vendredi 29 novembre 2013

La résurrection de William Woodrow-Wouellette

L'alcool peut sauver l'âme d'un bandit. Vous vous dites sans doute le contraire si vous êtes sain de corps comme d'esprit. L'alcool rend l'homme semblable à la bête et souvent le fait mourir... Ce proverbe flotte dans l'air sans que l'on sache d'où ça vient. Ça viendrait de la Lune que cela n'y changerait rien. Oui, vraiment, en vérité je vous le dis, vous l'assure et vous rends le double de la mise si je ne vous prouve pas ici-même que l'alcool peut sauver l'âme d'une crapule.

Prenons William Woodrow-Wouellette pour exemple. Ce gars-là, que tout un chacun surnomme Tripledoublevé, bien entendu, fût un temps un bandit à cravates notoire. Il avait la boule rasée à zéro et portait toujours des vêtements griffés et s'aspergeait de parfum Eau-de-gamme pour cacher ses odeurs simiesques d'excréments.

Tripledoublevé volait tout ce qu'il pouvait et surtout l'argent des contribuables. Il s'inventait des tas de projets merdiques avec des maires, des députés et des mafieux pour détourner le fric des payeurs de taxes et d'impôts. Tous ces projets de béton se métamorphosaient en yachts, en châteaux de marbre avec vue sur la plage ou bien en soirées coquines très arrosées.

Tripledoublevé sombra vite dans l'alcool. Tous ces plaisirs qui enivrent devinrent bientôt trop routiniers et Tripledoublevé, vide dans son âme, la faisait baigner dans l'alcool pour oublier toutes ces conneries.

Évidemment, Tripledoublevé méprisait au temps de sa gloire tout ce qui n'était que du travail ou bien du bs.

-Sont tous caves hostie! qu'il disait. I' méritent toutte de s'faire crosser tabarnak!

Tripledoublevé avait dit ça sur la brosse, comme ça, devant l'équipe de journalistes chevronnés d'une quelconque télévision d'État qui permettait que l'on évince un petit bandit de temps à autres pour le pur amour du sport et de la compétition.

Tripledoublevé était devenu un peu plus qu'un petit bandit. Il était devenu complètement saoul. Et les conneries s'accumulèrent tant et tant, à la sortie de sa bouche, que rien que de vous les raconter en version expurgée prendrait des heures que je n'ai pas à ma disposition.

Il leur a dit des trucs comme je suis le roi du monde et mangez tous du caca en mille et une versions bien documentées.

La télévision d'État a diffusé ça pour faire réagir un peu ces mollassons de contribuables.

Et Tripledoublevé a commencé sa chute qui, en fait, devint une délivrance.

Plus il perdait son foin, ses acquis, ses femmes et ses maisons, plus il gagnait en sensibilité, en empathie et en humanité.

Il but jusqu'à ce qu'il n'ait plus un sou en poche et plus aucun ami.

Et quand Tripledoublevé fût totalement lessivé, il se décida de marcher en suivant le fleuve. Il prit ensuite la première rivière à droite et il s'enfonça dans la Haute-Mauricie pour finalement s'échouer à La Tuque.

C'est à La Tuque que Tripledoublevé constata qu'il pouvait aider les pauvres, même s'il n'avait plus un rond.

Il commença par faire du bénévolat pour des handicapés, puis il reçut son premier chèque d'aide sociale.

Ensuite il apprit le banjo.

Et maintenant il chante son amour de l'humanité tous les soirs à la chic Taverne du Bûcheron qui n'est pas encore fermée, contrairement à toutes les autres.

Tripledouvé pleure souvent au micro en rappelant à son auditoire qu'il aime l'humanité et souffre pour elle.

Tout le monde lui pardonne d'avoir été jadis un bandit à cravates.

Les Latuquois sont du bien bon monde sans préjugés envers la racaille.

Comme quoi l'alcool a sauvé Tripledoublevé des affres du capitalisme.

Désormais il aime les gens et ne leur volerait plus un pou.


1 commentaire:

monde indien a dit...

Les bonnes bitures en ont sauvé + d ' uns , + d ' unes - D ' autres c ' est le shit , d ' autres la connerie -
On s ' arrange -
Mmmmmmm , c ' est si bon !!!