mardi 9 août 2011

Le wampum de Mikinak

Le père du père de son grand-père l'avait dit. Il s'en souvenait encore parce qu'ils avaient toujours eu de l'oreille dans sa tribu.

-Notre culture est comme un grand orignal blessé qui s'est réfugié dans la forêt pour survivre. Les temps deviendront encore plus difficiles. Bientôt plus personne ne saura interpréter les âmes qui animent tout ce qui existe. On ne croira plus en l'esprit des arbres, des animaux et même des hommes. Pourtant, notre culture survivra. La sagesse des vrais humains traversera les lunes et rien n'en viendra à bout. La Terre-Mère balaiera tous ces échafaudages, maisons cossues et églises. Ces générations passeront sans rien laisser. Alors, le grand orignal reviendra brouter l'herbe dans les plaines. Il aura survécu. Aura retransmis à sa progéniture la force de résister au temps. Rien ne pourra tuer cet orignal. Ni le loup. Ni l'homme. Ni rien. L'homme qui ne sait pas interpréter les rêves et qui ne voit plus les étoiles n'est que l'ombre de ce qu'il pourrait être. Quand il voudra devenir un homme, croyez-moi, il devra tout apprendre de l'orignal...

Il disait ça, le père du père de son grand-père.

Et lui, Jacques Lafrenière alias Mikinak, il lisait encore cette histoire sur le wampum qu'il traînait dans ses affaires depuis des générations, d'un bout à l'autre de son pays sans frontières.