lundi 5 février 2018

Je ne suis pas raciste et ce n'est pas de ma faute

Je n'ai aucun mérite à ne pas être raciste.

D'abord, si je ne le suis pas, ce n'est pas par conformisme idéologique.

C'est presque inné. Le racisme n'a jamais pris racine chez-moi. Tout m'a toujours porté vers les autres, surtout les plus bizarres, parce que je suis moi-même différent, pour ne pas dire étrange. Plus grand, plus gros, artiste et intellectuel, j'ai compris que je n'étais pas conforme à la moyenne qui se réclame de la moyenne pour passer à la moulinette tout ce qui dépasse.

J'ai aussi grandement profité des leçons d'humanisme d'un ancien vétéran de la Deuxième guerre mondiale qui était l'ami de mes parents et notre voisin. D'autant que je me souvienne, Irénée Pépin accueillait tout le monde avec le sourire aux lèvres: Noir, Jaune, Caucasien et j'en passe. Sa curiosité de découvrir le monde était plus forte que ses peurs. Et, sans le savoir, il m'aura transmis cette belle qualité. Je m'en rends bien compte aujourd'hui: monsieur Pépin m'a enseigné l'antiracisme. Et c'est d'autant mieux qu'il a aussi combattu les fascistes entre 1939 et 1945. Cet ancien vétéran, aussi curieux que cela puisse paraître, était un homme de paix.

Par ailleurs, les années 80 laissèrent sur nos rivages un flot de réfugiés chiliens, haïtiens, cambodgiens et vietnamiens qui tout de suite se mirent à frayer avec nous dans les ruelles et les cours d'école de Trois-Rivières. La peur de l'autre disparaissait jusqu'à devenir inexistante. On est tous pareils. No future. Fuck toutte...

Plus tard, à l'université, je me suis fait des amis de tous les horizons, dont bon nombre de Maghrébins. Puis je me suis mis à voyager. Et j'ai rencontré toutes sortes d'individus au destin unique qui firent tomber ce qu'il me restait de visières pour limiter mon angle de vue.

Je n'ai jamais été raciste, non pas parce que je suis donc fin, gentil et humain. Non. C'est moins que ça, je l'avoue. Je n'ai jamais été raciste parce que je ne le ressens pas du tout en moi. Je ressens plutôt la pulsion contraire - de l'attraction plutôt que de la répulsion envers les étrangers.

De plus, j'ai pleinement conscience d'être un «bâtard». Je suis métissé de tout ce traîne sur l'Île de la Tortue depuis 12 000 ans et plus encore: Français, Anishnabé, Wendate, Micmac, Anglais et j'en passe...

Ce n'est pas moi qui ai décidé de devenir citoyen du monde.

Ce sont mes gènes.

***

Comment peut-on être raciste?

J'imagine qu'il faut avoir grandi en vase clos, loin de tout ce qui pourrait ne pas ressembler à une norme socialement acceptable.

Ou bien avoir atteint une telle intensité dans son anticléricalisme exacerbé qu'on en vient à s'inventer des complots religieux là où il n'y a que des vieilles retraitées qui tricotent des pantoufles.

Dans un cas comme dans l'autre, les mythes rongent la vérité.

***

Lorsqu'un rat est pris dans un coin, il faut lui laisser de l'espace pour s'enfuir si nous ne voulons pas nous faire mordre.

J'imagine que c'est pareil pour les racistes.

Sauf que je ne sais pas quel espace je dois leur donner.

Difficile de vivre avec des craqueurs d'allumettes dans une poudrière sociale.

Peut-être que j'ai raison de les arroser d'un peu d'humour...



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