseuses qui s'appelait Le Monopoly. Le nom n'avait rien d'excitant, c'est vrai, et les danseuses y semblaient un peu amochées par la vie. Pour Ferdinand qui n'y connaissait rien en frais de femmes, chacune de ces danseuses ressemblait à une déesse descendue des nuées pour lui faire vivre l'illusion de mille et une nuits rutilantes.

Au premier vagin qu'il vit, Ferdinand dût se rendre aux toilettes pour essuyer sa semence qui avait jaillie spontanément dans son pantalon sans qu'il n'eusse besoin de se frotter les parties. Il revint s'asseoir à sa table, un peu étourdi, constatant que sa bière n'était plus là.

Une femme portant un maillot de bain à l'effigie de la marque de bière Budweiser vint le voir pour prendre sa commande.

Ferdinand constata, en tâtant frénétiquement ses poches, qu'il avait perdu son portefeuille. À moins qu'on ne le lui ait volé. Dans tous les cas, il n'avait plus un rond.

-J'ai perdu mon portefeuille... qu'il lui dit en fixant le plancher du regard, bien qu'un de ses yeux continua de dériver à la hauteur des mamelons de la serveuse, une grande rousse au nez retroussé.

-No money, no candy, bébé... Va falloir que tu t'en ailles sinon j'vais d'mander au gros doorman là-bas de t'sortir... I' va être pas mal moins sensuel que moé bébé...

Ferdinand sortit du bar la queue entre les deux jambes, se demandant comment il ferait pour récupérer sa carte de débit, sa carte d'assurance-maladie et son numéro d'assurance sociale.

-J'ai perdu mon portefeuille caline de bines!

Il se sentait encore plus nu qu'un ver.

Et peut-être même plus ver qu'un ver.

Oui, la virginité peut conduire au désespoir...


2 commentaires:

monde indien a dit...

Trois mois après , Ferdinand Laframboise rencontra une femme qui n ' était ni trop belle ni trop vilaine , mais que , lui , trouva belle au delà de tout , car elle aimait sincèrement le sexe et l ' amour , et le désirait - Elle l ' aima aussi car elle vit que lui aussi aimait le sexe et l ' amour , et la désirait - Plus jamais ces deux-là n ' entendirent parler de désespoir - Ils vécurent heureux mais n ' eurent pas d ' enfants , car ils n ' en avaient plus l ' âge .
Étonnamment , à son voisin d ' immeuble , l ' hédoniste ,il arrive une histoire similaire : il rencontre sa similaire ; ils s ' aiment durant de nombreuses années , pas fidèles / en ce sens que leur inclinaison naturelle les poussaient toujours et encore à de nouvelles aventures , mais malgré tout fidèles à cet amour et ces désirs qu ' ils s ' étaient trouvés l ' un avec l ' autre -
Au fond des + grands désespoirs se rencontrent parfois des découvertes inespérées -
Ce soir , Ferdinand Laframboise alla noyer son bonheur dans quelques bouteilles d ' alcool fort , car mademoiselle n ' était pas toujours aussi disponible qu ' il l ' aurait souhaité , mais il souriait sincèrement au destin , sachant qu ' il lui voulait autant de bien que celui-çi lui en donnait -
http://mondeindien.centerblog.net/22-une-chanson-bresilienne

Gaétan Bouchard a dit...

Trois mois après, malheureusement, il n'avait pas encore récupéré son portefeuille et ses cartes d'identité. Il avait mal partout mais, sans ses cartes d'identité et cartes d'assurance-maladie, il se sentait encore plus mal pris que d'habitude. Il déboula un escalier et se cassa une jambe qu'il ne soigna pas. Il devint boiteux et sans-abri puisqu'il perdit aussi son loyer en plus de sa raison. On le vit fouiller dans les bacs à ordures. Cependant, il devint ami avec un chat de ruelle que tout le monde appelait Mistigris.
Ce petit chat devint toute sa vie.