vendredi 2 janvier 2015

Sans atmosphère organisée en 2015!

Les nombrils semblent avoir la cote quand on regarde l'état actuel de notre communauté. On pense, à tort, qu'ils ont gagné et que l'idéal d'une communauté plus humaine et plus juste s'est étiolé.

Je dirais au contraire que l'idéal de la justice sociale s'est nettoyé de toutes ses scories au cours des dernières années. Les opportunistes et autres parlementaires sont perçus pour pas grand' chose parmi les militants actifs qui, de plus en plus, se détournent des «atmosphères organisées» pour joindre la grande masse de ceux et celles qui combattent pour l'avènement d'une société sans chefs, sans guides suprêmes, sans messies, sans tribuns, sans consuls et sans sauveurs...

C'est un peu comme si l'on rejoignait l'idéal philosophique d'Étienne de la Boétie et de Max Stirner, voire de ces sages inconnus des peuples aborigènes. Il n'y a pas lieu de se soumettre à quelque césar pour reprendre le flambeau de la lutte sociale. On n'a pas besoin d'être membre de tel ou tel comité, particule ou parti pour prendre sa pancarte, sa casserole ou sa braoule et descendre dans la rue. Il y a même plus de chance que l'on participe si l'on n'est pas membre d'une secte.

Les pires manifs auxquelles j'aie participé sont sans aucun doute celles où il y avait un véhicule pour ouvrir la marche avec des hauts-parleurs crachant des slogans ou des musiques préparées d'avance. Dans ces manifs, je me sentais comme un pion et je m'ennuyais ferme. Quoi de plus ennuyant que de marcher pendant une heure pour finalement se retirer après avoir entendu le discours d'un député presque de gauche ou bien le petit laïus d'une vedette du petit écran qui sera encore vedette le lendemain?

Par contre, j'ai versé une larme ou deux d'émotion pure dans ces manifs de l'année 2012 qui s'organisaient d'elles-mêmes par quiconque avait du coeur au ventre. Des hommes et des femmes sans l'accord de qui que ce soit décidèrent de prendre la rue sans hauts-parleurs, sans micros et sans organisations, à la bonne fortune de leur élan du coeur.

Si l'année 2012 a tant marqué les esprits, c'est essentiellement parce que les esprits étaient enfin libérés des chefs et des meutes. On se donnait rendez-vous dans un parc ou devant le perron d'une église, un  peu partout au Québec, puis on frappait sur des casseroles ou bien on marchait tout bonnement en se créant des slogans au fil d'une marche sans trajet prédéterminé qui se foutait éperdument des lois spéciales et conventions despotiques des autorités à la solde des riches. Dans ces manifs, on voyait rarement des députés ou bien du personnel parlementaire. Les vedettes étaient souvent absentes. Il ne restait que des hommes et des femmes de bonne volonté qui n'ont pas besoin de la sanction d'un prince ou d'une princesse pour s'emparer de la rue et combattre l'injustice sociale.

En 2012, j'ai vu l'effervescence sociale dans les quartiers pauvres de Trois-Rivières, avec tous ces gens qui accueillaient les manifestants en frappant sur des casseroles sur leur perron. Pour la première fois de ma vie, j'ai compris que les «atmosphères organisées» avaient trop longtemps étouffé l'esprit d'initiative du peuple en plus de l'infantiliser.

Gabriel Nadeau-Dubois fût l'une des rares figures publiques du mouvement étudiant à comprendre qu'il ne contrôlait rien. De fait, le Printemps Érable aura été un mouvement sans chef, comme tous les mouvements sociaux des dernières années à travers le monde.

Les péquistes comme les socialistes mous craignent de prendre une rue désorganisée, sans hauts-parleurs ni micros. J'y vois leur peur d'être submergés par une authentique lutte des classes où ils ne représenteront plus rien. La prise de parole des citoyens leur fait peur, c'est évident. Et ils font bien plus partie du problème que de la solution, ces éteignoirs de révolution sociale, ces tribuns de quatre sous avides de petites photos où ils peuvent contrôler les acteurs et les décors.

Bref, il n'y aura qu'une chose à faire en 2015 pour nous débarrasser des libéraux et de ceux qui les soutiennent consciemment ou inconsciemment. Il n'y aura qu'à obéir à sa propre tête, à son propre coeur. Il n'y aura qu'à faire sécher des nombrils. Il n'y aura qu'à se tenir debout!