mardi 11 octobre 2011

L'infréquentabilité de Flaveur Picotin-Mawawa

Décrire une expérience positive c'est aussi risquer de s'enfoncer dans la mièvrerie. Cela prend bien plus de talent pour raconter quelque chose de vrai, beau et bon, surtout quand tout est faux, laid et mauvais autour de soi. On ne peut tout de même pas décrire ce que l'on ne perçoit pas. Il y a des limites à l'invention. D'où le risque de s'enfoncer dans la mièvrerie.

La plupart des gens qui se disent «positifs» ont tous des airs de faux-culs. Les gens qui ne se donnent pas d'épithètes pour se décrire sont de meilleures fréquentations.

Évidemment, Flaveur Picotin-Mawawa était infréquentable. C'était un petit monsieur tiré à quatre épingles qui portait toujours de vieux running shoes défraichies. Il était d'origine inconnue, peut-être finnoise. Flaveur avait été adopté par un couple qui contrastait avec son teint blême de peut-être Finnois. Sa mère adoptive, Flavie Picotin était Martiniquaise. Et Flaveur Mawawa, son père adoptif, était du Gabon. Mais ce n'est pas pour cette raison qu'il était infréquentable. Mais personne n'avait jamais vu ses parents. Alors tout le monde se forgeait une opinion à partir de ce qu'il connaissait de Flaveur Picotin-Mawawa.

Et ce qu'on connaissait de ce petit dandy peut-être Finnois c'est qu'il emmerdait tout le monde avec ses proverbes et autres slogans tirés de ses thérapies à la con.

-La lumière luit toujours au bout du tunnel, qu'il disait. Après la pluie le beau temps. Un jour ce sera ton tour. Ça va venir, mais découragez-vous pas... Ce qui devait arriver arriva pour que tu grandisses à travers tes épreuves. Mets un foulard. Mouche-toi le nez. Mange des légumes.

Et il parlait comme ça pendant des heures et des heures. Il en était époustouflant. On lui aurait lancé des bouteilles si cela n'avait pas été aussi violent et dangereux.

Ce qui fait qu'on le laissait parler et parler encore, ce Flaveur Picotin-Mawawa. Parler jusqu'à ce que le cérumen nous fonde dans les oreilles.

-T'es un champion. Tu dois te dire à toi-même «je suis un champion» pour ton estime de toi... L'estime de soi, y'a que ça de vrai. Vas-y. T'es capable. Tu peux y arriver. Tout parcours est semé d'embûches mais au bout tu dois savoir te dire «je m'aime»...

Sacré Flaveur  Picotin-Mawawa! On veut seulement qu'il se la ferme un peu. Nous sommes déjà une centaine dans la salle d'attente, à l'urgence, et on a tous mal en quelque part suffisamment pour subir son discours comme une torture supplémentaire.

Lui, il est là pour un ongle incarné. Il dit que cette expérience lui aura appris à mieux apprécier ses ongles et autres mousses de nombrils.

On voudrait seulement écouter Musique Plus en paix. Et lui, il parle, parle, parle...

Il est vraiment infréquentable.

Il a beau se faire passer pour le gars le plus positif du monde, on voudrait seulement qu'il se la ferme un peu pour oublier le mal physique, bien trop réel pour trouver une consolation dans sa philosophie à cinq sous.

On ne guérit pas une appendicite avec le manuel «Sourions en choeur!» sacrament!

Et Flaveur Picotin-Mawawa ne fait que ça, lire ce foutu manuel. Et en réciter les passages les plus insignifiants à toute personne qui ne lui demande pas d'être emmerdé par sa sagesse.