lundi 4 novembre 2013

J'ai perdu mes élections

Alexis Klimov, feu mon professeur de philosophie à l'université, m'a sauvé de la politique avec son cours de métaphysique. Il se fondait sur le mythe de Dédale et Icare pour éclairer nos lanternes quant à notre relation avec la vie spirituelle. Il nous disait que le monde est un labyrinthe où le Minotaure, une créature mi-homme mi-taureau, nous menace. Comme toute voie semble bloquée au plan horizontal, il ne reste que la voie du ciel pour se sortir de là. D'où l'idée de Dédale de façonner des ailes qu'ils collent dans son dos avec de la cire d'abeille. Dédale en fait aussi une paire pour son fils Icare. Dédale lui rappelle aussi de ne pas s'approcher trop près du soleil pendant son vol. Mais il ne le fit pas et plongea dans les abysses parce que ses ailes fondirent au soleil.

Évidemment, je me suis disputé avec mon professeur à ce sujet. Je lui disais qu'il fallait affronter le Minotaure et faire tomber les murs du labyrinthe... Excusant sans doute ma jeunesse, et préférant sans doute ma révolte à mon obéissance, Monsieur Klimov me regardait d'un air amusé, comme si je contribuais à son spectacle. Et le voilà qui abondait d'exemples à propos de Pascal et de sa frayeur devant les espaces infinis. Puis il passait aux romantiques allemands, de Novalis à Goethe. Et il vous ramenait vers Lao Tseu, Bouddha alias Saint-Josaphat et autres Appollonios de Tyane.

Grâce à Monsieur Klimov, je n'étais plus tout à fait un con. Bientôt je me suis mis à envisager le monde du point de vue de Sirius.

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J'ai perdu mes élections municipales hier, tant pour la mairie que pour mon district.

Les élections municipales suscitent autant d'intérêt que les élections pour la commission scolaire ou, pire encore, pour les Caisses Desjardins.

Il y a tellement de gens qui se désistent de voter qu'à peine le quart des électeurs décident du sort des trois quarts qui votent contre ou ne votent tout simplement pas. La majorité des électeurs se désistent.

On se rapproche à tous les jours du labyrinthe et du Minotaure.

Qui va défendre la démocratie quand elle va s'effondrer? Moi? Vous? Eux? Ceux et celles qui se désistent?

Je n'en sais rien.

Je sais seulement que la voie du ciel nous appartient. Elle est libre et ouverte.

L'imagination est toujours au pouvoir, quoi qu'il advienne.

Je ne vole pas trop près du soleil. Et pas trop haut parce que j'ai plus le gabarit de l'ours que celui du pélican.

Je fais ce que je peux dans cette pauvre vallée de larmes.

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C'était en 1985 ou 1986, du temps où l'Albanie était encore sous la conduite d'un régime totalitaire. Lors des élections présidentielles en Albanie, le président Ramiz Alia remporta 99.99% du vote des électeurs. Seulement un citoyen avait voté contre le président et la bonne nouvelle était qu'il serait traité dans un hôpital psychiatrique.

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Voilà.