dimanche 16 août 2009

C'était pas mal chaud pour un 16 août


C'était pas mal chaud pour un 16 août.

Il y avait eu un coup d'État au Honduras quelques jours auparavant mais ça ne leur disait pas grand chose, le Honduras, puisqu'ils n'en avaient jamais entendu parler jusqu'à ce jour. Enfin, je dis ils et ça devait bien en intéresser un ou deux. Denis, par exemple. Il avait toujours le nez dans les livres à la recherche de quelques vieux trucs même plus à la mode. Un original ce Denis. Idem pour Jean-Luc. Le Honduras, c'était un pays lointain où il y avait des arbres. Ça le faisait rêver.

-Plus tard, je serai tueur à gages, qu'il disait, Jean-Luc, tout en se confectionnant des bâtons de baseball au-travers desquels il faisait passer des clous de six pouces.

À part de ça, le pape Paul VI était mort le 6 août dernier. The Ramones avait sorti son album Road to Ruin. Barry Manilow chantait Copacabana. John Irving présentait son roman The World According to Garp. Spielberg nous faisait rencontrer son troisième type.

Bon, assez d'histoire. Tout ce que voulaient faire ces jeunes en ce 16 août 1978, c'était voir s'il est possible de faire cuire un oeuf sur l'asphalte comme le dit le dicton «i' fait tellement chaud tabarnak qu'on pourrait s'faire cuire un oeuf su' l'aspha'te!»

L'oeuf était cassé et franchement il ne cuisait pas fort. Bien qu'il passait de la translucidité à la blancheur, très lentement, on ne pouvait pas dire que l'affaire était ketchup.

-Ça cuit même pas ces hosties d'oeufs-là! hurla Denis. Tabarnak!

-C't'une hostie d'farce... Les oeufs ça s'cuit pas su' l'aspha'te! cria Jean-Luc et tous les autres voyous de dix ans en rajoutèrent.

-On d'vrait chier d'ssus! disait le grand Lafrenière. Il disait tout le temps ça. À l'entendre, il chiait sur tout presque tout le temps.

-Laisse faire ton chiage Lafrenière! Sens-toé pas obligé d'baisser tes culottes chaque fois qui arrive que'que chose!

-Va donc chier toé!

Et voilà que ça s'engueulait autour d'un oeuf. Quelques claques. Rien de sérieux. Tout le monde s'était habitué à en donner et à en recevoir.

Il faisait chaud en sacrement dans le faubourg à m'lasse, à deux pas de la Wabasso Textile. Ça ne serait pas long que toute la bande aurait fui la ruelle brûlante pour se réfugier à l'ombre, à suffoquer de chaleur dans un logement étroit du centre-ville de Trois-Rivières.

Denis retournerait lire ses livres. Jean-Luc irait plutôt se cacher dans son hangar pour cogner des clous ou préparer des mauvais coups. Ses parents seraient saouls et peut-être en train de se battre, comme d'habitude.

Il faisait chaud comme le christ en ce 16 août 1978. Il n'y avait pas d'air. Pas de piscine. Pas d'arbre dans la rue. Pas d'ombre. Rien qu'un oeuf sale recouvert de mouches qui cuisait vraiment sur l'asphalte somme toute.

Les autres, je ne sais pas trop où ils s'en iraient. Ils devraient essayer de survivre, comme tout le monde dans le patelin.

Anyway, on s'en calice.

samedi 15 août 2009

Salut Ti-Rat!


Je viens d'avoir une petite conversation avec un écureuil noir.

Ça n'a pas été très long. L'écureuil n'avait pas grand chose à dire.

Ça cherche de la bouffe toute la journée ces petites bébites-là. Et même que ça n'aurait pas plus de mémoire qu'un dé à coudre. L'écureuil cache sa bouffe un peu partout et ne se souvient plus l'hiver venu des endroits où il l'a cachée. Ce qui fait qu'il passe ses journées agité comme l'enfer, l'écureuil, à courir de gauche à droite comme une poule pas de tête. Il déterre tout. Plante son museau dans tous les trous. C'est fou comme ça fouille et farfouille un écureuil.

