mardi 18 octobre 2011

Dédale et Icare racontés par Alexis Klimov

Mon professeur de philosophie, feu l'inimitable Alexis Klimov, m'a enseigné à percevoir l'art et comme le grand échappatoire métaphysique.

Souventes fois il nous communiquait sa vision de la quête d'absolu en se référant au tableau La chute d'Icare de Bruegel. Icare s'écrase dans la mer sous l'oeil indifférent des autres personnages apparaissant sur le tableau. Il a voulu toucher au soleil. Et tout le monde s'en fout.

Il nous ramenait bien sûr vers le mythe de Dédale et Icare, raconté dans le livre huit des Métamorphoses d'Ovide. Dédale et son fils Icare sont prisonniers du labyrinthe du roi Minos où ils sont poursuivis par une créature mi-homme mi-taureau surnommée le Minotaure. Comme toutes les issues terrestres semblent bloquées, il leur reste la voie du ciel. Et Dédale, pas fou, se construit des ailes pour lui et son fils, avec des plumes d'oiseaux abandonnées ça et là. Il façonne ses ailes avec de la cire d'abeilles et hop! tous les deux s'envolent.

Dédale avait bien dit à son fils de ne pas s'approcher trop près du soleil. Et Icare, fou de liberté, est malheureusement plus fou que libre. Ses ailes fondent. Il plonge dans la mer sous l'oeil indifférent du laboureur de Bruegel. Ce qui laisse croire que l'histoire se passe au printemps.

C'est tout le sens que doit prendre la métaphysique selon feu le meilleur professeur de philosophie que j'aie rencontré de toute ma vie. Un poète doublé d'un humaniste parfaitement érudit. Probablement trop artiste pour l'institution où il enseignait. Ce qui faisait qu'il voyait juste et sagement.

Évidemment, je ne manquais jamais de lui rappeler que le mieux serait encore de battre le Minotaure en lui faisant bouffer de la cire et des plumes. Mais bon, il voyait bien que je n'étais qu'un plaisantin, qu'un personnage dostoïevskien, qu'un adolescent en voie de rédemption.