samedi 1 octobre 2011

Sacré Ti-Carl de sacré Ti-Carl, hein?

Charles alias Ti-Carl était devineux comme d'autres sont forts avec les statistiques du hockey.

Ti-Carl devinait absolument tout avec une justesse qui ne manquait pas de surprendre tout un chacun qu'il croisait au hasard de sa vie.

Il n'était pas un devin, un titre trop pompeux pour son milieu qui n'aime pas ceux qui s'en font accroire.

Non, Ti-Carl était plutôt un devineux. Un devineux de cinq pieds huit pouces deux cents livres qui portait une calotte des Bruins de Boston pour camoufler sa calvitie de retraité.

-I' va-tu faire beau demain? qu'on lui demandait.

-Non, i' va y avoir une tornade, qu'il répondait sur un ton assuré.

Le Journal de Montréal disait le contraire et pourtant Ti-Carl n'en démordait pas: il y aurait une tornade.

Et le lendemain, évidemment, alors que le Journal avait annoncé du beau temps, voilà que la tornade s'abattait sur la ville et faisait pour des milles et des milliers de dollars de dommages.

Ti-Carl ne jouait pas plus à «ça» le lendemain. Il faisait comme s'il n'avait rien deviné.

Parmi tout ce qu'il avait deviné, il y avait bien entendu les attentats du World Trade Centre.

-Des avions vont rentrer dans des tours pis il va y avouère des interruptions de programme à la tévé pour en parler...

Le lendemain, le 11 septembre 2001, paf! Les programmes de tévé sont interrompus pour diffuser la nouvelle devinée par Ti-Carl la veille.

En plus d'être un devineux, Ti-Carl avait plein d'autres pouvoirs.

Entre autres, il pouvait flotter dans les airs à deux pieds du trottoir.

Ti-Carl marchait, marchait, puis il se mettait comme à marcher dans les airs, vrai comme je suis là, à deux pieds du trottoir.

Ti-Carl n'en faisait pas de cas. Nous non plus d'ailleurs. On avait tous fini par s'habituer dans le quartier.

Sauf qu'il fallait se briser le cou pour lui parler quand il prenait sa marche volante.

C'était bien plus facile de lui parler au casse-croûte ou bien chez le boucher. En fait, Ti-Carl s'abstenait de léviter dans les lieux publics parce que les plafonds y sont souvent poussiéreux.

Qui nettoie ses plafonds de nos jours, hein? Le monde laisse tout aller à vau-l'eau.

«Go with the flow» qu'ils disent, les jeunes, comme si nous n'étions pas au Québec, berceau de la belle langue françoise.

Pour ce qui est de l'anglais, Ti-Carl n'en connaissait pas un traître mot.

-J'ai déjà essayé, qu'il disait, mais j'me su's mordu la langue... J'ai jamais ressayé!

Sacré Ti-Carl! Devineux, capable de marcher sans toucher au sol et doué du don d'arrêter le sang.

Il pelte aussi les entrées de cour pour pas cher l'hiver.

Dix piastres et tout est déneigé à la main, sans souffleuse, avec pelle, balai et amour.

Sacré Ti-Carl de sacré Ti-Carl, hein?