En tous 'es cas, je crois sur parole le biologiste amateur qui m'en a parlé. On ne viendra tout de même pas me reprocher de nourrir des préjugés envers les animaux. Ça ne me dérange pas du tout que l'écureuil soit nul et se bourre les bajoues pour avoir de quoi à grignoter au cas où il serait trop con pour se souvenir de l'endroit où il a caché ses graines et autres détritus.

Ce qui fait que mon écureuil n'avait pas grand chose à dire.

Je l'ai regardé droit dans les yeux et je lui ai dit simplement «Salut Ti-Rat!».

Ti-Rat n'a pas bougé d'un cil et m'a observé avec ses grands yeux noirs.

Pourquoi Ti-Rat, hein? Parce que les écureuils ressemblent à des rats avec une queue un peu plus touffue. C'est à peine plus gracieux. Et franchement, ce n'est pas plus bavard l'un que l'autre.

Ti-Rat m'a tout de même observé un bon moment. Peut-être qu'il se disait en lui-même que c'est ce gros-là qui doit lui chiper toutes ses provisions qu'il ne retrouve jamais l'hiver venu. Ce qui fait qu'il devra travailler toute l'année, parfois à des températures de vingt sous zéro, sans compter le facteur humidex qui rend nos hivers si rudes. Ti-Rat va se fendre le cul en quatre toute l'année pour demeurer joufflu.

Dans le fond, je comprends pourquoi Ti-Rat ne m'a pas rendu mes salutations. J'ai été vulgaire. Je ne l'ai pas appelé Monsieur Ti-Rat. Je l'ai traité comme si nous avions élevé les cochons ensemble. Salut Ti-Rat... Si d'aventure un inconnu me disait «Salut e'l'gros!», eh bien je lui calicerais mon poing dans 'a face. Ou bien je l'enverrais chier. Je ne laisserais pas passer cette impolitesse.

Ti-Rat n'a pas beaucoup de mémoire, mais il veut qu'on le respecte.

Il m'a donc détourné le dos. Il a sauté du poteau de la corde à linge jusqu'à la branche de l'amélanchier qui pousse derrière la remise. Puis de l'amélanchier il sauta à l'érable.

Il me jeta un dernier coup d'oeil de côté, l'air de dire fuck off mon hostie d'gros singe.

Puis il grimpa dans les branches et se perdit dans le feuillage.

Il dérangea quelques mouches et chenilles au passage.

Tout devint ensuite étrangement calme. Plus aucun bruit, sinon celui des climatisateurs du quartier qui laissaient entrevoir une journée très chaude et très humide.

Bon ben, salut Ti-Rat...

BUZZ LITTÉRAIRE

Tiens, je suis à la une du blog Buzz littéraire ce matin. C'est un blog produit en France où il est question de littérature et de jeunes auteurs. À quarante-et-un an, je m'étonne d'être encore jeune... Enfin! Je vieillis bien, comme le bon vin.

Buzz littéraire a reproduit mon texte intitulé «Les Français traduisent l'américain comme des cons». Après ça, on viendra me dire que les Français sont chauvins et orgueilleux!

Tabernacle!

vendredi 14 août 2009

Quand j'étais petit je n'étais pas grand (Plume Latraverse)


Quand j'étais petit je n'étais pas grand. C'est une phrase facile. Je l'ai entendue dire de la bouche de Plume Latraverse. Cette tautologie vaut le détour, quiconque l'ait pu dire le premier. Je serai donc le troisième, sinon le énième à vous rabâcher les oreilles avec quand j'étais petit je n'étais pas grand.

Quand je n'étais pas grand... Enfin, quand j'étais plus petit que mon père et ma mère, tous deux frôlant les six pieds.

Mon père faisait cinq pieds onze. Ma mère fait six pieds facile. Et mon vieux, orgueilleux comme il était, marchait toujours le menton bien haut pour récupérer le pouce manquant sur ma mère quand il marchait à ses côtés. J'en ris encore rien que d'y penser!

Ah! feu mon père, Conrad comme il s'appelait, alias Teddy pour ses camarades de la Reynold's Aluminium Company de Cap-de-la-Madeleine, quel pince-sans-rire il était.

