lundi 3 août 2015

Leçons de dolce vita des animaux et des Sauvages

J'ai longtemps cru que les animaux passaient la majeure partie de leur temps à se chercher de la nourriture. Comme je suis une créature urbaine, mes observations étaient souvent concentrées sur les écureuils et les goélands que l'on trouve aisément dans tous les coins et recoins de la ville. Les écureuils et les goélands semblent travailler tout le temps, comme les humains ou bien les rats d'égouts.

Si j'avais observé un peu plus les corneilles, les marmottes et les chats de ruelle, j'aurais sans doute fini par constater que les animaux passent aussi beaucoup de temps à s'amuser. Ils ne poinçonnent pas tous le matin pour partir au travail. Au contraire, ils prennent le temps de vivre. Les corneilles font la file pour glisser sur les toits de tôle. Les marmottes s'emparent de brindilles pour les faire tournoyer de droite à gauche comme s'ils étaient des majorettes.  Les chats de ruelle courent après un sac vide pour le simple plaisir de le voir se gonfler de vent pour tout de suite retomber au sol.

Bref, les animaux ont beaucoup à nous apprendre et ne sont pas ces bourreaux de travail auxquels font référence les fascistes pour justifier leur morale mesquine de larbins casseurs de pierres.

Je me souviens d'avoir lu dans les récits de voyage des premiers explorateurs français des récits où les aborigènes s'étonnaient de la pauvreté et de la misère des immigrants.

-Ils viennent ici en prétendant que leur pays est riche et regorge de toutes sortes de belles choses, se disaient-ils entre eux. Pourtant, ils passent de l'aube jusqu'au soir à remplir leurs bateaux de morues pour les ramener en France. Nous n'avons pas à faire ça. Nous savons que le fleuve Magtogoek est notre garde-manger. Nous prenons que ce dont nous avons besoin et il en reste toujours. Mais eux, les Français, doivent s'épuiser à tous les jours pour nourrir leurs siens. C'est le peuple le plus malheureux de la Terre et nous n'avons pas le choix de les aider... Ils font tellement pitié... Ils vont jusqu'à acheter les peaux de castor qui ont servi de couches pour nos bébés... Ils achètent ces peaux pour se les mettre sur la tête! Qui d'entre nous voudrait se mettre sur la tête une peau de castor qui a servi de couche pour les bébés? Vous voyez bien que ce sont des pauvres types... Ayons pitié d'eux... Oui... Pauvres gens,,, Et ils doivent obéir à un roi qui garde tout pour lui et ne partage rien... Un roi avare qui ne ferait pas deux heures dans notre tribu sans finir dans la marmite!

Les animaux ont tellement de leçons à nous apprendre. Les peuples que l'on dit barbares ont tellement de douceur de vivre à nous enseigner.

Nous préférons vanter l'esclavage de mille et une manières.

Les larbins gueulent qu'ils travaillent comme des fous pour payer les assistés sociaux, comme s'ils ne payaient pas surtout pour les riches qui nous plument tout un chacun sans rien partager. Le sens communautaire s'étiole au profit d'une morale de larbins sans visage et sans voix qui lèchent leur gamelle en jappant comme des chiens en laisse.

Varlam Chalamov rappelait dans Les récits de la Kolyma que seuls les humains pouvaient survivre aux plus affreuses conditions qui soient. Un cheval finirait par refuser d'avancer dans les camps de travail de la Sibérie. Il préférerait mourir plutôt que de servir si on lui refuse son eau et son foin. L'esclavage et la domesticité de l'être humain sont sans limites. On peut le priver d'eau, de nourriture et de sommeil pour exiger encore plus de lui, jusqu'à ce qu'il en crève.

Ce qui fait de l'homme non seulement un loup pour lui-même, mais la créature la plus méprisable de toute la création.