mercredi 21 juin 2017

Fête du soleil

C'est aujourd'hui la Journée nationale des Autochtones qui coïncide avec la Journée internationale des Aborigènes ainsi qu'avec le solstice d'été.

Il était coutume chez les Sioux que des membres de la tribu se prêtent à un exercice tout à fait singulier pour souligner la fête du soleil. Ils se rentraient des flèches dans la poitrine et reliaient celles-ci à une corde qui était attachée autour d'un arbre. Puis ils dansaient jusqu'à l'épuisement au son des tambours qui imitaient le rythme cardiaque pour provoquer une forme de transe. On suppose que les participants étaient drogués: datura, psilocybe, etc.

Lorsqu'ils tombaient, les flèches arrachaient la peau de leur poitrine et leur laissent à jamais des marques de scarification. 

Sitting Bull, homme-médecine et chef religieux des Sioux Lakotas, se fit traiter de barbare pour avoir célébrer le soleil selon cette coutume pratiquée depuis des milliers d'années. Cela servit même de justification à l'intervention de l'armée pour mater les Sioux de cette réserve placée sous le contrôle du gouvernement des États-Unis. Cela mena, ultimement, au massacre de Wounded Knee.

Plus question que Sitting Bull excite les Sioux avec la danse du soleil, la danse du Grand Esprit, la danse des fantômes et la danse de la lune.

On priva les Sioux de leur territoire et de leurs coutumes comme le gouvernement israëlien l'a fait avec les Palestiniens pour favoriser la colonisation. Dans un cas comme dans l'autre, la religion d'autrui passa pour barbare. Comme si les «Sauvages»  méritaient d'être traités comme des sous-hommes...

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Revenons à la Fête du soleil.

Je ne la fêterai probablement pas en me rentrant des flèches dans la poitrine.

Je ne risque pas plus de danser pieds nus sur la terre sacrée.

Bref, je ne ferai probablement rien de spécial pour l'occasion.

Je vais boire de l'eau. Et je vais être à jeun jusqu'à demain matin puisque j'ai une prise de sang au programme pour un examen de routine.

Que me reste-t-il de mes racines autochtones? Pas grand chose. Un vague souvenir entretenu par des livres. L'écho déformé des Robes noires qui ont rédigé les Relations des Jésuites.

Je m'en veux de ne pas parler une langue autochtone.

Je me reproche de ne connaître que superficiellement la culture d'un monde auquel je suis pourtant génétiquement relié.

Pourquoi ne nous a-t-on rien enseigné à l'école?

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C'était en 1997. J'étais à bord du train panoramique de la ligne Quebec North Shore and Labrador qui relie Schefferville à Sept-Îles via Labrador City.

La vue était splendide. Des paysages à couper le souffle, évidemment. On voyait de temps à autres des ours et des structures de wigwams abandonnés.

Des Innus étaient à bord du train et discutaient entre eux. 

Je leur ai d'abord adressé la parole en anglais.

-Good morning! How're you doin'?

Pas un mot.

Je leur ai donc parlé en français.

-Bonjour, comment ça va?

Ils se regardèrent les uns et les autres sans me répondre en continuant de parler innu.

-They don't speak French or English, finit par me dire l'un d'entre eux pour répondre à mon désarroi. They only speak Innu...

Je ne croyais pas que c'était encore possible de trouver des Autochtones qui ne parlaient aucune des deux langues officielles du pays à l'aube de l'an 2000. Je pensais qu'ils devaient plutôt parler leur langue ancestrale comme les Cajuns de la Louisiane baragouinent le français. Je me trompais. Il y avait encore des Innus dans ce pays qui avaient échappé à l'école où l'on apprend à désapprendre ses coutumes, sa culture et sa religion. Je ne saurais vous dire comment. Peut-être sont-ils demeurés cachés dans le bois, sur leur trapline. tout le long de leur enfance et de leur adolescence...

Quoi qu'il en soit, cela m'a ému.

Je me suis senti petit et ignorant cette fois-là.

Et, vrai comme je suis là, j'ai eu l'envie moi aussi de m'enfoncer dans les bois pour fuir ma civilisation aliénante, mon petit monde étriqué générateur d'humiliation et d'iniquité envers les humains qui ont le malheur de ne pas devenir ce que l'on attend d'eux.

J'aurai donc une pensée pour les Innus aujourd'hui, à défaut de faire une danse du soleil.

Bonne Journée nationale des Autochtones aux guerriers de l'arc-en-ciel dont parlait la vieille prophétie transmise par William Commanda. Bonne journée aux aborigènes ainsi qu'à tous les Blancs, Noirs ou Jaunes qui s'associent aux Autochtones pour ne former qu'une seule tribu de vrais humains.