Je l'ai toujours trouvé drôle. Son humour était tout subtil ou bien explosif à en couper le souffle. Conrad pouvait être d'un calme olympien tout aussi bien qu'il pouvait brasser sa cage à en imposer le respect. Il avait la carrure d'un bûcheron, grand et large comme un frigidaire. À cause de son prénom et de ses cheveux en brosse le voisinage croyait qu'il était un boche alors qu'il était plutôt un Sauvage, comme ma mère par ailleurs qui provenait d'une famille portant des plumes et des coquillages.

***

Mon père est mort lors de la première journée du Grand Prix automobile de Trois-Rivières...

Les funérailles furent inoubliables: la pédale dans le prélart pendant trois jours, jusqu'au cimetière St-Michel, inhumé pendant la finale du Grand Prix qui se passait juste à côté... Vrrrr... Et un dernier salut au patriarche... Vrrrr... Lui qui n'a jamais eu de permis de conduire ni d'automobile. Lui qui détestait le bruit des autos... Vrrrr... Lui, mon Grand Chef, fils d'Éloi Bouchard et Adrienne Létourneau, métis d'ascendance algonquine, micmac, française et peut-être madagascarienne qui sait. Vrrr... Ah! les moteurs vrombissants du Grand Prix, quelle connerie à mes oreilles!

***

Quand j'étais petit, je n'étais pas grand.

Et feu mon père n'aimait pas les autos.

Il insultait ceux qui passaient sur la rue en faisant crisser leurs pneus.

-Va faire ça ailleurs tabarnak! qu'il gueulait en brandissant ses bras au-dessus de sa tête. Décalice mon hostie d'taupin!

C'est que mon père était tout seul contre le monde entier. Il ne demandait pas à l'État d'intervenir dans ses affaires courantes. Il était un État à lui seul. Comme tout Indien, quoi. Une personne, un État, un Roi. Je retiens d'eux moi aussi. L'humanité n'est pas un troupeau. Mais une conjonction de personnes souveraines dont les droits sont défendus par la communauté.

-Hostie d'boucane de char de sacrament! Moé j'en veux pas d'char! Y'en a qui ont des chars pis qui ont rien dans l'frigidaire! Moé mon frigidaire pis mes enfants vont passer avant les maudits chars! Pis j'farmerai pas ma gui-yeule saint-sacrement d'calvaire! Mon nom c'est Conrad Bouchard tabarnak c'est pas Lalancette! Ça pue les chars!

C'est que mon père était un écologiste avant la lettre, bien qu'il tenait un tout autre discours sur les écologistes.

-Des hosties d'barbus d'tabarnak! Ça voudrait que l'monde mange des fleurs pis fermer toutes les shops! Où c'est que l'monde va travailler ciboire si i' ferment toutes les shops, hein? On va manger quoi? Des navets pis des patates comme en Pologne? Hein?

J'aimais ses contradictions. Ça le rendait drôle. Et profondément humain.

Hostie, j'voudrais dire que je m'ennuie de lui pis ça ne serait pas vrai.

Il est toujours là, près de moi. Il vit en moi, pour toujours, et m'accompagnera jusqu'à mon dernier souffle, c'est certain.

Pis en plus, il n'aimait pas nous voir larmoyer.

-Un homme ça pleure pas, qu'il pensait sûrement.

De fait, je ne l'ai vu pleurer qu'une seule fois dans sa vie. C'était le premier de l'an. Un mois après avoir appris qu'il lui restait trois à six mois avant de mourir de son cancer. Ça me glace encore le coeur rien que d'y penser. Brrr...

Donc, cessons de brailler s'i'-vous-plaît. On n'a pas besoin de ça.

***

Quand j'étais petit, je n'étais pas grand.

Mon père était le premier enfant du deuxième lit d'une famille de dix-huit enfants, sans compter les enfants morts en couche ou en bas âge. Ils vivaient dans une petite maison de bois sans isolation dans le fin fond de la vallée de Matapédia, dans un village nommé Sayabec mais que mon père tenait mordicus à prononcer Sébec pour une raison qui m'échappe.

Évidemment, les Bouchard étaient pauvres. N'importe qui serait pauvre avec dix-huit enfants à nourrir.

