mercredi 26 août 2015

Rock and Roll High School

M'en revenant de la Nouvelle-Écosse, je suis tombé sur une entrevue de Michel Lacombe sur la chaîne radiophonique Ici Première avec l'architecte Pierre Thibault. Cet architecte de haut niveau se donne pour mission d'intégrer la nature à ses projets. Cela confère à son art une dimension unique qui fait honneur au territoire que nous habitons.

J'ai été particulièrement sensible à son rêve de participer à la construction d'un école qui accorderait à la nature une place prépondérante, comme ce fût le cas pour tous ses projets.

Nous approchons de la rentrée scolaire, évidemment. C'est déjà commencé pour les universités et les collèges. Bientôt, ce sera le tour des écoles primaires et secondaires d'ouvrir leurs portes.

J'ai fréquenté les écoles primaires Saint-Jean-Bosco et Saint-François-d'Assise dans ma jeunesse. Saint-Jean-Bosco est le saint patron des enfants pauvres. Ça en dit long sur mes origines sociales. Je proviens, bien entendu, d'un quartier populaire de Trois-Rivières. Je conserve de ces écoles le souvenir de cours clôturées avec quelques arbres perçant ça et là au travers de l'asphalte et du gravier. Rien de très original au plan architectural. Néanmoins, ces écoles avaient plus de style que ce vers quoi je me dirigeais pour compléter mes études secondaires: la polyvalente Sainte-Ursule...

Je me souviens qu'à l'été 1980 nous craignions d'y faire notre rentrée. Mon frère Serge et d'autres coquins nous racontaient des récits horrifiants sur l'atmosphère de violence qui nous y attendait. Nous allions devoir nous battre du matin jusqu'au soir pour survivre dans ce milieu nettement plus populeux et moins douillet que l'école primaire Saint-François-d'Assise, école que nous partagions d'ailleurs avec les Petits Chanteurs, une école privée intégrée dans une école publique. Tandis que les Petits Chanteurs visitaient l'Europe nous, les fils de prolétaires, nous contentions de jeux sadiques dans les ruelles sales des quartiers environnants. C'est là, je crois, que j'ai appris la lutte des classes.

Quoi qu'il en soit, la rentrée à la polyvalente Sainte-Ursule nous donnait des maux de ventre. Cette grosse boîte de béton sans fenêtres nous promettait le pire sans le meilleur. On allait nous battre, nous enfermer dans des casiers, nous brûler vifs et quoi encore!

Nous avions décidé de nous prémunir contre les méchants en nous rendant au magasin de surplus d'armée pour nous acheter les instruments nécessaires à notre survie: des couteaux à cran d'arrêt, des machettes et des mitraillettes si nous le pouvions...

Personnellement, je m'étais acheté ce qu'on appelait un "buck", c'est-à-dire un couteau de chasse. Je n'en avais pas parlé à mes parents, évidemment, et je comptais le cacher sur moi pour ouvrir le ventre de quiconque tenterait de m'agresser.

Je m'étais aussi acheté des bottes de travail de marque Kodiak à embouts d'acier. Ces bottes permettaient de faire éclater la cervelle des méchants à grands coups de pied dans la gueule si le besoin s'en faisait sentir.

Équipé comme je l'étais, je pouvais laisser tomber le stress de la rentrée un tant soit peu. On éviterait de me battre même si j'étais premier de classe. À la limite, je pourrais toujours compter sur mon frère Serge, dont la seule évocation de ses nom et prénom était parfois suffisante pour freiner les ambitions des scélérats. Si l'on me touchait, on aurait affaire à lui, ce gaillard qui cognait tout un chacun et défonçait les portes de garage à coups de tête. Évidemment, je ne pouvais pas abuser de cette carte. En fait, je ne le fis jamais. La rumeur qui me précédait était suffisante. Et l'on finit par craindre que je ne sois fait de la même trempe. Ce qui, bien sûr, allait se confirmer.

Il y avait peu d'arbres à la polyvalente Sainte-Ursule et encore moins de fenêtres. J'ai tout de même réussi à obtenir mon diplôme d'études secondaires sans avoir à sortir mon couteau de chasse de mes poches. Je me suis acoquiné avec une bande de justiciers qui aimaient, entre autres, foutre des volées aux plus baveux. Me tomber dessus signifiait aussi de tomber sur eux par la suite. Je pus donc respirer tout à mon aise, me battant de temps à autres pour imposer le respect: une claque sur la gueule par ci, un coup de pied au cul par là.

