lundi 5 mars 2018

Je donne une chance à la paix

La violence existe ici-bas. Je ne l'apprendrai à personne. Certains n'hésiteraient pas y avoir recours pour faire triompher leur cause qui, évidemment, ne peut être que la bonne. D'autres auront cette naïveté de croire que seul l'amour peut venir à bout de la haine. Ces deux positions sont difficilement réconciliables.

Je ne tiens pas à m'associer à la violence pour des raisons tant morales que pratiques.

J'ai grandi dans un quartier pauvre et violent. Je connais les bagarres de rue. Je sais c'est quoi recevoir un coup de poing sur la gueule. Je sais me battre.

Par contre, il ne me vient pas à l'esprit de retourner cette violence contre des membres de notre communauté sous prétexte de provoquer un changement social.

D'abord parce que la violence est facilement instrumentalisée par l'État.

On peut imiter un casseur. On ne peut pas imiter un pacifiste.

Je me souviens d'un type qui, lors d'une manif, m'a approché pour me dire qu'on devrait défenestrer un maire et des conseillers municipaux de tel hôtel de ville.

Je lui ai répondu que la différence entre lui et moi c'est que moi je faisais vraiment ce que je disais.

J'ai dit que je manifesterais contre le maire Untel. Et je l'ai fait.

L'autre disait qu'il voulait les défenestrer et ne l'a pas fait.

C'était peut-être un agent provocateur, qui sait?


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Une autre réflexion sur la violence me vient de Crime et châtiment, un roman de Dostoïevski.

Rodion Raskolnikov a des ambitions déçues. Il est jeune et veut rénover le monde.

Il finit par se dire que si Napoléon a pu faire crever des milliers d'hommes sur les champs de bataille pour faire tomber les monarchies pourquoi hésiterait-il à tuer une vieille usurière pour lui voler quelques roubles?

Il la tue. Et il ressent ensuite du remords. C'est son châtiment.

Sa logique ne tient plus.

Il a du sang sur les mains.

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Venons-en maintenant à la violence qui pourrait servir semble-t-il la cause de la justice sociale, de l'écologie, du féminisme et j'en passe...

On pourrait sortir des tas de raisons que je reviendrais encore à mes romans russes. À Boris Pasternak, celui qui a écrit Docteur Jivago. Ou bien à Tolstoï. Cela ne me rentre ni dans le coeur ni dans la tête cette soi-disant nécessité d'éviscérer ses semblables.

Sur un champ de bataille, je ne me vois dans aucune autre position que celle du type qui ramasse les blessés, comme Docteur Jivago ou Walt Whitman.

Ai-je peur de me battre? Non. J'y ai déjà eu recours. Une forme de judo que je pratique encore. Quelque chose qui ne va pas plus loin que l'autodéfense et qui ne provoque jamais le combat.

Je vois mal ce que la violence peut faire dans un contexte comme le nôtre, sinon faire en sorte qu'il y ait moins de beauté en ce monde.

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Untel est convaincu qu'il faut frapper un fasciste. Il en trouve un, bien gras et bien stupide, et il lui fend le crâne. Le lendemain, il trouve un conservateur un peu suspect qui vante les régimes autoritaires. Il lui fend le crâne aussi. Puis il fait face à un libéral un peu trop économiste à son goût qui pourrait passer pour un fasciste en y regardant de plus près. Il le frappe aussi. À la fin. évidemment, il frappe tout le monde. Dont des antifascistes pas assez convaincus. Fin de la démonstration.  Quelqu'un qui frapperait même ses amis ne m'inspire pas confiance.

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Ceux qui utilisent la violence au nom du peuple ne le font pas en mon nom.

Peut-être que je ne suis pas le peuple...

J'aimerais bien savoir c'est qui.

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Une autre raison pourquoi je n'ai pas recours à la violence. C'est pour ne pas faire comme ces généraux qui envoient de la chair à canon au front. Si je ne participe pas à la violence, corps et âme, je ne peux pas l'excuser ni en faire la promotion. Autrement, je serais un lâche.

Dans le contexte québécois, péter des vitres ou des crânes pour glorifier une idée, aussi noble soit-elle, ce n'est pas une position que je puisse tenir.

Je suis sans doute plus près de John Lennon que je ne le suis de Lénine.

Et, pour tout dire, je donne une chance à la paix.





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