Ce qui fait que mon père avait gardé certaines habitudes de cette période. Dont celle de tremper du pain dans un bol de mélasse.

Ou bien celle de se faire des beurrées de cassonade et margarine.

On en voulait tout le temps, vous savez bien. On voulait faire comme lui.

-'en veux moé 'ssi des beurrées d'castonade!

-Vous allez en awouère! Vous allez en awouère mes p'tits bonyeus!

Et là, Pa nous faisait des beurrées de cassonade.

C'était souvent après la piscine.

Plusieurs tranches de steak accompagnées de généreuses portions de frites allaient suivre un peu plus tard.

Pa et Mman étaient heureux de nous voir joufflus et en santé.

De fait, nous étions parmi les plus grands et les plus gros de l'école, moi et mes trois frères. Nous étions nourris au steak et aux beurrées de cassonade, à la bonne bouffe traditionnelle du terroir canadien-français métissé, toute cette nourriture assortie de chips, chocolats, friandises et liqueurs, dont le traditionnel choix entre la brune (Coke) ou la blanche (Sprite)...

***

Ouais, ouais... Que de souvenirs.

C'est le premier jour du Grand Prix de Trois-Rivières aujourd'hui.

Ça me laisse toujours un goût amer, le Grand Prix...

Vous savez bien pourquoi maintenant.

jeudi 13 août 2009

Technologies


Il m'arrive parfois d'être sidéré par le progrès technologique accompli au cours des cent dernières années. Les humains sont passés de la traction à boeufs à la traction intégrale à quatre roues motrices, avec la possibilité de prendre un raccourci vers le ciel ou les étoiles.

Les livres, si nombreux, si poussiéreux et qui étaient tellement inaccessibles dans certains cas sont maintenant disponibles d'un seul clic, en presque toutes les langues. En cinq minutes, devant l'ordinateur, nous avons accès à des millions de livres numérisés.

C'est pareil pour la musique ou les recettes de cuisine, la physique quantique ou le water-polo. Rien n'est laissé au hasard, sinon l'internaute lui-même qui peut passer des heures devant ces tas de pixels sans s'ennuyer devant la programmation régulière de la bonne vieille télé, devenue aussi vétuste en quelque sorte que d'écouter une partie de hockey à la radio quand on avait la télé dans les années '70.

Ces ordinateurs qui valaient de deux à trois milles dollars au début de l'an 2000 sont maintenant disponibles pour moins de dix dollars dans les ventes de garage et les marchés aux puces. Tenez, nous avons récemment acheté un ordinateur portable iBook de Apple pour une bouchée de pain. Ma blonde l'a nettoyé de tous ces déchets numériques et il fonctionne comme un neuf! C'est pratique comme tout et franchement on rentre dans notre argent.

Évidemment, un simple téléphone cellulaire de nos jours contient souvent plus de gigs qu'un vieil ordi ultraperformant des années 2000. On peut tenir dans sa main ce qui pesait avant le poids d'une poche de patates. Je peux tenir 1000 albums de musique dans la paume de ma main. Si ça ne vous étonne plus, moi ça me surprend encore.

On ne parle évidemment que des ordinateurs. Il ne faudrait pas oublier tous les autres progrès accomplis grâce aux possibilités créées par l'échange ultrarapide du savoir, en tous points du globe.

En médecine, c'est malade toutes ces recherches qui se sont menées. On a tout décodé et on s'est mis à cloner des brebis, des vaches et, peut-être, des humains. Il est question maintenant de cloner des organes internes, comme des foies, des reins ou des coeurs. On étudie les propriétés de la salamandre, un vertébré comme nous, qui possède la faculté de faire repousser un bras mutilé, avec ses doigts et tout son système nerveux compliqué. On va trouver le gène qui permet ça et on modifiera l'homme lui-même en lui foutant ce gène dans sa programmation interne. Du coup, nos bras repousseront d'eux-mêmes s'ils se font amputer...

