vendredi 11 mai 2018

Quand j'étais puceau

J'ai déjà été puceau. On l'a tous été un jour et d'autres le sont encore. On ne choisit pas toujours sa situation. Et on n'est pas toujours choisi à la loterie de l'amour.

Du temps où j'étais puceau j'ai pensé moi aussi que j'étais le garçon le plus sympathique du monde, sérieux comme un pape, bourré de talent, de quoi se faire pâmer une princesse... Mais les princesses ne voulaient pas de moi. D'autant plus que je ne savais pas quoi leur dire. Cela finissait par sortir tout croche et tout de travers comme une catastrophe.

La première fois que j'ai dit je t'aime à une femme j'étais saoul. Je m'étais saoulé toute la veille et je l'avais appelé au matin, en relevant de brosse, pour lui dire au téléphone que je l'aimais. Évidemment, cela n'a pas marché du tout. J'ai passé pour un type un peu bizarre aux yeux de la fille en question qui est tout de même demeurée mon amie par charité chrétienne...

Comme tant d'autres célibataires, je me suis surpris à penser que les femmes n'aimaient que les salauds et détestaient les gentlemen. J'étais puceau. Aussi bien dire que j'étais stupide.

Une femme s'est intéressée à moi. Puis une autre. Et, enfin, je ne fus plus puceau. Je jure que je volais, comme le chantait Jacques Brel dans Mon enfance.

J'ai réalisé que les femmes ne détestaient pas les gentlemen.

Elles ne peuvent tout simplement pas aimer quelqu'un qui ne s'aime pas lui-même.

Ni passer du temps à s'ennuyer avec quelqu'un alors que tout un chacun peut très bien faire ça tout seul.

C'est moi qui étais dans l'erreur. J'étais jeune. J'étais puceau.

Une fois que j'eus accès à la magie des femmes et de l'amour, j'avoue que ma vie n'a plus jamais été la même. Elle s'est nettement améliorée. Je n'ai plus jamais été habité par le désespoir de la solitude. Et j'ai cessé d'être centré sur moi.

Et, oui, j'ai été aimé des femmes. Et me sens privilégié de l'être encore par une seule qui compte à mes yeux plus que toutes les autres. Cela m'empêche d'être tout à fait aigri, amer et triste. La femme, et ma femme par-dessus tout, est mon rayon de soleil, la seule quête qui importe par-dessus toutes les autres. Le reste, c'est pour passer le temps. Ou le tuer.

À vrai dire, je n'ai rien connu de pire dans la vie que d'être puceau. Et je ne parlerai évidemment que pour moi-même.

Et je n'ai rien connu de mieux que tout ce dont rêve le puceau en pensant que cela ne doit pas vraiment exister.

***

L'attentat de Toronto a été commis par un type qui glorifiait les Incels, les célibataires involontaires, un genre de groupe Facebook pour puceaux qui se masturbent virtuellement en groupe pour se décharger de leurs insanités mentales.

Je ne sais pas comment traiter les puceaux.

Je sais seulement qu'on demeure puceau quand on ne sait pas parler au sujet de notre désir.

Le silence et la prostration ne mènent à rien en matière d'amour et même de sexe.

***

J'oubliais d'ajouter que j'ai cessé d'être puceau à la même période où je prenais mon premier buvard de LSD. Je n'en consomme plus depuis longtemps, soyez sans crainte, mais je serais malhonnête de ne pas dire que cela m'a peut-être délivré du pire. Mon vieux Moi a pris un coup après mon premier trip d'acide et n'est jamais revenu comme avant.

On me reprocherait de faire la promotion des psychotropes si j'allais plus loin.

On ne me reprocherait pas d'avoir prié...

Quel monde étrange.

Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour enfin péter sa coquille et ouvrir ses ailes.


Aucun commentaire:

Publier un commentaire

Remarque : Seuls les membres de ce blogue sont autorisés à publier des commentaires.