vendredi 28 mars 2014

Porte-à-porte électoral pour l'Urgence Nationale

Quand c'est le temps des élections, toutes sortes d'hurluberlus se pressent pour venir cogner à nos portes. Ils viennent nous vendre de la politique comme s'ils vendaient des balayeuses.

Généralement, ils sont deux. Il y a le type qui se présente. C'est souvent un genre de Don Quichote plus ou moins noble d'intentions. Puis il y a son Sancho Panza de service, celui qui ne dit rien pendant qu'il parle.

Christophe Therrien était en train de se faire un sandwich au salami lorsqu'ils vinrent cogner à sa porte.

Le rôle de Don Quichote revenait à un grand vieux édenté qui représentait un quelconque parti de malades mentaux qui croyaient que l'archange St-Michel viendrait foudroyer les méchants et récompenser les justes. Les justes étant ceux et celles qui, par hasard, pensaient tout comme eux.

Le petit maigre qui le suivait était tout aussi édenté et il ne disait rien du tout. C'était un Sancho Panza poids léger.

Quant à Christophe Therrien il était en beau ciboire puisqu'ils interrompaient ainsi son repas.

-Bonjour... C'est pourquoi? demanda Therrien, la bouche encore toute beurrée de moutarde.

-Je suis Norbert Langevin pis je représente le parti Urgence Nationale... Notre parti est le seul parti qui est contre l'avortement et réclame l'expulsion de tous les étrangers et les autres communisses... Ils sont tous athées et méprisent les enseignements de Dieu!

-Je n'voterai pas pour vous autres m'sieur... répliqua Therrien. Désolé mais vos bondieuseries stupides me donnent juste l'envie d'chier...

Therrien connaissait un peu Urgence Nationale puisqu'il lisait tous les dépliants qu'il recevait pour savoir ce qui se passait dans le monde. Et il avait lu leur programme de colons arriérés qui feraient mieux de ne pas sortir de chez-eux et d'écouter la messe à la télé.

-Si Urgence Nationale est élue le 7 avril prochain, nous allons faire le ménage parmi tous ces athées et autres races comme les Indiens qui se font donner des skidoos par le gouvernement et qui ne paient pas de taxes ni d'impôts parce que l'on ne respecte plus les gens pieux qui craignent Dieu...

-Vous délirez m'sieur... J'veux rien savoir de vous autres... Ej' mange mon sandwich au salami... J'peux-ti manger en paix sans m'faire chauffer 'es oreilles par d'l'hostie d'politique sale? Un peu de culture, ça ne vous ferait pas de tort... Allumez bande de ploucs!

Therrien leur referma donc la porte au nez.

Le grand vieux maigre édenté et son fidèle tarlais poursuivirent leur chemin, cognant d'une porte à l'autre pour répandre leurs messages haineux de caves d'un autre temps.