Plus j'évoluais dans les études moins les baveux étaient présents. Les plus méchants sont tous curieusement décédés en bas âge: suicide, noyade, etc. Je ne saurais dire pourquoi. Je ne crois même pas que ce soit la règle. Ce hasard fit bien les choses, même si cela ne saurait vraiment se dire.

J'ai eu le bonheur de tomber sur des professeurs attentionnés pour mes deux dernières années d'études secondaires. Les professeurs Alex Legrew, Marcellin Gauthier, Michel Parenteau, Pierre De La Grave et Yvon, dont le nom de famille m'échappe, nous ont fait découvrir les sports de plein-air. Plutôt que d'être confinés aux quatre murs de la polyvalente, nous avons fait du ski de randonnée dans la réserve faunique du Saint-Maurice, du canot-camping au Parc de la Mauricie, Trois-Rivières-Québec à bicyclette, etc. Mes muscles sont devenus durs comme de l'acier. Mon âme est devenue sereine.

Au collège et à l'université, je n'ai plus eu besoin de me battre ni de porter des couteaux de chasse sur moi. Je n'avais plus qu'à lire calmement des livres et à en faire des compte-rendus. Je me battais plus souvent à comprendre Nietzsche et Kierkegaard.

On devrait, quant à moi, démolir les polyvalentes et les remplacer par des projets architecturaux qui intègrent la nature, comme ceux de Pierre Thibault. La nature est le livre à consulter encore et encore. Bâtir des écoles qui ressemblent à des maisons correctionnelles n'est pas l'idée du siècle. C'est une manière de se débarrasser rapidement de la nécessité d'offrir un enseignement gratuit et universel à tout un chacun.

Je ne crois pas que je serai entendu. Peut-être lu, par vous et un autre. Enfin! J'aurai dit ce que je pense.


1 commentaire:

monde indien a dit...

Les sangliers pour qui l ' ouverture de la chasse tombe à peu près à la m^me date ont l ' habitude de dire : " je déteste la rentrée des classes !!! "
Si les établissement scolaires ressemblent à des maisons de correction c ' est que l ' enseignement qu ' on y dispense est un enseignement de correction , qui du reste enseigne tout sauf la correction . Les tenants de cette " éducation " choisissent donc des architectes qui conviennent pour cela , de la m^me manière que les dictatures diverses et variées on su trouver les artistes qui savaient glorifier leur connerie .
J ' ai passé ma scolarité dans des écoles et collèges tenues par des curés et et j ' ai beaucoup souffert , autant de la bêtise de leur religion qui n ' avait sans doute que peu avoir avec la philosophie de leur prophète , que de l ' enseignement général qu ' ils y dispensaient .
Ironie de la vie : je suis moi-m^me devenu instituteur pour les établissements laïcs et nationaux à l ' âge de 40 ans -
Ce que j ' ai trouvé alors dans l Education Nationale française ne valait pas mieux , où s ' il n ' y avait pas de religions , toute reconnaissance du mystère de la vie semble être niée et où l ' enseignement général n ' a d ' autre visée que de fabriquer de bons citoyens , c ' est à dire aptes à gober toutes les stupidité du système de compétions , ou de soumission -
Qu ' essaye seulement de ne pas gober ces monstruosités et l ' on se trouve généralement avec les plus grande difficultés pour faire sa place dans ce monde de brutes aveugles -
Par la bonté du destin , je me suis trouvé cependant être " remplaçant " , sur des remplacements courts , ce qui me décharge de bien des implications dans cette horrible affaire et me donne latitude pour faire des choses bien + sympathiques avec tous ces malheureux enfants -
Par la bonté du destin nous avons pu profiter des vacances et d ' un très bel été - et je suis bien content qui tu en aies passées de très bonnes aussi - ce qui nous donne le bonheur de vivre , le courage de devoir recommencer à affronter cette machination , et la force de nous créer le + de moments de vie digne de ce nom , publique ou/privée .
Ouf , c ' est ma dernière année avant la " retraite " -
Bonne rentrée à toutes et tous -
de Sète , France -