mardi 6 mars 2018

J'ai 50 ans

J'hésitais à l'écrire hier. Je l'affirme aujourd'hui: j'ai maintenant 50 ans.

D'abord, je dois dire que je n'aurais jamais cru vivre aussi longtemps.

Je m'explique. Je me nourrissais tout jeune de toutes sortes d'idées un peu glauques. Je me farcissais la tête d'idéaux romantiques et révolutionnaires. Je me suis cru un temps un genre de Jim Morrison qui ne serait ici que de passage, passant dans le ciel comme une comète fulgurante.

Puis j'ai appris à aimer et à être aimé. Tous mes personnages se sont effondrés. Il n'est demeuré que moi-même, toujours plus gras, plus naïf et certainement plus authentique.

Je prétends, à tort et à raison, d'avoir mûri comme le bon vin.

À vingt ans, j'avais un ego gros comme le monde et des ambitions démesurées qui ne servaient qu'à occulter mes difficultés à me frayer un chemin dans les paysages de l'amour. Dès que l'amour s'est mis de la partie, j'ai comme qui dirait cessé d'être une chenille pour enfin déployer mes ailes de papillon bien gras.

Fort de mes 50 ans d'expérience, je puis affirmer qu'il n'y a rien de plus important que l'amour. On détruirait sa santé par manque d'amour. On dilapiderait son argent pour la même raison. Comme on ferait toutes sortes de conneries au nom de l'amour...

Je ne retournerais pas en arrière. Je ne regrette pas mes 20 ans. Ni mes 30 ans. J'ai vécu intensément chacune des étapes sur le sentier de mon existence. Et je vais poursuivre de la même manière.

J'ai 50 ans, donc.

Il y a probablement moins d'années devant moi que je n'en laisse derrière moi.

Je suis plus proche de la mort en quelque sorte.

Même si j'ai l'impression de l'avoir souvent déjouée.

J'ai passé près de mourir au moins trois fois. Une fois d'ennui. La deuxième de noyade. Et la troisième d'une choc anaphylactique. Pour toutes ces raisons, je suis un rescapé, un survivant, quelqu'un qui vit sur du temps emprunté. Presque un chamane revenu du royaume des morts.

Je ne suis pas malade pour le moment. Je marche une heure et demie par jour. Je touche du bois pour qu'il en soit toujours ainsi.

Voilà. J'ai 50 ans. Cinquante putains d'années.

Je vois ma barbe et mes cheveux blanchir.

Jim Morrison est devenu trop vieux et trop gros...

Et, vrai comme je suis là, je trouve ça plutôt drôle.

Parce qu'à 50 ans, voyez-vous, on commence vraiment à se crisser de toutte.

4 commentaires: