dimanche 21 février 2016

Musique dominicale

Le dimanche me rappelle d'abord ma sainte horreur des offices religieux catholiques. Je n'ai pas eu cette malchance d'être touché par la grâce divine. L'église et ses amulettes m'inspiraient des sentiments morbides qui n'ont rien à voir avec la vie. J'allais à la messe comme on va à la guerre. Mon esprit était le champ de bataille. Mes sens étaient les combattants. Tout m'y rappelait que je devais avoir honte d'humer le parfum des fleurs ou bien d'écouter d'authentiques chansons d'amour. C'était pesant, abrutissant et puissamment violent.

Heureusement que mes dimanches ne se sont pas limités aux désordres mentaux.

La vie était vite retrouvée à la maison après cette inutile session de pénitence et de médiocrité intellectuelle.

Il y avait la lutte à la télé pour me ressusciter. Puis c'était le roastbeef dominical ou bien quelque beau morceau de viande bien juteux.

En après-midi, j'obtenais le droit d'écouter les disques de la collection familiale. Il y avait là quelques grands succès sur 78 tours, des compilations K-Tel en format 33 tours et quelques nouveautés sur 45 tours.

Aujourd'hui, j'ai réussi à évacuer la messe et sa sorcellerie de ma mémoire. Il m'en reste un vague mépris qui ne ressent plus vraiment le besoin de s'exprimer. D'autant plus que toutes les églises ferment l'une après l'autre. Comme si la vie avait enfin gagné.

Si j'étais demeuré croyant, je ne doute pas un instant que j'aurai fini par fréquenter l'asile psychiatrique. Le conflit entre la foi et la sexualité m'aurait annihilé. Ce n'est pas arrivé et j'en remercie l'univers. J'ai pleinement savouré la pomme de l'arbre de la connaissance. Ses sucs ont produit l'oxygène que réclamait mon cerveau pour sortir ces peurs séculaires de ma génétique.

J'aime encore mieux me remémorer la lutte et ces vieux succès que je faisais jouer sur mon tourne-disque.

Ma ferveur est toute dirigée vers ces musiques dites populaires ou, pire encore, quétaines.

Les alléluias et les oratorios ne réussissent pas à chasser les Jérolas et autres quétaineries de mes souvenirs vivants.

Ils ne sont même pas de mon époque. mais c'est tout ce que j'avais à mettre dans les oreilles pour oublier les chants funèbres de la messe.

J'aurai grandi à user les sillons de Harry Belafonte chantant Day-O. J'aurai vibré sur la batterie frénétique de Hound Dog et les ah! aaah! aaaah! waaaa! de Twist and Shout.

Je dois les plus belles émotions de ma vie à l'amour et à ces musiques que l'église condamnait l'une et l'autre par esprit de sérieux et de mortification.

Aujourd'hui encore, mes dimanches sont à l'affût de ces bonnes vieilles chansons pop.

Je synthonise le 90,5 FM, une chaîne locale qui diffuse en ce moment I'm a Soul Man. Puis c'est le tour de La dame en bleu. Ça ne vole pas haut, me direz-vous, mais c'est mieux que d'entendre brailler un curé.

J'aime ces airs de marchés aux puces, des chansons d'une autre époque qui nous replongent dans les années '50 et '60, en des temps où l'on menait une révolution pas si tranquille que ça.

J'assume totalement cette quétainerie.

J'assume mon goût pour Le train qui siffle de Paul Brunelle, une toune que j'ai dû écouter un millier de fois avec mon ami Rob-Bob. On ne peut pas écouter ça sans sourire, à moins de préférer demeurer sinistre et noir comme le désespoir.

J'assume les goûts musicaux de mes parents. J'assume Roger Whitaker, Jean Lapointe, Claude Dubois et Ginette Reno. Je m'en fous que les gens intelligents et cultivés n'aiment pas ça.

Je n'ai plus honte de tous ceux-là.

Je me suis trop cassé la tête et le cul à aimer les hurlements et les pleurnichages de ma génération.

Je n'y reviens presque jamais.

Je suis toujours demeuré à l'époque des marchés aux puces et des soirées rétros.

Je me promène entre le vieux blues, le vieux folk, le vieux rock, le vieux reggae, la vieille chanson française et les vieux succès de la culture populaire.

Et, du coup, mes dimanches sont toujours heureux et ensoleillés. Même lorsqu'il pleut.

Un bon café. Une vieille toune au 90,5 FM. Et je suis aux anges.