mardi 13 février 2018

Régine, alias la Poule à Houde

Lorsqu'on plonge dans nos souvenirs on y prend goût. Tant et si bien que des souvenirs qu'on aurait cru engloutis finissent par remonter à la surface.

Évidemment, plus on remonte dans le temps et plus les souvenirs deviennent flous. On s'accroche immanquablement à un infime détail. Et c'est à partir de ce point infinitésimal que l'on retrouve tout le reste.

Pour Jean-Baptiste le ramancheur, c'était son pot de chambre. S'il n'y avait pas eu ce pot de chambre, je ne me serais même pas souvenu de son nom. C'était comme si le pot de chambre était indissociable du ramancheur.

Et c'est idoine pour Régine, alias la Poule à Houde. Je ne sais pas pourquoi nous la surnommions ainsi. Mais j'ai le souvenir d'une grande et grosse madame qui allait boire avec les gars à la taverne Au petit Tonnet. La Poule à Houde était du genre Tom Boy, les cheveux courts, les épaules larges et le langage débordant de sacres et autres blasphèmes. On disait qu'elle était le doorman de la taverne Au Petit Tonnet. Ce n'était pas le cas. Mais c'est vrai qu'elle pouvait te sortir deux gars en même temps en les empoignant par le chignon du cou.

La Poule à Houde nous faisait aussi peur que Moéneau Sicotte mais pour d'autres raisons. On voyait rarement Moéneau Sicotte dans la ruelle. Cependant, on voyait tout le temps la Poule à Houde qui nous criait d'aller jouer ailleurs que dans sa cour. Mes amis, qui étaient mal embouchés, la traitaient de grosse torche. Évidemment, ça la mettait en colère. Et elle courait après nous en menaçant de nous arracher la tête.

Généralement, on courrait beaucoup plus vite qu'elle. Je dois avouer, à mon corps défendant, que je ne la traitais pas de grosse torche. J'avais un petit côté curé qui m'empêchait de développer cet aspect de ma personne. J'étais pourtant parmi tous les jeunes voyous et je devais fuir tout comme eux lorsqu'ils se moquaient de la Poule à Houde.

Un jour, elle réussit à se saisir de l'un d'entre nous et se met à lui tordre les ouïes.

Je pense que c'était mon jeune frère ou un autre.

Je ne sais plus.

Mais je sais qu'il criait quelque chose comme «Lâche-moé grosse folle!»

S'est-il passé d'autres événements impliquant la Poule à Houde?

Sans doute, mais je ne m'en souviens plus.

Je me souviens d'une grosse madame qui buvait avec les gars à la taverne, en sortait deux en même temps en les empoignant par le chignon du cou et vous tirait les ouïes quand on la traitait de grosse torche.

J'irai replonger dans mes souvenirs, un jour ou l'autre.

Et peut-être que je trouverai de quoi rallonger ce récit qui, pour l'instant, semble bien maigre.

Ainsi va la vie. Ainsi naissent les légendes.

Un détail.

Un petit rien.

Et voilà bientôt une ode, un hymne, un opéra, une pièce de théâtre, un roman, une télésérie, une bande dessinée, un jeu vidéo...

J'aurai au moins l'insigne honneur d'avoir jeté les bases de ce personnage singulier, Régine Houde, alias la Poule à Houde, force de la nature au regard sombre, buveuse de fin de soirée et ultime espoir amoureux de vieux poivrots désabusés.


***


Post-scriptum: La bd ci-dessus intitulée la Grosse Bertha est inspirée de la Poule à Houde...

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