vendredi 17 décembre 2010

En prison avec le célèbre Murine

Murine était un braqueur de banque qui fit rapidement figure de héros parmi les desperados. On a même produit un film vantant ses exploits, essentiellement constitués de vols de banque, d'évasions de prison et, il faut bien le dire, de meurtres prémédités.

Djosse est plutôt un vieux Jesus freak qui ne ferait plus de mal à une mouche. Sa folie a fait son temps. Et il entend se consacrer aux autres pour ce qu’il lui reste à vivre, sans faire de vagues, bien peinard et toujours seul dans son coin.

Djosse est un gaillard de taille moyenne et d’âge d’or. Ses cheveux sont jaune paille et clairsemés. Ses dents sont un peu croches.

Il n’a pas toujours été un ange, Djosse, mais personne ne l’était vraiment dans son quartier, sinon Benoît Bouboule Bournival, un gars qui ne faisait que lire des livres toute la journée et qui ne jouait jamais avec personne.

Djosse a grandi avec une barre à clous et une poche de hockey comme d’autres grandissent avec un compte en banque bien garni et des châteaux en Espagne.

Il s’est donc retrouvé en prison avec nul autre que le célèbre Murine. C’était en 1970, une époque relativement fuckée de l’histoire du Québec, où l’on se faisait des nuits de la poésie et toutes sortes d’hosties d’shows.

Murine n’était pas plus poète qu’un autre mais il voyait bien que l’époque était faite pour les forts en gueule. C’est ainsi qu’il avait promis au juge qu’il s’évaderait de prison lors de son procès.

-J’vais m’évader pauvre con! qu’il lui avait dit en crachant sa glaire dans sa direction.

Djosse nous a raconté cet épisode de sa vie ce matin, au bar Chez Gaston, avec toute la verve qui sied au narrateur d’un récit mettant en scène une grande vedette du crime.

-J’étais en prison en même temps que Murine sacrament! qu’il nous a dit en s’agrandissant les yeux. Y’avait remarqué que les gars dans ‘a tour de garde y’était pas là le lundi parce qu’i' r’levaient d’leu' brosse d’la fin d’semaine. Murine avait d’mandé aux gars d’sa wing de l’aider à s’évader en leu’ promettant qu’i’ r’viendrait pour les aider à s’évader… Ben cibouère! V’ là qu’c’est un lundi. J’su’s dans ‘a cour d’la prison, assis sur une table à pique-nique. Pis qui que j’voés? Murine en personne. Y’est en train de faire un trou dans la clôture avec des instruments qu’i’ se sont patentés, lui pis sa gang. La gang s’évade toé chose pis moé, ben, j’reste là… I’ m’restait juste six mois à purger pis ça m’tentait pas d’me faire rajouter deux ans d’plus…

-Y’est-tu r’venu délivrer les gars? questionna Brutos, le facteur, tout en demandant à la serveuse de rajouter du brandy dans son café pour son cardio.

-Ben oui, répondit Djosse. Deux mois plus tard, Murine est r’venu délivrer les gars comme il l’avait promis. Y’est arrivé avec un gros pick-up pis des gars avec des machine guns. Y’a garroché des grenades sur le mur pis i’ s’est faufilé dans l’trou faitte par l’explosion avec son pick-up… J’étais encore assis dans ‘a cour cette fois-là, sur la même calice de table à pique-nique. Boum! Hostie! Pis Murine qui entre dans ‘a cour avec sa machine gun pis qui vise la tour… Takatakatak! Comme dans les films, maudit hostie! Une autre évasion pour Murine! Cibouère!

Sur ce sacre bien senti, Djosse remet sa tuque et salue sa compagnie.

-Salut la compagnie! qu'il nous dit en crissant son camp.

Raoul, un gars qui connaît bien Djosse et qui a lui aussi fait du temps, nous rapporte par la suite que tout est vrai, sauf le bout de l’histoire où Murine fait feu sur le beffroi avec sa mitraillette.

-C’est pas la même version qu’hier… Ce boutte-là Djosse l’a rajouté ce matin. Y'a dû pogner ça dans l'film...

Peut-être que Djosse beurre épais, mais vrai comme je l’écris, ce gars-là était en prison en même temps que Murine et c’est tout ce qu’il nous faut savoir.

Murine qui est d’ailleurs six pieds sous terre. Parce qu’on ne fait pas longue carrière avec une mitraillette dans le quartier des affaires. Djosse est encore en vie, lui, parce qu'il aime son prochain autant que lui-même. Comme quoi la réinsertion sociale n'est pas nécessairement un mythe, même si ce n'est pas avec un tel sujet qu'on fera un grand film d'action.