jeudi 29 octobre 2015

Les athées sont plus près de Dieu

"Dieu est le seul être qui, pour régner, n'ait même pas besoin d'exister."
Charles Baudelaire, Fusées I

Il m'arrive souvent de souligner la dette intellectuelle que je dois à Alexis Klimov. Sans lui, je suis convaincu que j'en serais encore à errer dans le matérialisme primaire avec tout ce qu'il a de faux pour mieux saisir la profondeur des espaces infinis qui effrayait tant Blaise Pascal.

Cette profondeur des espaces infinis ne m'effraie pas. J'y trouve même ma consolation. Une consolation par la philosophie, pour reprendre l'expression de Boèce. 

Je crains de me faire obscur à citer ainsi tant de noms propres... C'est que je ne voudrais pas passer pour un génie qui crée de l'intelligence à partir de rien, ex nihilo comme disent les Latins. Je suis le débiteur spirituel de milliers de personnes que j'ai croisées au cours de ma vie. Je ne me souviens pas de tout, bien entendu, mais il me faut souligner mes influences chaque fois qu'elles me reviennent à la mémoire.

"Il se pourrait que les athées soient plus près de Dieu que les croyants." Je n'arrive pas à me rappeler qui a dit ça... J'ai beau googler à qui mieux mieux que je ne trouve rien qui ne s'y rapproche. Est-ce Baudelaire? Est-ce Dostoïevski? Je ne le sais pas. Je me rappelle seulement l'avoir entendu fréquemment sortir de la bouche de Alexis Klimov.

Je suppose que les athées, en critiquant toutes les fausses raisons de croire, sont beaucoup plus près de la Vérité avec un grand V que tous ceux qui croient par peur, habitude ou superstition primaire.

Tout un chacun cherche à se rapprocher du Créateur par la prière, la répétition de rituels ou l'usage de drogues. L'athée, lui, cherche à comprendre la création. Et c'est sans doute parce qu'il est un chercheur qu'il mérite le mieux de trouver le Créateur de toutes choses, si seulement Il existe...

Comprendre la création est extrêmement difficile et requiert de prodigieux efforts intellectuels. La foi de l'ignorant n'y change rien. Imiter cette foi et cette ignorance va à l'encontre de la libération de l'esprit. Un esprit ne peut pas être libre dans la tradition pour ce qu'elle est en elle-même. Ce n'est pas pour rien que Jésus et Bouddha passèrent en leur temps pour des athées. Ces deux-là, si seulement ils ont existé, semblent avoir combattu les gardiens de la tradition en apportant des réponses nouvelles à des problèmes anciens.

Généralement, j'accorde peu d'importance à la métaphysique. Je crois mieux la servir par une démarche un tant soit peu expérimentale. 

J'étais tenu d'aller à l'église tous les dimanches quand j'étais jeune. Je me suis battu âprement pour ne plus être obligé d'aller m'y ennuyer tous les dimanches. J'ai commencé par affirmer mon athéisme en présence de mes parents pour leur signifier que je n'entendais plus me soumettre à ce culte religieux absurde et dénué de fondements tant historiques que rationnels. J'ai fait mienne les idées du philosophe David Hume selon qui les miracles se produisent essentiellement dans des époques et des lieux qui nous empêchent toute forme de vérification. J'ai toujours trouvé lâche et malheureux de croire sans avoir vu. J'ai toujours refusé de dévisser ma tête pour me soumettre à des contes merveilleux et des légendes nuageuses.

Mon apostasie fût pourtant comme un coup d'épée dans l'eau. Plus personne de ma génération n'allait à l'église. Je faisais partie des derniers jeunes catholiques de ma paroisse qui finira elle aussi par fermer ses livres, comme cela s'est passé pour tant d'autres paroisses de Trois-Rivières.

Mon anticléricalisme laissait tout le monde indifférent autour de moi. Tout le monde était déjà passé à autre chose. Toute la société semblait s'être délivrée des griffes des curés. Les curés eux-mêmes défroquaient et vivaient en union libre avec leurs paroissiennes ou bien leurs paroissiens. C'en était donc fini de ce grand mythe vieux de deux millénaires. On s'est mis à croire bien plus en John Lennon qu'en Jésus Christ et ce n'est pas moi qui vais s'en plaindre.

André Malraux a écrit que le vingt-et-unième siècle sera religieux ou qu'il ne sera pas.

Je prétends plutôt le contraire: le vingt-et-unième siècle sera laïque ou il ne sera pas.

Je m'engage rarement dans des conversations religieuses. J'éprouve pour elles le même intérêt que je pourrais avoir de discuter de l'existence du Père Noël et de ses lutins.

Comme je ne veux pas blesser l'orgueil des ignorants, je me tais la plupart du temps sur Dieu et ses acolytes planants.

J'ai tout de même ma petite idée sur la Création, les créatures et l'hypothétique Créateur de ce qui, peut-être, ne fait que tout simplement exister.

Pour tout dire, les longues discussions religieuses m'emmerdent royalement. 

Les livres sacrés, que j'ai à peu près tous lus, n'arrivent pas à la cheville d'un bon roman, d'un bon poème ou d'une belle chanson.

Il y a plus de spiritualité authentique à trouver dans les manifestations de l'art et de l'amour physique que dans les discours de vieux gâteux dévorés par cette haine de l'humanité qu'ils tiennent à faire passer pour une forme d'amour.

Aimez-nous moins, vieilles biques superstitieuses, et appréciez un peu mieux vos semblables dans toute la grande variété de leur expression et de leur liberté. 

Je me relis et je m'étonne d'avoir encore à parler de Dieu, des anges, des grigris, des amulettes et autres pattes de lapin qui portent bonheur.

Je me pose encore bien des questions. Je cherche encore bien des réponses.

Néanmoins, je suis convaincu que la religion nuit à ma quête d'authenticité. La religion est un obstacle néfaste à la libération de mon esprit. La religion, en somme, est le contraire de l'intelligence et, pour cette raison, elle ne peut qu'être fausse.