jeudi 17 décembre 2009

LA REVUE LITTÉRAIRE MOLLUSQUE ME PUBLIERAIT SI J'ÉTAIS MOINS VULGAIRE ET SI JE SACRAIS MOINS... 

MISE EN CONTEXTE: Le texte suivant a été proposé à la rédaction d'une revue littéraire montréalaise bien connue. Appelons-la Mollusque. Il fallait écrire sur le thème des liens de famille, mettons.

Il paraît que le comité de lecture de Mollusque a jugé mon propos intéressant mais qu'il y avait trop de sacres et de vulgarité dans mon texte. J'ai dit à leur messager d'oublier ça, de ne pas me publier, parce que j'ai sacré, sacre et m'en sacrerai toujours. Enlever les sacres et la vulgarité dans mon texte, c'était comme tout enlever puisqu'il est essentiellement conçu comme un monologue fonder sur la littérature orale, essentielle chez les aborigènes, donc chez mes parents.

On s'attendrait à se faire juger par des artistes et l'on ne fait face qu'à de petits profs et fonctionnaires de la littérature à temps partiel. Un texte qui pourrait être publié immédiatement est retenu pendant des mois dans le tiroir pour satisfaire une quelconque production de papiers qui prennent une éternité à se faire coller ensemble et à se faire distribuer. En un clic de souris, votre texte est disponible pour le monde entier et aucun comité de lecture n'est venu mettre ses sales pattes dans votre âme pour la faire siffler comme un serin aux ailes coupées.

La rédaction de Mollusque demandait un texte inédit qui comporte un titre et mon texte s'intitule justement Texte inédit qui comporte un titre. Le voici en grande primeur, chers lecteurs et lectrices. Vive le ouèbe. Fuck les revues et maisons d'édition. Et fuck le cinquante piastre de Mollusque et la reconnaissance par les pairs qui se sont faits entuber par un comité de lecture qui tient à ce que vous ne chantiez que des chansons de matante ou de mononc' qui n'aurait qu'une job d'été dans son cévé.

Évidemment, je les pardonne, les gens de la revue Mollusque, car ils ne savent pas ce qu'ils font. La finale de mon texte était super... J'ai sué sang et eau pour la trouver. Dommage qu'ils n'aient pas le sens du sacre et du sacré chez Mollusque. Sont pas artistes pour deux cennes...

***

TEXTE INÉDIT QUI COMPORTE UN TITRE


Un gars qui écrit des livres m'a laissé entendre que j’pourrais publier un texte inédit qui comporte un titre dans la revue Mollusque, une revue de littérature toé chose.  
 
C'est un numéro thématique sur les Sauvages. Hostie, j'en suis un. Ça tombe bien. 
 
Ça fait qu'après m'être gratté la tête une couple de fois, j'me su's dit que j'pourrais ben torcher un p'tit que'que chose pour Mollusque.  
 
D'abord, mon père disait qu'i' était pas un Sauvage pis qu'les Bouchard v'naient d'la Normandie. 
 
Fuck, i' v'naient même pas d'la Normandie les Bouchard! I' v'naient comme i' pouvaient quand l'occasion s'présentait. Pis i’ d’vaient v’nir souvent parce qu’i’ étaient dix-neuf enfants du côté d’mon père. 
 
La mère de mon père était une Sauvage, une Algonquine ou, comme on dit à c't'heure, une Anishnabé. A v’nait d’la réserve d’Oka. Le père de mon père a grandi à deux miles de Métis-sur-Mer. Pis du côté d’ma mère, c'est pareil. Des descendants d'Acadiens métissés de Micmacs qui vivaient à Sainte-Clothilde-de-Horton su' l'bord d'la track, comme des Gitans. 
 
Nous autres, des Bouchard d'la Normandie? Christ de joke de curé, oué... D'la christ de marde. On nous a pâlis maudit calvaire de pompier sale! Comme si on était des Juifs sous l'occupation allemande, en France, en 1944. Pâlis pour notre bien, bien sûr. Pour ne pas passer pour des hosties d'Sauvages. J'm'appelle pas Simon Ben Gourion mais François Dupont! J'm'appelle pas Makwa Grizzli mais Gaétan Bouchard!   
 
Ces hosties de curés-là ont toutte faitte pour crisser ça dans 'a tête de mon père, qu'on n'était pas des Sauvages, mais des chevaliers de la table ronde, avec une fleur-de-lys dans l'cul.  
 
Tabarnak! On a gardé de nos racines que le paillard français qui a trempé sa bite dans 'a p'lote de nos grands-mères. Maudit christ de saint-cibouérisation d'calice! 
 
Ça fa' qu'un m'ment d'nné e'j'me su's dit qu'c'était assez. Toutte disait que j'étais un Sauvage. C'était écrit dans ma face saint-chrême, dans 'a face de mon père, de mes frères, de ma mère, de mes ancêtres. On était des Métis calice! Pis on l'est d'venu, avec des cartes toé chose pis toutte le kit.  
 
Mon pays, c'était encore l'hiver. Mais c'était aussi l'île Mékinak, l'Île de la Tortue. Pis j'me su's mis à comprendre plein d'affaires sur moé et mon pays. D'abord que je ne savais rien de Saint-Laurent et Saint-Maurice. Comme tout le monde autour de moé. C'qui fait que j'ai rebaptisé mes noms de lieux : le fleuve Magtogoek, la rivière Métabéroutin, pis toutes sortes d’affaires de même. Pis ça fait juste commencer. C'est pas fini. Christ que non c'est pas fini. 
 
J'me suis mis aussi à écouter les arbres. Fuck, c'est pas d'ma faute, mais nous autres les Sauvages on sait qu'i’ nous parlent, les arbres, les roches pis toutte le reste, juste parce que c'est comme ça. Nous sommes animistes, ouais. On pense qu'i' a d'la vie dans toutte. C'est ben dur à comprendre ça, hein? 
 
Moé, les arbres me parlent. Pis i' m'disent crissez-nous don' patience tabarnak!  
 
-Arrachez pas mon écorce torrieu! Fendez-moé pas en quatre pour rien! Wo! Menute! J'su's pas tout seul là-dedans... J'fais vivre des oiseaux, des moénaux, des pas beaux... Toutes sortes d'affaires de même... Christ! Wake up! 
 
Ouin, ouin. Les arbres me parlent. Pis si j'peux prendre une feuille de moins, j'va's l'faire. Pour être en parfaite symbiose avec le Grand cercle de la vie.  
 
Ça se pourrait donc que mon texte ne soit pas publié dans Mollusque pa'ce qu'i' faudrait que j'leu' z'envoie une version imprimée par courrier postal, aux éditions Diptyque, à l'adresse de j'sais p'us trop qui, à Monrial. C'est sûr que j'f'rai pas ça. 
 
Moé j'aime trop les arbres pis ça m'tente pas d'imprimer ça sur papier quand toutte se fait si simplement de nos jours par les voies électroniques. Hostie on n'est plus au temps des mandarins. C'est pas des rapports à doubles interlignes que j'fais, mais d'la littérature.  
 
-Hostie d'Sauvages! qu'i' vont s'dire en r'cevant mon texte. Faut toujours qu'i' fassent chier en plus qu'i' savent pas boire! 
 
Ben oui, ben oui.  
 
Vous vous attendez à quoi, que j'vous liche le cul? 
 
No way. 
 
J'su's un Sauvage hostie. 
 
Wou-wou-wou-wou-wou-wou! 
 
 
Makwa Grizzli 
Alias Gaétan Butch Bouchard 

26 commentaires:

Mistral a dit...

Je relaie chez nous.

McDoodle a dit...

Où ça des sacres ?
Ça vaut tellement pas la peine d'leu licher l'cul. Y'aura d'autres occasions.

É. a dit...

C'est un désastre, chez Mollusque. Cette maison est en train de passer de prestigieuse à pathétique, et ça se passe en un temps record. Désolé, mon vieux. Désolé. Quand la morale essaie de purifier la littérature, la seule chose qu'elle peut espérer récolter c'est de l'huile de pute.

Gaétan Bouchard a dit...

Vaut mieux rester soi-même que de vendre son âme pour une publication dans une revue de tarlais qui ne connaissent de la littérature que des études sociocritiques...

Mistral a dit...

Ouin, ben moé, j'ai publié dans cette revue sous la direction de Mac, et j'y ai connu Gomeux, et j'ai pas à me plaindre. C'est même là que j'ai rencontré Sandy in ze flesh!

Gaétan Bouchard a dit...

La revue Mainmise, ça c'était hot en tabarnak!

Mistral a dit...

Cité Libre aussi, c'était full cool.

Gaétan Bouchard a dit...

Oui. Et La Lanterne d'Arthur Buies...

Mistral a dit...

Et les épîtres aux Corinthiens.

Gaétan Bouchard a dit...

Est-ce que Virgile écrivait dans une revue littéraire?

Mistral a dit...

Polydore Virgile, you bet!

s.gordon a dit...

Remember?

« S'il n'y a pas quelqu'un pour publier ça sur du papier, c'est qu'le papier ne sert plus qu'à emballer du poisson mort. »


- La truite arc-en-ciel

s.gordon a dit...

Je te l'ai déjà dit, je m'ennuie de tes conseils pratiques du vendredi.

