lundi 4 octobre 2010

En vrac

C'est un lundi en vrac parce que je n'ai pas le temps d'organiser mes idées et encore moins celui de me donner du style.

J'ai peint comme un forcené toute la fin de semaine et je ressens mieux ce que me disait le grand peintre Régent Ladouceur, à savoir qu'on déplace des forces quand on peint avec passion. En peignant, nous nous plaçons dans un état de conscience qui nous fait entrer en communication avec l'indicible. Nous passons des messages que nous ne croyions pas avoir à passer.

L'artiste-peintre devient le catalyseur de mystères existentiels qui ne demandent qu'une révélation. Il est en cela semblable au chamane des cavernes qui représentait un boeuf et des chasseurs pour anticiper une bonne chasse. Je parie même que son truc marchait. Il ne suffit que d'évoquer le Nom pour que le Verbe se fasse chair...

Voilà dans quel état de pulsion mentale je me trouve au terme d'une puissante session de peinture. C'est comme si je synthonisais tous les postes de l'univers d'un coup sec. Comme si j'étais sur l'acide alors que je suis sobre en diable.

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Parlant de grand peintre, j'ai rencontré Maurice Fournier hier. C'est un ami commun à moi et Régent. Il est, entre autres, l'auteur de La maison du Diable, un recueil de nouvelles publié en 1989 aux Éditions du Beffroi. Ça n'a rien à voir avec la peinture, mais il faut quand même le signaler, ne serait-ce que pour souligner son talent. Sa plume exquise rappelle parfois Daudet et Bloy. Et ses pinceaux, pour ce que je me rappelle, était dans la grande tradition d'un Gustave Moreau. De l'intelligence et de la beauté finement travaillée.

Il tenait une table de trouvailles et de merveilles dans le sous-sol de l'église Sainte-Marguerite, à Trois-Rivières. Évidemment, on a parlé de mes niaiseries, lettres aux journaux, manifestations et autres coups de gueule dont je suis coutumier. On a aussi jasé de son accordéon diatonique que j'aurais souhaité m'acheter si j'avais été plus en foin.

Par ailleurs, Maurice a trouvé l'une de mes toiles dans un bazar de l'Armée du Salut, il y a quelques années. J'avais donné cette toile à une résidente d'un foyer pour personnes désorganisées. Quand elle est morte, tous ses trucs ont été donnés aux disciples de William Booth. Et Maurice est tombé sur mon tableau intitulé «Le carrousel». Il l'a eu pour dix cents... Dix sous...

Bon. L'orgueil en prend pour son rhume, mais ça arrive à tous les peintres, grands ou petits, de sorte qu'il y a toujours de bons achats à faire pour qui a bon oeil et bon pied.

Comme je lui parlais de Paul Gauguin, un peintre daltonien comme moi, Maurice m'a sorti un tableau qui pourrait rappeler une oeuvre de celui que l'on surnommait le Sauvage. Ça ne m'a même pas coûté dix cents. En fait, Maurice me l'a donné ce tableau anonyme représentant une éruption volcanique dans un magnifique encadrement en plastique doré.

Je ne sais pas qui a peint cette oeuvre, mais je sais qu'il a déplacé des forces, ce peintre. Ne serait-ce que des forces géologiques, voire des forces telluriques.

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J'oubliais de dire que je suis allé visiter la tombe de mon père au cimetière St-Michel.  Ça faisait dix ans que je n'y étais pas allé.

C'est ma blonde qui a trouvé sa pierre tombale.

Elle a aussi trouvé celle de mes oncles Marcel et Rémi. Les trois tombes étaient sur le même alignement. Cela m'a tout de suite étonné.

J'ai salué les mânes de mes ancêtres puis c'est comme si toute ma journée s'était déroulé dans un songe vaporeux suite à cette visite.