lundi 4 janvier 2016

Je ne suis pas un sage et c'est tant mieux pour moi

Écrire c’est s’exposer à toutes sortes de problèmes. Il ne manque certainement pas de personnes en cette triste vallée de larmes pour vous recommander de ne pas critiquer, de ne pas vous plaindre, de ne rien remettre en question, bref de ne rien dire.

Les sages gardent le silence. Ils se la ferment en réprimant toute forme de rires et de sourires inconvenants. Bref, ils sont soporifiques.

Je ne suis pas un sage et ne cherche pas à décrocher ce titre qui m’emmerde.

On est ce que l’on est. Un sage serait malheureux de jouer ma partie. Tout comme je serais malheureux de fixer un mur, les yeux mi-clos, la bouche entrouverte pour gober des mouches.

Le sage vous recommandera de jouer sa partie.

Et moi, qui ne suis pas sage, je ne vous recommande pas de jouer la mienne. Jouer plutôt celle du sage puisqu'il vous le demande. Il veut que vous soyez comme lui, pas comme moi ou l'un de ces triples abrutis qui chantent, dansent ou remuent ciel et terre avec leurs foutues inventions.

Moi, je ne vous demande rien.

Je n’exige rien.

Je ne m’attends pas à ce que vous soyez tous à mes genoux en train de vous pâmer devant ma sagesse, mon silence ou mon indolence.

Je ne crois pas que ma voie vaille plus que la vôtre. Je ne passe pas ma vie à traquer les mauvais comportements d’autrui pour les ramener vers mes dix ou quatre-vingt-trois commandements que je ferais passer pour ceux de Dieu lui-même.

Vous aurez compris que je ne tourne pas ma langue soixante-dix-sept fois sept fois dans ma bouche avant que de parler. J’ai peu de retenue et peu d’inhibitions. Cela me prive des meilleures places, des bonnes positions, de la gloire artificielle et des relations sociales oiseuses qui s’ensuivent inévitablement. Bref, je ne suis pas le candidat idéal pour recevoir une subvention, une prime ou bien une promotion.

J’aime discuter avec les publicains, les hérétiques, les marginaux, les prostituées, les alcooliques, les drogués et les malfrats. Je trouve chez-eux une sincérité qui fait cruellement défaut à tous ceux et celles qui vivent avec un livre sacré dans la main, un code civil dans l’autre et , bien sûr, un balai dans le cul.

En fait, j’ai tout ce qu’il ne faut pas pour réussir mes échecs.

Je suis incapable de feindre plus de trois minutes bien chronométrées.

Je déteste les vernissages, les cinq à sept, les coquetels, les assemblées, les réunions, les procédures, les règlements, les convenances, les regroupements organisés, les cliques et les claques.

Je me sens un étranger presque partout et presque tout le temps.

Je suis bien dans ma solitude.

Bien avec ma blonde.

Bien avec ma famille et deux ou trois amis.

Bien avec les arbres de la forêt.

Bien avec les nuages.

Bien avec le soleil.

Bien avec le cosmos.

Bien avec mes pinceaux, mes harmonicas et mes guitares.

Plus jeune, je m’en voulais de penser ainsi.

Je m’en voulais d’être si peu sociable et de fuir tous les attroupements pour toujours finir seul au comptoir d’un bar où je ne connaissais fort heureusement personne. J'étais attiré par l'inconnu. Tout ce que je connaissais finissait toujours par me décevoir.

Je me trouvais anormal parce que je me cherchais.

Puis je me suis enfin trouvé.

Je suis un vrai et authentique sauvage.

J’écris tout ce qui me passe par la tête.

Je ne me soucie pas de plaire ou de déplaire.

J’exprime la quintessence de mon identité, un moment furtif dans ce vaste univers qui se terminera après mon dernier souffle.

N’allez pas croire que je vous déteste.

Mon amour est totalement inclusif.

J’aime l’immensité et vous en faites partie bien malgré vous.

Je ne sais pas pourquoi j’écris ça ce matin.

C’est plutôt nul tout compte fait.

Mais c’est sincère.