mercredi 1 décembre 2010

La sagesse d'un boîteux

Épictète, en plus de boîter d'une jambe, était esclave. Il était l'esclave d'un affranchi de l'empereur Néron. C'est cet ancien esclave de l'empereur qui lui a d'ailleurs pété la jambe. Et la légende veut qu'Épictète lui ait simplement dit «si tu continues, tu vas me la casser» presqu'en sifflant comme si de rien était.

Épictète, par ailleurs, cela veut dire en grec «homme acheté» ou «serviteur». Son maître l'appelait «Serviteur boîteux»...

«Serviteur» a finalement été lui-même affranchi de son maître cruel dans des circonstances nébuleuses. Et «Boîteux» a poursuivi son chemin en fondant une école où il enseignait sa philosophie, le stoïcisme.

Qu'est-ce que le stoïcisme? Je n'ai pas envie de répondre à cette question. Aussi je vais faire les coins ronds.

Le stoïcisme c'est un art de vivre bien plus qu'une foutue théorie à la noix dont raffolent les demis-philosophes qui se chargent d'en saigner dans nos universités.

L'art de vivre est étranger aux théoriciens et ne les rattrape qu'au détour d'une longue maladie ou bien d'un suicide.

Épictète était esclave et il boîtait. Il servait un maître tyrannique et vivait en un temps où l'empereur émettait des décrets pour chasser  de Rome les philosophes. La rondelle ne roulait pas pour lui. Il vivait en une sale époque dans le mauvais rôle.

Épictète ne pouvait pas changer sa condition d'esclave ni fuir bien loin en boîtant.

Alors il s'est mis à réfléchir et disons qu'il a plutôt aimé ça, à défaut de pouvoir vivre autre chose. Il s'est affranchi de ce qui ne dépendait pas de lui. Il n'a pas accusé les autres. Il ne s'est même pas accusé lui-même. Il a pris le parti d'en rire, un peu comme Bouddha. Il a vaincu la peur, la souffrance et le désir. On peut le frapper, il ne se sentira pas atteint puisqu'il a terrassé ses démons intérieurs.

Nietzsche a dit d'Épictète qu'il fallait boîter pour penser ainsi. Une nature plus forte et plus saine peut terrasser tout un chacun et imposer sa morale, sa vision du bien et du mal.

Entre vous et moi, Nietzsche est un emmerdeur. Il se croyait de noblesse polonaise. Et qu'est-ce qu'on s'en torche de sa noblesse et de sa philosophie à coups de marteau. Il portait un maillot de bain ridicule quand il allait sur la plage avec son ami Machin et sa muse Lou-Andréas Salomé. Sa moustache était affreuse. Et ses sourcils étaient plus énormes que sa grosse moustache merdeuse. Il jouait au dur par écrit et n'était dans la vraie vie qu'un petit papillon bleu syphilitique facilement écrasable par le premier sous-manutentionnaire venu.

N'empêche que Dostoïevski et Soljenitsyne trouvaient une plus grande consolation à lire le Manuel et les Entretiens d'Épictète du temps de leur emprisonnement. Nietzsche ce n'est pas une lecture de prison.

Comme quoi les conseils d'un boîteux sont préférables aux délires d'un syphilitique.

La morale de l'histoire? Aucune. Comme d'habitude.