mercredi 12 octobre 2011

Mon Jésus à moi

Lénine avait les yeux de plus en plus bridés sur les portraits officiels au fur et à mesure que l'on s'enfonçait dans les républiques orientales de l'ancienne URSS. Lénine avait une tête de vendeur d'assurances à Moscou et une face de mandarin à l'autre bout de la prison. Chacun avait son petit Lénine à lui.

C'est presque la même chose pour Jésus. Plus on s'approche d'une banque ou bien d'un temple au clocher argenté, plus le vagabond de la chrétienté se fait représenter dans l'or, les paillettes et les diamants, summum de la spiritualité pour toute personne qui touche son trente pourcent de commission.

Je m'en voudrais de faire la leçon aux zélotes d'une foi que je ne pratique plus depuis fort longtemps. Je n'ai pas la légitimité d'un Léon Bloy pour me lancer en imprécations contre les pharisiens modernes.

Pourtant, je me permets quelques petits mots, ne serait-ce qu'en tant qu'ancien servant de messe de la paroisse Notre-Dame-des-Sept-Allégresses.

Mon Jésus à moi pourrait avoir les yeux bridés. Il n'est certainement pas assis sur une montagne d'or. C'est un rabbin qui pratique la religion juive avec quelques innovations ici et là. Comme il est rabbin et qu'on doit nécessairement être père de famille pour porter ce titre chez les juifs, mon Jésus à moi est un papa, il a des frères et des soeurs, et il ne ressemble en rien à l'image que nous en a fait un Franco Zeffirelli.

La seule description physique qui nous soit parvenue de Jésus provient d'un pamphlet écrit par Celse d'Alexandrie. Ce pamphlet intitulé Contre les chrétiens nous est parvenu par la voie d'un long et ennuyeux commentaire produit par un fanatique chrétien qui s'appelait Origène.

Dans son pamphlet, Celse discute avec les chrétiens en leur disant qu'il préfère de loin la philosophie à leur religion qui lui apparaît comme un produit édulcoré de la sagesse.

Il préfère Socrate à Jésus... même si Jésus ressemblait à Socrate, un petit gros au visage disgracieux.

Donc, Jésus aurait ressemblé à Socrate. Les chrétiens se seraient servis de cette publicité aux premiers temps de la chrétienté pour leur prosélytisme.

Il y a d'ailleurs plusieurs traits socratiques dans les évangiles.

Le repas pascal de Jésus et le banquet de Socrate se ressemblent.

Socrate boit la coupe de ciguë que ses bourreaux lui tendent alors qu'il pourrait facilement s'échapper.

Jésus boit le calice et se laisse attraper au Jardin des oliviers alors qu'il pouvait s'enfuir.

Les deux deviennent des martyrs. L'un pour la philosophie. Et l'autre pour une nouvelle religion représentée par le symbole de l'infini dont on aurait coupé la queue, c'est-à-dire un poisson.

Mon Jésus à moi est mort pauvre, sale, petit, gros et laid sur la croix.

Ça le rend plus humain. Plus socratique.

Ça rend plus exaspérant ces représentations de Jésus en or, diamants et gling-gling de punaises de sacristie.

Évidemment, je ne suis pas croyant.

Mon opinion ne vaut rien.

Je ne suis qu'un animiste autochtone qui croit que tout est habité par une âme: les animaux, les arbres, les eaux, le ciel, Jésus, alouette.

Je n'ai rien contre Jésus. Il me semble un type chouette.

J'en ai contre les religions, toutes quelles qu'elles soient.

Ramassis de braillage, d'hypocrisie, de cupidité et de mensonge.

J'en ai aussi contre tous les partis politiques pour les mêmes raisons.

La plupart du temps, je ferme ma gueule. Je laisse les gens vivre avec l'idée qu'ils se font de Lénine, Jésus ou Père Noël.