vendredi 7 août 2015

Hiroshima, Léonard de Vinci et François 1er

Guernica, de Pablo Picasso


Cela faisait 70 ans, hier le 6 août, que la bombe atomique tua plus de 140 000 civils sur-le-champ à Hiroshima. Environ 70 000 autres civils connurent le même sort à Nagasaki trois jours plus tard.

Coluche, le célèbre clown français, disait que la Première guerre mondiale avait tué un militaire pour dix civils massacrés. La Deuxième guerre mondiale tua un militaire pour cent civils. Pour la Troisième guerre mondiale, Coluche recommandait aux civils de s'engager dans l'armée puisque seuls les militaires survivront...

Il est abominable de penser qu'il est presque devenu normal de tuer des civils.

Les aborigènes de l'Océanie reprochaient aux Britanniques de gaspiller de la viande. Ils n'auraient pas osé tuer plus qu'ils ne pouvaient manger au cours d'une guerre. Ils voyaient les cadavres joncher les champs de bataille et n'en revenaient pas de tout ce gâchis.

On prétend que Léonard de Vinci se fit vertement rabrouer par François 1er pour avoir suggéré la création d'armes létales qui s'apparentaient à la mitraillette moderne.

-Vous n'y pensez pas! Je passerais pour un monstre! Il y a des règles à respecter dans la guerre! qu'il aurait répondu au génial inventeur des machines à tuer. Retournez plutôt à vos pinceaux et faites-moi un beau portrait...

De nos jours, plus personne ne semble outragé de songer qu'on puisse tuer quelques milliards de civils en pesant sur un bouton rouge.

On ne l'a pas encore fait pour des raisons qui tiennent du miracle. Nous sommes souvent passés tout près de disparaître, lors de la crise des missiles à Cuba ou bien lors du plus récent conflit ukrainien.

Les Grecs et les Romains situaient le paradis dans le passé, un passé qu'ils appelaient l'Âge d'Or. Dans la tradition judéo-chrétienne, il était plutôt question du jardin d'Éden.

Les Grecs et les Romains croyaient vivre à l'âge d'airain, à l'ère la plus impitoyable qui soit, où le fils peut étrangler sa mère pour quelques drachmes ou quelques sesterces.

Peut-on leur reprocher d'avoir pensé cela?

Nous vivons encore sur les ruines de cette civilisation du feu et du sang.

Nous nous imaginons hyper civilisés, brillants et poètes par-dessus le marché, comme Léonard de Vinci. Pourtant, dans les rêves de Vinci comme dans ceux de nos savants, il y a tant d'instruments de mort et de souffrance que nous ne pouvons que souffler un brin de penser qu'on a encore vécu vingt-quatre heures sans avoir été réduits en cendres.

"Vanité des vanités, tout est vanité et poursuite de vents", disait l'Ecclésiaste, un des rares sages de la Bible.

Que pouvons-nous faire contre les instincts de mort qui bouillent en nous-mêmes en tant qu'humains trop calculateurs et trop désincarnés?

Je ne sais pas.

Peindre la Joconde, peut-être.

Ou penser comme François 1er dans ses beaux jours.