Genre :

« Le bonheur, c'est simple maudit câlice. »

Ça fait que c'est ça tsé. Y fait frette, mais y fait soleil en sacrament.

helenablue a dit...

"Y fais frette, mais y fait soleil en sacrament", c'est ben vrai ça Sandy, surtout quand on lit des texte comme celui là, l'inédit qui coporte un titre.
Moi aussi ils me manquent les conseils de fin de semaine, ça mettait bien en condition pour le week-end...Sigh...

Gaétan Bouchard a dit...

CONSEIL PRATIQUE DU VENDREDI

Quand vous n'avez plus de peigne ou de brosse à cheveux, eh bien l'idéal est d'adopter une coiffure désordonnée pour épargner du temps et surtout de l'argent. Vous aurez l'air à la mode et personne ne vous en voudra, tout le monde étant trop préoccupé par la loterie ou bien par l'idée de la fin du monde.

Gaétan Bouchard a dit...

Anyway, j'mange mes huit repas par jour. J'suis pas à plaindre.

s.gordon a dit...

Anyway.

Pantry, Sortie de secours, Contre-câlice ou Mange ta bisque... Faut pas non plus capoter avec les revues : des fois ça adonne, des fois ça adonne pas. Rien de bien étonnant là-dedans. Des tarlais y'en a partout, mais à certains endroits y'a pas que des tarlais.

Ici, on se lit à tous les jours pis c'est gratisse. Ça, ça vaut cher.

***
Christian : Damn right! :D Pis je l'aurai dans la mémoire longtemps, comme dans la toune du jour de l'An.

RAINETTE a dit...

n'empêche...ils portent bien leur nom : mollusque, à l'image du québécois moyen....hen ?

sinon je te crois que tu viens de l'Acadie, quel bel endroit !

Anyway, j'ai un petit livre dans lequel c'est écrit que les Bouchard proviennent de....Poitou-Charentes (je sais c'est pas loin de la Normandie)

Gomeux a dit...

Moué là, jdis que pour saisir le problème de la littérature québécoise, faut regarder les pantalons de monsieur Bijou, de chez Mollusque.
C'est passé date et ça sent le renfermé.

Crisse de texte, Mister Butch, comme d'habitude.

Honte à ces couilles molles.

Gaétan Bouchard a dit...

Merci Gomeux.

Moé j'me dis que j'ai pas d'temps à perdre avec le passé.

Mollusque, c'est le passé.

L'avenir c'est ici, sur l'Internet.

Fuck le papier!

aka Danger Ranger a dit...

Relayé par moi aussi. J'ai des lecteurs inavouables, un chien mort ou deux, emballeurs de poisson pas frais pour dégustateurs de fin du monde sans papilles, je m'en excuse et les emmerde, mais j'en ai aussi plein qui vont aimer.

You rock and talk to rocks - how 'bout that!

Gaétan Bouchard a dit...

Thank you aka Danger Ranger!

max cat a dit...

Quel beau texte!

Merci pour cette leçon d'histoire pas piquée des vers de la Grande.

J'ai écrit un truc cet automne, «La Mort du Canada», ça te plairait je pense...

Par contre, je ne suis pas d'accord avec ta vision de l'imprimé. Je suis le genre d'homme des cavernes qui projette d'acheter une presse offset un de ces 4. Du genre qui écoute de vieux long-jeux de Bessie Smith, et que les bidules mp3 fait sourire. Ma relation au son est similaire à celle que j'entretiens avec la littérature. Internet est un formidable outil de diffusion, de création même, mais ça n'a rien à voir avec le fait d'imprimer des caractères typographiques sur du papier.

Un libraire me disait aujourd'hui qu'il ne donnait pas beaucoup d'argent pour les livres de photographies parce que les gens pouvaient trouver n'importe quelle image avec Google. Ça m'a fait bien rigoler. Entre les pixels et l'argentique, il y a tout un monde, et la différence est pour moi essentielle.

Salut!

Gaétan Bouchard a dit...

Salut Max Cat,

J'ai ajouté ton blogue à ma bloguoliste. Il est intéressant. Les fautes d'orthographe et de syntaxe n'y foisonnent pas. Une belle maîtrise de la plume et du propos.

Vive ta littérature numérique Max Cat, celle par laquelle j'ai appris à te connaître...

É. a dit...

Moi je trouve que les vrais puristes ne devraient pas accepter ce compromis paresseux qu'est l'imprimerie. Les livres retranscrits à la plume, y a que ça de vrai. Mort aux technologies voleuses d'âme ! Vinyle ?! Caca ! Antéchrist ! Même le rouleau de cire est une aberration. Y a que le vrai de vrai live qui vale la peine.

Gaétan Bouchard a dit...

En tant que musicien, je te seconde É.

Live, alive, vivant, y'a qu'ça de vrai!