mercredi 6 janvier 2016

Faits d'hiver et bon usage de la langue françoise

Je suis debout depuis trois heures ce matin. Tout plein d'impressions me viennent à la tête. J'aurais pu rédiger au moins dix billets, dont un conte philosophique, une chronique d'opinions, un texte engagé, une critique littéraire et j'en passe! Finalement, je vais me contenter de rapporter ces impressions à brûle-pourpoint, avec le sentiment de négliger mon lectorat...

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À quatre heures quarante-cinq du matin il ne faut pas s'attendre à ce que je remue ciel et terre. Je suis confortablement installé devant mon écran avec un café. Espace Musique diffuse un air de violon. J'ai une petite vidéo qui simule un feu de foyer. Je devrais me contenter de me la couler douce sans me casser la tête. J'ai pourtant la fièvre d'écrire.

D'abord, il me faut vous parler de ma promenade au-travers d'un nuage toxique.

Cela s'est passé hier en fin d'après-midi. Il était autour de seize heures trente. Je revenais du travail en empruntant, comme d'habitude, l'ancien boulevard Royal. Il porte maintenant le nom de boulevard Gene-H.-Kruger, en l'honneur du fondateur de la papetière Kruger qui nous pollue depuis tant d'années avec la bénédiction de tous les notables et employés d'usine trifluviens.

Un énorme nuage noir flottait à ras le sol. Cela sentait le caoutchouc brûlé et les produits chimiques. J'avais peine à respirer et je me demandais ce qui se passait à la papetière Kruger. Était-ce un incendie? J'ai regardé plusieurs fois derrière moi en m'éloignant de cette colonne de fumée noire. Elle était probablement visible à plusieurs kilomètres de distance. J'y pense et je regrette déjà de ne pas l'avoir filmée avec mon Iphone.

Rentré chez-moi, j'ai tout de suite googlé les mots incendie, Kruger, Trois-Rivières et 2016. Ce qui n'a donné aucun résultat probant. J'avais failli mourir étouffé et cette colonne de fumée noire ne faisait même pas l'objet du moindre fait divers.

J'ai googlé encore ce matin pour obtenir rien du tout...

Que s'est-il passé hier? Je n'en sais rien.

Tout ce que je sais, c'est que j'ai dû me racler la gorge pour cracher deux ou trois coups.

Rien d'anormal... Sinon pour les touristes qui sont unanimes pour dire que ça sent la marde à Trois-Rivières.

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Passons maintenant à la belle langue de chez-nous.

Ça n'a aucun rapport avec le thème précédent, je le sais bien. Cela explique mes trois astérisques et le fait que je sois submergé sous un flot d'impressions.

L'Internet a flanché à mon travail. J'ai dû communiquer avec le soutien technique de notre fournisseur pour leur faire part de la situation.

Après une bonne demie heure de formalités décevantes, un technicien me rappelle pour me dire que près de trois milles clients étaient "impactés" par cette panne et que le service serait rétabli d'ici vingt-trois heures.

Impactés? Pourquoi pas touchés par cette panne? Ou affectés?

Impacted... Three thousand people have been impacted...

Sommes-nous au Québec ou bien au New-Brunswick?

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Et je n'en ai pas fini avec notre belle langue!

Pourquoi au Wal-Mart de Trois-Rivières-Ouest une voix avec un fort accent anglais nous indique-t-elle d'aller à telle ou telle caisse?

-Bionnejour aviancé à le caisse throw-a! Bionnejour aviancé à le caisse seppt-heu!

Trois-Rivières est une ville francophone à 99%. C'est la ville la plus francophone d'Amérique du Nord.

Est-ce qu'à Vancouver les clients de Wal-Mart sont dirigés vers les caisses avec l'accent de l'inspecteur Clouzeau?

-Goude dé! Go tout de station truie! Go tout de station fève! Go tout de station séveune!

Pas du tout. Il n'y a qu'au Québec qu'on nous fait la politesse de piler sur notre langue dans les communications officielles. Notre politesse de colonisés rampants qui se détestent eux-mêmes.

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Et vous croyez que j'ai fini avec notre belle langue?

Pas du tout.

Je suis atterré d'entendre les jeunes parler le franglais. Un mot de français, un mot d'anglais et une langue qui devient un authentique charabia.

-Je suis allé right through that fuckin' place pis là j'ai drivé jusqu'au gas station pour fuller mon brand new car and right after that j'me suis rendu compte que j'étais impacté par la panne d'Internet holy cow!

Je suis convaincu que cette même personne n'utiliserait pas un foutu mot de français si elle en venait à s'exprimer en anglais avec un dude...

Et je vous avouerai que cela me déprime.

Cela donne presque raison à Lord Durham qui croyait que nous étions un peuple sans histoire ni culture qu'il vaudrait mieux assimiler à l'anglais le plus tôt possible au lieu de le laisser pourrir dans une langue qui n'est déjà plus du français.

Ainsi, on ne sortirait plus de l'université avec un diplôme sans maîtriser au moins une langue, fusse-t-elle l'anglais, puisque plus personne ne semble croire à l'importance de maîtriser le français.

***

Je vais sûrement passer pour un vieux chialeux avec ces impressions.

Je les assume tout simplement.

Et m'en retourne illico vers mon café, ma musique douce et mon feu de foyer artificiel.


2 commentaires:

monde indien a dit...

Un bon café à 4 heures , à 3 heures ,ou m^me à deux heures , quel délice !
Quant au vrai feu de bois , nous l ' avons connu étant enfants ( du temps où les ceintures de sécurité n ' existaient pas dans les chars - ) et plus récemment quand j ' habitais dans les Cévennes ( région montagneuse encore sauvage de France où Stevenson fit son voyage avec un âne ) j ' y avais une cheminée où les braises arrosaient toute la salle de séjour et brûlaient canapé et fauteuils - mais quel plaisir que ce vrai feu de vrai bois que j ' allais couper par tous les temps , neige ou pluie , avec tant de bonheur -
Bonheur de me trouver seul avant les premières heures du jour , dans le silence , à veiller sur la paix du sommeil de ma blonde , à réféchir sur toutes les conneries et sur tous les bienfaits de ce monde !
Je penserai à toi en train de dormir ( décalage horaire ) quand je serai devant mon premier café , puis quand tu te mets devant le tien-premier , alors que je vais réveiller ma chérie parce que c ' est l ' heure d ' aller au boulot -
Je suppose que la vie n ' est pas si différente qu ' on soit à Québec , en France , au Brésil , aux States , en Russie , ou en Chine ...
Bonne journée à toi -
Charles -

Gaétan Bouchard a dit...

@Monde indien: La vie se ressemble d'un point à l'autre et nous parlons la même langue malgré l'océan qui nous sépare. Je me sers d'une cafetière européenne pour mon café. Le café vient d'Amérique mais l'art de le savourer vient d'Europe. Je crois que c'est Louis XIV, Louis XV ou Louis XVI qui a inventé les expressos en se faisant du café à partir de vapeur chaude... Cela reste à confirmer avec l'aide de Google... "Google that shit", comme disent les jeunes. Bonne nuit à toi aussi!