vendredi 5 février 2016

L'Âge de Fer

"Que l'homme était heureux sous le règne de Saturne, avant que la terre fût ouverte en longues routes.  Le pin n'avait point encore bravé l'onde azurée, ni livré une voile déployée au souffle des vents. Dans ses courses vagabondes, cherchant la richesse sur des plages inconnues, le nautonier n'avait point encore fait gémir ses vaisseaux sous le poids des marchandises étrangères. Dans cet âge heureux, le robuste taureau ne portait point le joug; le coursier ne mordait point le frein d'une bouche domptée les maisons étaient sans porte; une pierre fixée dans les champs ne marquait point la limite certaine des héritages; les chênes eux-mêmes donnaient du miel; les brebis venaient offrir leurs mamelles pleines de lait aux bergers sans inquiétude. On ne connaissait ni la colère, ni les armées, ni la guerre; l'art funeste d'un cruel forgeron n'avait pas inventé le glaive."
Tibulle, Élégies

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Les Anciens considéraient le passé comme étant la période la plus harmonieuse de l'humanité.

Chez les Grecs et les Latins, l'Âge d'Or était derrière.

Ils croyaient vivre à la pire des époques, l'Âge de Fer, des temps troubles où le sang coulait à flots.

L'injustice avait pris le dessus sur le partage et la communion entre les membres de la tribu.

De nos jours, on sent parfois resurgir ce mythe d'un Âge d'Or situé dans le passé.

Chez les aborigènes de l'Île de la Tortue, on se nourrit de cette idée selon laquelle tout se décidait et tout se partageait en commun. 

Tout le mal vient de la civilisation.

De la civilisation qui a créé les pyramides, les aqueducs, les mégapoles et soumis en esclavage des millions d'êtres humains.

J'ai moi-même tendance à situer l'Âge d'Or dans le passé.

Surtout quand je me promène dans les bois ou bien que je contemple la mer d'un point de vue préhistorique.

Je ne vois pas nécessairement de grandeur dans ce que la main de l'homme a métamorphosé.

J'y vois des souffrances indicibles.

J'y vois des soucis abyssaux et des philosophies trop abstraites pour être authentiques.

Prôner le détachement du monde dans un monde qui vous attache a quelque chose de risible.

On devrait plutôt prôner l'autarcie et s'enfoncer le plus loin possible dans les forêts encore vierges du Grand Nord.

Je sais bien que nous y serions des infirmes.

Que nous ne saurions ni y chasser, ni y pêcher, ni même y survivre.

Nous sommes des créatures de l'Âge de Fer. Des pantins post-apocalyptiques.

Nous sommes irrémédiablement condamnés à nous entre-tuer jusqu'à la fin de l'Histoire.