vendredi 1 juin 2018

Gratte, gratte la guitare

Parler de soi-même est toujours un peu inconvenant. On risque de passer pour un fat, sinon pour un pervers narcissique. Il y a sans doute un peu de tout ça, à divers degrés, en chaque être humain. Pourtant, un trèfle demeure un trèfle, si vous voyez ce que je ne veux pas dire.

Je vais donc vous parler de ma guitare, pour éviter de vous parler de moi-même ou bien des trèfles.

Ce sera difficile de ne pas vous parler de moi au passage puisque je ne forme qu'un avec ma guitare.

C'est comme si elle avait épousé les formes de ma bedaine. Ce qui fait qu'avec elle toujours je m'endors. Surtout après un repas, le soir. Quelques notes et squrouïïï-nk! Je râpe mes doigts sur les cordes et je ronfle.

Évidemment, il m'arrive d'en jouer un peu plus longtemps.

Et, même quand je ne m'endors pas avec ma guitare, cela demeure une relation fusionnelle.

Oh! je ne suis pas Jimmy Hendrix, ni Django Reinhardt, ni Harry Manx.

Je suis entre Bob Dylan et Woody Guthrie à la guitare, avec quelques tonalités de Johnny Cash et de vieux blues. Je m'accompagne à l'harmonica, sur lequel instrument je suis nettement meilleur, pour compenser mon manque de technique et de variations. Et je mets un capot sur les cordes parce que je suis nul pour faire des accords barrés avec mes gros doigts de géant vert.

Je joue au son, évidemment. Je n'ai jamais appris les notes. Sinon pour savoir quel accord d'harmonica correspond à tel accord de guitare. Si je joue en mi à la guitare ça me prend un la à l'harmonica. Donc mi-fa-sol-la. Si je joue en fa c'est un harmonica en si: fa-sol-la-si. Vous comprenez? Moi aussi j'ai eu de la misère à le comprendre mais c'est mathématique.

Accorder ma guitare a été le plus grand défi que m'a posé la guitare et cela continue encore malgré le temps.

Je m'accorde avec mon vieux diapason qui donne un la. Ou bien je vais sur Youtube et clique sur guitar tuning. Ça dépend.

Dans tous les cas, il faut capter la dernière vibration, celle qui s'en va: laaaaa.a.a..a..a...a...a!

Et hop! Voilà que la guitare est accordée. C'est déjà la joie. Tout ce qui suivra sera pur plaisir.

***

J'ai quelques guitares, dont une électrique, une petite pour débutant ainsi qu'un ukulélé.

Ma guitare favorite est ma guitare classique Yamaha. C'est d'elle dont je parle.

Je la traîne partout depuis plus de 20 ans.

J'aime ses cordes de nylon. Parce que je déteste jouer avec un pic. Je préfère utiliser mes doigts, pincer les cordes, les gratter avec le cuir épais de mon pouce. Il me semble pouvoir faire vibrer ma guitare plus intensément de cette façon, comme si le son ne se limitait plus qu'à des pincements de plastique mal amortis. Le son me semble plus doux, plus voluptueux, plus bossa nova.

C'est mon affaire.

On peut aimer ou ne pas aimer.

La guitare ne m'en veut pas pour mes illusions.

Et elle me permet d'en vivre d'autres tous les jours.

Et hop! je me tape un petit reggae... Et pourquoi pas un peu de folk? Tiens je vais jouer Tracy Chapman. Ah oui celle-là de America... Willy Lamothe... Paul Brunelle... Bob Marley... Police and Thieves in the street! Oh yeaaah! Et voilà que je chante et gratte ma guitare depuis une heure. J'ai inventé trois blues au passage et raconté une histoire à propos d'un dépotoir.

***

J'ai fait de la scène, guitare en main, harmonica en bouche et micro devant moi.

Je détestais le son de la scène. Le son étouffant d'un bar. Ce son que l'on n'entend pas lorsque l'on joue, même avec un moniteur, de sorte qu'on en vient presque à faire seulement des mathématiques au lieu de se laisser aller.

Cela explique sans doute mon préjugé favorable envers les albums réalisés en studio, sans spectateurs.

La musique y est bien plus vivante selon moi.

On me dira que j'ai tort.

Je défendrai mon point de vue.

Je n'ai jamais trippé musique sur scène. Tu rentres dans ta bulle et tu fais ta job.

Tandis qu'en studio, en trio, en duo ou en solo, c'est comme si tous les instruments nous guidaient.

La musique hypersonorisée me dérange. Au-delà de 100 décibels on me perd. Je deviens agressif. Je n'éprouve plus aucun plaisir. Je cherche une pierre pour écraser le haut-parleur. Ce qui fait que je vais rarement voir des spectacles. Je suis plate comme ça. Ou bien j'ai quelque chose dans l'oreille que les autres n'ont pas. Et c'est sans doute un défaut. Le son dans le prélart ça me fait sortir de mes gonds. Comme si on faisait crisser une craie sur un tableau d'école.

Cela dit, mon vrai trip c'est de jouer de la guitare en inventant toutes sortes de trucs et de chansons.

Créer est le vrai trip.

En toutes circonstances.


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