jeudi 12 février 2015

Fifty Shades of Grey pour une chienne lubrique

Sarane Alexandrian concluait dans son essai intitulé Les libérateurs de l'amour que la sexualité représentait pour lui l'occasion de rêver plutôt que la nécessité de faire des cauchemars. Il préférait, de loin, Laclos au Marquis de Sade.

Ginette, fan de Fifty Shades of Grey, pensait tout le contraire. Cette petite boulotte aux cheveux noirs frisés n'en pinçait que pour les hommes les plus virils qui soient, c'est-à-dire pour ceux qui prenaient le contrôle total de son corps rigide et, disons-le, un tant soit peu frigide. Elle aimait faire la planche et un homme n'était pas homme s'il ne lui rentrait pas son vilebrequin dans le troufignon en lui lacérant ses hanches avec ses ongles crottés.

Gino était plutôt un sacré rêveur et sa vision de la sexualité s'associait à la tendresse et surtout à l'amour. Ce grand gaillard au corps athlétique avait été formaté par l'idéal romantique. Caresser et savourer lentement le corps d'une femme lui faisait tourner la tête. Le fouet et les artifices ne lui disaient rien qu'y vaille. Sa prostate fonctionnait bien et un petit mot doux l'aurait fait éjaculer.

Or, Ginette et Gino se sont rencontrés dans un bar. Ginette regardait Gino depuis un moment quand elle vint à sa table pour lui demander si elle pouvait s'asseoir auprès de lui pour entamer une discussion. Une demie heure plus tard, les deux humains étaient dans une chambre d'hôtel en train de se déshabiller pour peut-être faire l'amour.

-Frappe-moi, lui dit tout de go Ginette. Prends-moi comme une bête! rajouta-t-elle en lui présentant son postérieur.

-Heu... fit Gino. Quoi?

-Frappe-moi! lui cria-t-elle. Frappe-moi j'te dis!

-Es-tu folle tabarnak? J'pourrais te tuer d'un coup d'poing! s'indigna-t-il.

-T'es pas un homme si tu ne me frappes pas!

-Parce que tu penses que t'es une femme juste parce que tu veux t'faire cogner? Mange d'la marde!

-Oh oui j'aime ça! Redis-le moi!

-Redire quoi?

-Dis-moi de manger d'la marde! Traite moi de chienne! De salope! De truie! Oh oui frappe moi!!!

-J'veux pas t'frapper! Ni frapper qui que ce soit! Fuck! Chu un lover moé!

Ginette se revira dans le lit pour s'asseoir sur sa croupe, tout à fait insultée et en colère.

-T'es une tapette, non? C'est ça, tu n'aimes pas les femmes?

-Va soigner tes bébites christ de folle! Moé ej' décalice! lui répondit-il en remettant ses vêtements.

Ginette s'élança sur Gino pour tenter de le frapper. Il la projeta sur le lit. Ce qui eut l'heur de plaire à Ginette.

-Oh oui! Rejette-moi! Lance-moi sur le lit, sur les murs, sur le plancher!

Elle revint vers lui en brandissant ses petits poings. Il la relança contre le lit et courut vers la porte de la chambre d'hôtel pour s'enfuir à toutes jambes.

Une fine neige tombait dehors. La température était moins froide qu'elle ne l'avait été le matin.

Gino se sentait mieux. Ses rêves étaient intacts.

-C'est vraiment une christ de folle! se dit-il en se dirigeant vers un resto ouvert vingt-quatre heures histoire de se taper une pizza pour mieux digérer ses émotions.

Ginette pleurait dans le lit de la chambre d'hôtel. Elle s'en voulait de ne rencontrer que des hommes sans virilité qui refusait de la battre comme une poche de patates.

Elle avait été élevée par sa mère, traitée comme une petite princesse, sans jamais avoir vu son père. Elle sublimait en l'homme le père manquant qui ne la traiterait pas en petite princesse, mais en chienne lubrique qu'il fallait contenir à coups de trique.

Chacun son trip. Celui de Gino était d'aimer et d'être aimé.

C'était définitivement le genre de gars qui ne s'intéressait pas à la lecture de romans comme Fifty Shades of Grey.



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Simplement une suggestion de relecture:
Du cul, du cul, du cul...