jeudi 21 janvier 2016

Les riches et les pauvres

Les riches n'ont que des vertus. La preuve, c'est qu'ils sont riches. S'ils n'étaient pas si riches, si la réussite ne les avait pas frappés de la marque de la Fête, eh bien ils seraient vicieux, mal intentionnés et pauvres comme trois fois moins que Job. D'où cette nécessité qu'éprouvent les cocus moyens et autres larbins de service de se prosterner devant les riches. Et de piétiner les pauvres pour que ce soit bien clair qu'ils ne veulent pas devenir comme eux.

Le pauvre traverse son destin en se maudissant pour tous ses échecs et ses infortunes.

Un riche traverse ce monde en se trouvant honorable et plus que parfait.

-Regardez comme je suis bon, bien intentionné et admirable en toutes choses! Tout ce que je fais n'est que beauté, développement économique et profits gargantuesques! Sans ma richesse, ils crèveraient tous de faim. Si je ne paie pas d'impôts, c'est bien la moindre des choses... Que ferait-on sans moi et sans mon argent? Rien. Et si je prends des fonds publics, c'est pour faire fructifier l'argent. Qui sait faire de l'argent? Un fonctionnaire ou bien des types comme moi? Vous ne savez pas produire de l'argent avec de l'argent. C'est tout à fait normal que je vous l'enlève d'entre les mains, sales communistes! Que feriez-vous avec cet argent, sinon créer de faux espoirs chez les faibles dont le rôle est d'être faibles et d'accepter de le rester... Est-ce que j'accepte mon destin, moi? Bien entendu. J'accepte d'être riche. J'accepte d'être dérangé à toutes les cinq minutes pour payer ceci ou cela, savourant à peine quelques récompenses pour toutes ces obligations suscitées par mon argent qui les rend tous jaloux, envieux et bourrés de ressentiments!

Les riches ne puent pas quand ils chient.

Les riches ne disent que des choses sensées et pleines d'esprit.

Les citations d'un riche, aussi banales qu'elles puissent paraître, valent tous les mots d'esprit des philosophes passés, présents et futurs.

C'est donc tout à fait normal de voir autant de politiciens leur lécher la raie.

C'est tout à fait normal de voir les petits rêver de devenir gros tout en se faisant déplumer par les riches.

Un riche qui est malade est déjà presque guéri.

Un riche qui a faim est tout de suite rassasié.

Un riche qui a soif n'a jamais la bouche sèche très longtemps.

Un riche qui pue peut se parfumer.

Un riche qui rote ne fait que digérer poliment.

Mais les pauvres! Ah ces maudits pauvres!

Ils font honte à l'humanité toute entière avec leurs cris, leurs pleurs et autres atermoiements.

Les pauvres se reproduisent et créent des nations de misérables.

Les pauvres sont des bandits en devenir qui peuplent les prisons et dépouillent la nation de toute forme d'ambition.

Les pauvres sont la plaie de notre monde.

Ils veulent tout sans efforts, sans économiser, sans sacrifices.

Ils préfèrent vivre sans manger, sans dentier et sans soins médicaux.

Les priorités des pauvres sont toujours à la mauvaise place.

Ils boivent comme des trous.

Ils se droguent.

Ils puent.