mardi 3 décembre 2013

Blanche neige

Quand une fine neige tombe sur la ville sous la forme de gros flocons cotonneux, toute âme le moindrement sensible en vient à pardonner tout et n'importe quoi.

Il est impossible de s'abandonner à la rudesse d'esprit alors que tout est féerique autour de soi. À moins que d'être inhumain, chosifié, réifié ou bien objectivé.

Nevaeh avait l'âme bien trop sensible pour ne pas sourire à pleines dents sous cette blanche neige qui purifiait tout, tant les humains que les choses.

Même les chiens méchants semblaient gentils. Ce berger allemand, qui traînait sa chaîne attaché au poteau de la galerie, n'était-il pas mignon sous les flocons crémeux? Il branlait sa queue et s'amusait d'enfouir son nez sous la neige molletonnée.

Nevaeh, qui ressemblait plutôt à un chien saucisse, n'était pas jolie mais elle avait tout de même de jolies oreilles, ni trop grosses, ni trop petites. De ces oreilles qu'on aurait envie d'y crier dedans pour la taquiner.

Elle avait dix-huit ans bien tapés puisque c'était son anniversaire.

Comment peut-on être malheureuse le jour de son anniversaire sous la neige blanche, hein?

Nevaeh n'était pas malheureuse, non, pas du tout.

Et tout le monde se parlait pour une fois parce que la neige délie les langues et ouvre le coeur.

Vous ne le croyez pas? C'est que vous n'êtes pas d'ici. Vous n'avez jamais mis les pieds dans la neige. Même les Russes comprendraient que la neige nous rend tolstoïen. Et c'est sans compter les Ukrainiens. À Kiev, par exemple, la neige est d'autant plus pure que le régime en place est corrompu. Ce qui n'a bien sûr rien à voir avec Nevaeh ou bien la neige blanche.

On fait ce qu'on peut dans la vie.

Et moi, je ne saurais aller plus loin dans cette histoire parce que Nevaeh est maintenant hors de vue.

D'autres que moi raconteront la suite de son histoire dans les commentaires apparaissant au bas de ce billet.

Je connais mes lecteurs et lectrices.

Ils aiment se jouer des arts et de la littérature.