samedi 29 août 2015

Minisse de la phamiye et bouréz de phôte d'ortograffe

Image tirée du Journal de Montréal 

Il était mal vu de passer pour un élitiste à l'époque du régime des Khmers Rouges. Il était tout aussi mal perçu de passer pour un intellectuel. Le simple fait de porter des lunettes était suffisant pour mourir d'une balle dans la tête. Pour les Khmers Rouges, la révolution ne se ferait pas avec des gens qui savaient lire et écrire, mais avec des ignorants que l'on enverrait tous aux champs pour cultiver le riz et nourrir le Parti.

Le Québec n'est pas le Kampuchéa "démocratique". On peut encore y porter des lunettes sans se faire casser la gueule. On peut aussi tenir des propos élitistes, surtout en matière de hockey ou de contributions financières aux partis politiques. Il est toujours de bon ton de refuser dans la LNH les hockeyeurs qui patinent sur la bottine. Et c'est tant mieux. Ainsi, l'on s'assure d'un bon spectacle. Au prix où sont les billets pour assister à une partie, c'est le moins que l'on puisse faire.

Pour ce qui est des collèges et des universités, c'est une autre paire de manches. L'école québécoise, sous plusieurs aspects, rappelle cette émission de télévision française, animée par Jacques Martin, qui s'appelait L'École des fans. Les enfants qui participaient à cette émission devaient pousser une chansonnette suite à laquelle ils devaient s'accorder une note entre eux. Évidemment, tout le petit monde gagnait toujours. Jamais un mauvais chanteur n'était recalé. C'était, à vrai dire, de la pure magie.

L'école québécoise ne demande que de recevoir son obole pour distribuer le diplôme. Tout le monde y gagne presque toujours. On peut écrire comme un pied, comprendre comme un navet et lire comme un analphabète sans s'y sentir inquiéter de réussir ou d'échouer, surtout dans le domaine des sciences dites humaines.

Récemment, la ministre de la famille Francine Charbonneau s'est faite prendre au piège en publiant sur son compte Facebook un court texte rendant hommage à sa collègue Marguerite Blais, laquelle quitte la vie politique en empochant une généreuse prime de départ. (Essayez de faire ça avec votre boulot... Vous pourrirez deux mois dans l'attente de votre premier chèque de chômage...)

Francine Charbonneau, ancienne présidente de la Commission scolaire de Laval (sic!), ne connaît visiblement pas la conjugaison du verbe être. Elle escamote les s pour la deuxième personne du singulier et tout le reste semble écrit au son. C'est tellement pathétique qu'on comprend mieux la sortie de son collègue le Ministre de l'éducation, François Blais, qui veut rehausser les exigences en matière d'enseignement du français.

Si l'on peut être ministre et diriger une commission scolaire en étant si nul en français, c'est à se demander pourquoi l'on devrait prendre au sérieux notre p'tit Québec avec sa sacro-sainte langue française et son économie de république de bananes.

Peut-on imaginer un Français, un Américain ou bien un Japonais accéder aux plus hautes fonctions de l'État en étant si nul pour écrire dans sa propre langue? On peut facilement le concevoir pour notre p'tit Québec.

Je n'ai pas assisté à la cérémonie de remise des diplômes à l'université. Je me voyais mal porter un petit chapeau carré parmi des imposteurs qui ne méritaient pas d'être diplômés. J'ai reçu mon papier par la poste, mon fameux baccalauréat en philosophie qui traîne quelque part dans mes papiers, sous une pile de vieilles factures et de vieilles caricatures grivoises.

Les plus illettrés des étudiants ont fini par accéder aux plus hautes fonctions. Les plus cultivés ont fini par être vomis par le système. Telle grande intellectuelle est devenue serveuse dans un restaurant. Tel autre esprit raffiné s'est vu offrir un poste de concierge. Les incultes ont gravi les échelons de l'enseignement avec l'approbation de fonctionnaires tout aussi nuls qui craignaient d'être démasqués par des scribes trop zélés qui lisaient de gros livres en plus de comprendre leur signification.

Plutôt que de favoriser la maîtrise de la langue française et l'acquisition d'une solide culture générale, le système s'en est tenu à l'obéissance, au conformisme rampant, bref à la médiocrité. Si par malheur nous faisions mention de lire Dostoïevski ou Balzac, il se trouvait d'ignobles parasites rémunérés par le système pour nous rappeler que ce n'était plus à la mode de lire de gros livres. Ils nous conseillaient plutôt de nous en tenir à des théories littéraires excrémentielles ou bien à des plaquettes de poésie dénuées de ponctuation, de syntaxe et de contenu.

J'ai quitté les études pour ne plus avoir affaire à ce genre de crétins. J'ai fait une croix sur mon voeu de devenir professeur de philosophie à force de rencontrer autant d'incompétents fiers de l'être. Plutôt devenir concierge et partager le destin des autodidactes que de se soumettre à des têtes de noeud aussi vides et desséchées qu'une fiente de goéland sur un contenant de frites froissé.

Dans le film Le magicien d'Oz, quatre personnages suivent la Route de briques jaunes pour se rendre auprès dudit magicien dans l'espoir qu'il trouve une solution à leur problème. Le magicien, qui se cache derrière un écran géant, simule la grandeur et l'autorité. Lorsque nos protagonistes découvrent le subterfuge, le magicien sort quelques tours de son sac pour sauver les apparences. Pour le robot qui souhaite obtenir un coeur, il lui remet une horloge dont le tictac rappelle les pulsations du coeur. Pour le lion sans courage, une médaille de bravoure suffit. L'épouvantail, dépourvu de cervelle, se voit remettre un diplôme. Seule la petite Dorothée demeure sans réponse. Le magicien d'Oz ne sait quoi faire pour qu'elle retrouve son chemin.

Les contes de fées ont l'avantage de nous faire ressentir ce que nous ne voulons pas comprendre.

Les bibliothèques sont malheureusement moins prises au sérieux que les magiciens et les professeurs.

Aussi ne faut-il pas s'étonner de voir que l'on accorde aux épouvantails d'occuper les plus hautes fonctions publiques avec l'assentiment de tous les imposteurs et faussaires de nos institutions décadentes.















1 commentaire:

monde indien a dit...

Merci , toute la magie est dite comme elle se doit de l ' être - où la langue française n ' a aucune importance , juste de dire aisément ce qui se conçoit clairement , en patois québecquois , charentais ou français , peu-importe , l ' important étant de dire - et pas n ' importe quoi . Avec magie ou pas , peu importe , l ' important est de le dire .. avec amour , bienveillance et respect .