lundi 23 février 2015

La majorité silencieuse n'est pas sur Twitter



Simon faisait partie de la majorité silencieuse. Il avait tout de même un doute puisqu'il était toujours seul et avait peu d'amis pour le conforter dans cette position. Il avait même fini par se croire victime d'un quelconque complot gauchiste puisque tout un chacun autour de lui en voulait au gouvernement, aux fédéralistes et, bien sûr, aux riches. Et ce petit monde qui gravitait autour de lui, ce petit monde qu'il appelait le petit peuple, eh bien il s'en trouvait plusieurs pour porter des pancartes, taper sur des chaudrons et s'agrafer des carrés rouges en feutrine sur le revers de leur veste.

La majorité silencieuse, pour Simon, c'était Éric Duhaime, Nathalie Normandeau ainsi que Thatcheromania68, Pinochetterie72 et autres avatars couards qui s'agitent un tant soit peu sur Twitter pour rappeler au monde entier qu'il y aura toujours des larbins pour se convaincre entre eux qu'ils forment la majorité silencieuse.

Il existe, bien entendu, des tas de gens qui n'ont rien à dire. Ils ne pensent pas former une majorité silencieuse. Ils sont simplement silencieux et obéiraient à n'importe quoi, un cochon ou bien un commissaire du peuple. Ils répondent toujours oui aux messages lancés par le centre de commandement de la fourmilière. Ils comptent pour pas grand chose dans l'évolution des sociétés, sinon à maintenir temporairement un statu quo. On ne marche pas tous à la même vitesse et ceux-là ont besoin de longues pauses pour soigner leurs ampoules.

Simon s'appelait L'Antioui67 sur Twitter. Évidemment que c'était un couard et qu'il prenait un malin plaisir à s'attaquer à ces péquistes, socialistes et syndicalistes qui se croyaient courageux seulement parce qu'ils écrivaient sous leur vrai nom. Si la majorité silencieuse de Simon se montrait moins tolérante, ils crèveraient tous en prison ces satanés gauchistes... Enfin! Pour le moment L'Antioui67 prenait part au combat en rappelant à tous ces trous du cul qu'ils étaient désuets, obsolètes, anachroniques, anti-modernes, etc.

Simon s'était fait à l'idée qu'il était fédéraliste, libéral, conservateur et libertarien de surcroît. Il  n'allait jamais aux réunions des fédés, des libéraux, des conservateurs ou bien des libertariens puisqu'il avait juste assez d'argent pour se payer une vieille bagnole ainsi qu'une ligne Internet. Les réunions à 100$ lui semblaient inaccessibles. Les impôts et les taxes de la damnée gauche l'empêchaient de devenir riche. Il ne comprenait pas que les riches ne payaient pas d'impôts et qu'ils pelletaient dans la cour des pauvres toutes leurs responsabilités sociales. Dépenses publiques, profits privés: cela n'entrait pas dans la tête obtuse de L'Antioui67.

Simon travaillait à petit salaire dans un endroit heureusement non-syndiqué et il comprenait que son patron ne pouvait pas le payer plus à cause de ces satanés gauchistes qui voulaient faire payer les riches.

L'Antioui67 inondait Twitter de messages sarcastiques pour se conférer l'illusion qu'il n'était pas une couille molle, un larbin, voire un lèche-bottes.

On lui répondait des tas de conneries sur les bandits à cravates, les paradis fiscaux, Chuck Guité, l'UPAC, la Commission Charbonneau, la CECO, la pègre libérale, etc.

La majorité silencieuse allait avoir sa revanche. C'était évident. Un jour tous les Thatcheromania68 et les Pinochetterie72 seraient au rendez-vous...sur Twitter.

En attendant, ils devaient tous souffrir de voir leurs gouvernements ne pas pouvoir gouverner dans l'ordre et le calme...


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