vendredi 9 juin 2017

La pauvreté est un vice

On se ment beaucoup avec des proverbes. Trop souvent les proverbes servent à cautionner l'inacceptable.

On dit par exemple que pauvreté n'est pas vice. Ce qui est tout à fait faux. La pauvreté est un vice. Ce n'est pas nécessairement celui des pauvres cela dit, mais bien de ceux qui essaieraient de vous faire passer un chameau par le chas d'une aiguille pour vous faire oublier que les riches vivent au paradis.

Il ne faut jamais avoir vécu la pauvreté pour l'obliger à des vertus qui sont négligées par la richesse.

Pauvreté est vice. Il faut être vicieux pour survivre dans des conditions qui ne vous le permettent pas.

Il arrive donc aux pauvres de voler, de travailler au noir et même de tout casser pour se conférer un instant l'illusion de leur grandeur. Les pauvres ne savent pas bien se comporter. Il faut leur inculquer la discipline et le sens de la propriété qui n'est pas la leur.

Évidemment, les riches ont tôt fait de les rappeler à l'ordre, le leur bien entendu, cet ordre qui tient les pauvres en laisse comme s'ils étaient des chiens sans espoir de quitter leur niche et les pitoyables rogatons qu'on leur sert.

Qu'est-ce qu'un pauvre? C'est d'abord quelqu'un de laid. On ne demeure pas beau longtemps avec trois fois rien. On finit par perdre ses dents beaucoup plus vite que parmi les membres de l'aristocratie. Ses cheveux aussi. Puis comme l'on mange le pink slime que mangeraient aussi les cochons, on engraisse ou bien l'on maigrit consécutivement d'un cancer. Pas moyen de correspondre à cette image que renvoie le bourgeois et qu'il tient à faire passer pour la norme alors qu'elle n'est que l'exception.

Le pauvre c'est l'enfant qui demeure à la maison quand les autres écoliers vont à une activité parascolaire. No money no candy...

L'enfant pauvre joue au hockey en souliers. Ses patins ne lui font plus depuis deux ans. Ses parents n'ont pas les moyens de lui en acheter. Il voudrait bien jouer dans une équipe mais là aussi on lui fait savoir qu'il lui faut de l'argent, beaucoup d'argent. Alors il demeure près de la maison et, à force de ne rien faire, il se trouve une raison de tout défaire. Le pauvre est jaloux. Le pauvre est vicieux et bourré de ressentiments.

Le pauvre est mal habillé. Ses vêtements sont troués, pas à la mode et moches. Il porte des espadrilles de second pied et attrape le pied d'athlète sans pratiquer de sport.

Le pauvre n'a pas la cote. Il provient aussi d'un autre monde où l'on n'est pas comme tout le monde, comme ceux qui ont fière allure au petit écran.

Le pauvre passe ses étés près de la galerie à avoir chaud. L'air climatisé est pété. Les voisins hurlent tout autour. La musique joue fort dans le quartier. Le pauvre, voyez-vous, a souvent mal à la tête.

Le pauvre est trimbalé d'une famille d'accueil à l'autre puisque ses parents se sont faits prendre à vendre des cartoons de cigarettes, du pot, des services sexuels, etc.

Le pauvre se fait battre, maltraiter, violer et parfois même tuer. C'est lui qu'on envoie au front parce qu'il était écoeuré d'être sur l'aide sociale.

Le pauvre parle mal. Il a des problèmes d'élocution. Il parle le créole ou le joual. Qu'il vienne d'ici ou d'ailleurs on se moque de lui quand on le croise.

Puis un jour, le pauvre en a assez.

S'il se met à lire, il devient un chômeur instruit.

On ne veut jamais d'un pauvre dans son équipe.

À moins que ce ne soit pour faire de mauvais coups ou faire la guerre, mais ça on le savait déjà.

Le pauvre, c'est de la chair à canon.

C'est le pauvre que l'on sacrifie à toutes les occasions qui se présentent.

C'est le premier à lever les pattes.

Le dernier à embarquer dans les bateaux de sauvetage quand le Titanic coule.

Le pauvre, c'est vous, c'est moi, et tant d'autres que je n'arrive même pas à tous les compter.

Le pauvre, c'est le Maghrébin bardé de diplômes qui lave des toilettes pour qu'il sache tenir son rang.

Le pauvre, c'est l'Haïtien qui torche des culs dans des centres d'accueil sans avantages sociaux, sans plan de retraite, sans rien que le mépris et la condescendance des hautes sphères.

Le pauvre, c'est l'Autochtone qui renifle de l'essence dans sa réserve en se disant que Kitché Manitou n'écoute pas ses prières.

Le pauvre, c'est cette jeune fille que ses parents pauvres ont vendu à un vieux sec à la sortie d'un bar pour s'acheter de la drogue.

Le pauvre, c'est ceci. C'est cela. C'est selon.

Sans lui, il n'y aurait pas de religions.

Et sans religions, le pauvre n'en serait pas moins pauvre.

Malheureux est le pauvre qui a faim et soif de justice.

Il n'est jamais rassasié.

La justice ne joue jamais en sa faveur.

L'époque ne roule pas pour lui.

Et pourtant, c'est le pauvre qui fait tomber les trônes et changer les temps.

C'est le pauvre qui n'a rien à perdre et tout à gagner.

C'est lui, oui c'est toujours lui qui monte au front.

La pauvreté est un vice vous dis-je.

Le vice des riches.


1 commentaire:

monde indien a dit...

Merci , tu dis très bien tout ça - Il y a tant a dire - Nous dirons TOUT -