jeudi 1 juin 2017

97% de la population ne milite pour aucun parti politique

Mes meilleures idées naissent au cours de mes promenades matinales où j'entre en grande conversation avec moi-même. Je ne veux pas dire qu'elles sortent de mon néant. Les propos de tout un chacun m'accompagnent. Je les observe. Je les tourne et retourne dans ma tête. Je les digère. Et finalement, j'en fais une synthèse plus ou moins heureuse.

Il y a des faits qui vont tellement de soi que jamais l'on ne trouve la nécessité de les mettre en évidence.

Je m'étonnais, ce matin, de ne pas m'être ébaubi un peu plus à propos de cette réalité: pas plus de 3% de la population est membre d'un parti politique...

J'arrive à ce calcul en supposant qu'il n'y a pas plus de 300 000 membres d'un parti politique au Québec, quels qu'ils soient. 300 000 sur une population d'un peu plus de 8 000 000 d'habitants.

Ces 300 000 membres cumulent les cartes au niveau municipal, provincial et fédéral. Sur ces 300 000 membres, je dirais que moins de la moitié, en étant très généreux, sont pleinement actifs.

Ce qui nous ramène à 150 000 citoyens, desquels on peut encore facilement retrancher la moitié et même un peu plus.

Ce qui nous rapproche de 1%.

N'y voyez pas d'analogie douteuse. Mais il me semble raisonnable d'avancer que 99% des gens ne sont pas intimement liés à la politique. Dont moi qui ne suis membre d'aucun parti et qui n'entend pas le devenir de sitôt.

Je participe aux débats, bien entendu. J'émets des points de vue. Et, pour tout dire, il m'arrive même de me tromper. Justement parce que je ne suis membre d'aucun parti et porteur d'aucune idéologie en particulier.

Je loge plutôt à l'extrême-gauche de l'échiquier politique avec quelques réserves. Je ne fais pas passer la sainte doctrine avant mes valeurs humaines, dont la tolérance, une vertu qui ne peut se mettre en pratique qu'avec ceux que l'on déteste.

Comme je ne suis pas lié à un programme partisan, je peux me revirer sur un dix sous du jour au lendemain.

Suis-je anarchiste? Pas tout à fait. L'anarchie est un système trop bien organisé à mon goût. Je suis plutôt un «anar chic», un dandy de la révolution sociale, bref un indécrottable idéaliste qui aura tort sous tous les régimes et qui l'assume pleinement.

Dans L'Unique et sa propriété, Max Stirner élaborait une philosophie politique qui ressemble un tant soit peu à ce que j'ai vu au cours du Printemps Érable. On aurait tort d'oublier que le Printemps Érable fut essentiellement un mouvement sans chefs. N'importe qui pouvait autoproclamer sa souveraineté d'action dans le cadre de ce mouvement. Tout simplement parce que les jeunes qui avaient initié le mouvement n'en avaient rien à cirer des chefs.

«Le divin regarde Dieu, l'humain regarde l'Homme. Ma cause n'est ni divine ni humaine, ce n'est ni le vrai, ni le bon, ni le juste, ni le libre, c'est — le Mien; elle n'est pas générale, mais — unique, comme je suis unique. Rien n'est, pour Moi, au-dessus de Moi!»Max Stirner, L'Unique et sa propriété, op.cit. p.20

Stirner disait qu'il était Sa propre cause. Il ne reniait pas les luttes sociales. Mais il disait qu'il n'abandonnerait pas sa souveraineté individuelle pour toujours au profit d'un groupe, d'une secte ou d'un parti. Il y participerait parce que cela servait aussi ses intérêts individuels, pour ne pas dire sa conscience, c'est-à-dire L'Unique...

Évidemment, on n'a pas besoin d'avoir lu Karl Marx pour comprendre que les capitalistes nous malmènent.

Comme l'on n'a pas besoin d'avoir lu Max Stirner pour conjuguer notre participation aux luttes sociales à notre souveraineté individuelle.

L'essentiel, c'est que les membres des partis politiques sont l'exception plutôt que la norme.

Ce qui fait qu'ils se sentent largement dépassés lors des grands bouleversements sociaux.

Où veux-je en venir?

À pas grand chose somme toute.

Sinon à cette idée que je suis moins marginal que je ne le croyais.

Je suis probablement comme vous, chers lecteurs et lectrices. Je ne suis membre de rien du tout. Je vis au jour le jour, donne raison parfois à l'un et parfois à l'autre, sans m'enfarger dans les fleurs et les beaux programmes des vendeurs de vérités.

Je me croyais marginal, hors norme, et je me découvre comme vous, floué par tous ces partisans qui croient dur comme fer que nous ne savons et ne valons rien...

***

Oh! J'oubliais... Je vais probablement voter pour Québec Solidaire. Gabriel Nadeau-Dubois me rassure lorsqu'il dit que les jeunes en ont soupé des chefs et de l'autorité. Les vieux aussi. Je vais accorder mon vote à QS sans oublier que je peux aussi le leur retirer à tout moment. Contradiction? Le système politique dans lequel nous vivons nous oblige à ce genre de pirouette. Vous attendez-vous à ce que 97% des citoyens n'aillent plus voter parce qu'ils ne sont membres d'aucun parti?