mardi 16 août 2011

À propos de mes visages verts... ou bien de l'art et de l'ophtalmologie... le titre que vous voudrez, tiens...

Saint-Exupéry avait beau dire que l'essentiel est invisible pour les yeux que le monde visible ne s'efface pas pour autant.

Et c'est ce monde visible que l'artiste essaie d'interpréter tant par les arts visuels que par l'écriture, voire la musique.

La Symphonie pastorale de Beethoven est une oeuvre visuelle. Comme le Sacre du printemps de Stavinsky. On entend ça et on voit la nature en action. C'est voulu comme ça, bien sûr. Ce qui fait qu'ils étaient de grands musiciens et pas des grands navets.

Cela dit, rien n'explique pourquoi je peignais tous les visages en vert hier sur mon tableau...

Ceux qui me connaissent le savent déjà: je suis daltonien. J'obtiens zéro sur seize pour la perception du vert avec le fameux test des couleurs. Ce qui fait que je ne vois pas le vert, que je ne le verrai jamais, et que je dois lire sur mes pots de couleurs quand je peinds des arbres ou bien des extra-terrestres. Si j'oublie de lire sur les pots, comme ça ne m'arrive heureusement pas trop souvent, eh bien je confonds le vert tendre avec la couleur chair. Et voilà que je barbouille les visages en vert, avec minutie, jusqu'à ce que ma blonde me demande pourquoi tous les visages sont verts...

Ensuite, c'est l'abîme. Je doute de moi. Je me dis que je ne serai jamais qu'un cordonnier mal chaussé, ou bien un sourd qui joue de la musique, un nul à chier, ce que vous voulez. Puis le lendemain, narcissisme oblige, je ne me trouve pas plus mal qu'avant l'épisode des visages verts. Je me trouve des tas de raisons pour continuer à peindre. Premièrement, j'aime ça. Et deuxièmement, cela me regarde.

Paul Gauguin m'aide à surmonter mon affection de l'oeil. Il était lui aussi daltonien. Ce qui fait que j'ai l'impression de jouer dans les mêmes palettes de couleurs, inconsciemment, ou sciemment, oh et puis je ne sais plus... Ce que je sais, c'est que moi et mon ami Gauguin utilisons les mêmes jaunes, les mêmes bleus et les mêmes rouges. Pas parce que je suis allé à Tahiti. Mais parce que nous sommes daltoniens...

Je triche avec la peinture. Si je vous montrais vraiment ce que je vois, l'herbe serait rouge vive ou brune caca d'oie. Le ciel serait toujours bleu vif. Le soleil, jaune vif. Les visages? Vert tendre...

Même que si je trouvais des couleurs encore plus fluos, ce serait plus près de ce que mes yeux perçoivent.

Je peux bien être «original». Imaginez ce que je vois. Tout est fluorescent et sans aucune trace de vert.

Je m'efforce de représenter une vision normale des choses avec des yeux qui ne voient pas le vert et ne le verront jamais.

C'est ce qui m'incite plus que tout à peindre en couleurs: ce constant défi de représenter ma vraie vision intérieure, une vision où le vert est abstrait, littéraire, écrit sur les petits pots...



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