vendredi 10 avril 2015

La prise de la Bastille plutôt que la prise de la pastille



Un policier a tiré une capsule de poudre de perlimpinpin en plein visage d'une jeune femme lors d'une manifestation devant l'Assemblée Nationale, à Québec. Le maire de ce trou reculé du conservatisme nord-américain s'est demandé ce qu'elle faisait là pour ensuite s'excuser au bout de vingt-quatre heures. Ses conseillers ont dû lui faire remarquer qu'il manquait de tact. On aurait pu se demander ce que faisait le manifestant de la Place Tien-An-Men tout fin seul devant une colonne de chars d'assaut. Et ce que faisaient ces étudiants sur ladite place, comme s'il fallait remettre en question l'ordre et la sécurité d'un pays, tous deux incarnés par les bottes reluisantes des crapules au pouvoir où que l'on se trouve dans le monde.

Les médias traditionnels alimentent la grogne des brebis serviles envers les moutons noirs. Les riches peuvent faire plier les pauvres et soustraire des milliards aux impôts. Grâce à leurs marionnettes de l'Assemblée Nationale et de la Chambre des Communes, ils pourront refiler la facture aux brebis serviles qui leur diront merci, je vous aime, je vous comprends... On se servira des pauvres, des étudiants et des intellectuels pour les rôles de boucs émissaires. Et tout rentrera dans l'ordre, dusse-t-on envoyer des chars d'assaut sur ces jeunes crottés qui empêchent le roulement quotidien de l'économie et l'application de ses lois encore plus sacro-saintes que celles de la gravité. On fera rentrer dans le crâne des gérants d'estrade qu'il est normal de vivre dans une société qui produit une personne qui rit pour quatre-vingt-dix-neuf qui pleurent. On leur fera comprendre que la démocratie n'est pas un droit, mais un devoir, le devoir d'obéir en regardant le bout de ses souliers troués sans rechigner.

Dostoïevski, qui était pourtant un conservateur, avait parfois de ces visions qui transcendent toutes les doctrines. Si nous vivions sous un dôme de verre, laisse entendre Dostoïevski via Les carnets du sous-sol, un dôme sous lequel tout serait merveilleux et ordonné, eh bien l'avenir de l'humanité dépendrait de celui qui balancerait une brique dans le dôme pour qu'il éclate en mille morceaux.

Évidemment, n'allez pas répéter cela à vos enfants. Ils vous prendraient au pied de la lettre et croiraient aussi qu'il faut prendre la Bastille plutôt que la pastille contre l'anxiété et l'injustice sociale...

Je suis pour la paix, bien entendu. J'aime la tarte aux pommes, comme tout le monde. Cependant, à l'instar de Desmond Tutu et de Nelson Mandela, je crois que lutter contre l'injustice, même par des moyens que je me refuse d'employer, est préférable au fait de se satisfaire de l'injustice en croisant les bras.

Seuls des mangeurs d'excréments peuvent se réjouir de voir le sang du peuple couler dans les rues sous les matraques des serviteurs du fascisme libertarien.

La démocratie, pour ceux-là, consiste essentiellement dans le fait de fermer sa gueule et de marcher la queue entre les jambes comme des hosties de têtards.

Le pouvoir du peuple, s'il signifie encore quelque chose, s'incarne selon moi dans l'indignation des rebelles vis à vis l'injustice sociale et l'esclavage moderne.

Je me soucie peu du petit peuple libéral qui se soumet aux propos des larbins auxquels on remet un microphone, larbins de métier soumis au chèque de paie que leur remet les ordures qui souhaitent renverser notre pays pour y appliquer les méthodes éculées du capitalisme sauvage.

Nous avons pour Premier ministre du Québec un type qui a collaboré avec l'une des pires dictatures de la planète, l'Arabie Saoudite. Il a même siégé avec le présumé fraudeur Porter sur le comité de surveillance du Service canadien de renseignements et de sécurité (SCRS). Vous trouvez ça normal que l'Arabie Saoudite nous surveille?

Les vrais patriotes, à mon avis, manifestent dans nos rues en ce moment.

Les vrais traîtres sont au pouvoir.

À chacun son camp.

À chacun son côté.