Arthur C. Clarke était convaincu que l'homme atteindrait l'immortalité autour de 2030. Il se fiait sur l'évolution technologique des dernières années pour mesurer cela. Le temps a toujours été plus court d'une invention à l'autre. De la voiture à l'avion, de l'avion à la fusée, de la radio à la télévision, de la télé aux téléphones cellulaires qui se connectent sur l'Internet, etc.

D'où l'immortalité pour 2030.

Ce même auteur énonçait la loi suivante: « Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie. »

C'est pas fou.

J'ai parfois l'impression de vivre une vie qui tient de la science-fiction. Sauf que ce n'en est pas. C'est la vraie vie. Et ça va vite, trop vite.

Préparez-vous à vivre longtemps, sait-on jamais...

mercredi 12 août 2009

Il est impayable ce Pain!


C'est l'histoire d'un mec qui ne dit pas un sacré mot de français.

C'est donc l'histoire d'un Anglais. Bien qu'il soit plutôt un Canadien anglais.

Enfin! Il s'appelle Brod. Et comme personne ne parle anglais à l'Université du Kébek à Twois-Wivièwes, tout le monde l'appelle Pain parce que tout le monde pense qu'il s'appelle Bread.

-Hi! I'm Brod! se présente-t-il devant tout un chacun, en souriant à pleines gencives.

-Bread! Hostie! I' s'appelle Pain! Ha! Ha! Ha!

-Pas Bread! Dje me call Brod. Brod Watkins. La drrrose dloin du drrrosier se fane et flédrrrit!

-J'te comprends pas Pain. Ha! Ha! Ha!

Ce qui fait que Pain a de la difficulté à s'intégrer parmi les ivrognes du bar universitaire qu'il fréquente.

Pain se met donc à l'étude du français.

-Couci, couçaaa... Endchanté madyame... Dje vous en prrrie... Djeez! It hurts my throat that fuckin' French language!

Pour accélérer son apprentissage, il fait l'apprentissage de l'amour avec une Québécoise. Pain est venu s'installer au Québec parce qu'il fantasme sur Mitsou et s'imagine que toutes les Québécoises lui ressemblent, le vicelard.

Il est à peu près bien servi par Mathilde Laflamme, une fille qui n'est pas badré avec ça, si vous voyez ce que je veux dire, hé, hé.

Voilà donc que Pain entre son pénis dans le vagin de Mathilde et qu'il jouit.

Et, par politesse, Pain se charge de décharger en français, dans la langue de sa douce.

-Foutrrredieu! Dmon spermeu dcoule!!! qu'il dit en se souvenant du Marquis de Sade qu'il fallait lire dans un de ses cours en psychologie auquel il s'était inscrit pour le fun.

Cela fait un peu déphasé pour Mathilde d'entendre ça. Sur le coup, elle pouffe de rire. Ce qui contracte les muscles de ses parties intimes et étrangle puissamment le pauvre petit poulet qui s'y est engouffré.

-Foutrrredieu! Dmon spermeu dcoule!!! qu'il répète en hoquetant.

Franchement, il est impayable ce Pain, alias Bread, alias Brod Watkins!

mardi 11 août 2009

La vie n'est pas qu'un bouquet de roses


La vie n'est pas qu'un bouquet de roses. D'ailleurs, Agama n'aimait pas les roses. Seulement les acacias.

-Qu'est-cé ça les acacias? se demandent certains de mes lecteurs.

Alors là, vous m'étonnez. Vous n'avez qu'à taper «acacia» dans Google. Le premier imbécile venu sait faire ça. Donc, vous devriez avoir honte de me demander «qu'est-cé ça les acacias» ou bien qu'est-ce que la physique quantique.

Toutes les questions que vous pouvez vous poser trouveront une réponse, sinon plusieurs. Même si vous vous demandez si Dieu existe, vous en aurez pendant des heures à naviguer sur Google. Fuck! C'est clair qu'il y a réponse à tout. Et j'en vois qui sont encore là pour me demander «qu'est-cé ça les acacias»! En deux mil neuf hostie! «Qu'est-cé ça les acacias?»

Il n'y a plus de raison pour l'ignorance. Vous devez sûrement avoir un portable ou bien une vieille patate Pentium III à l'article de Namor. Sinon, les livres ne coûtent plus rien. C'est plus long pour trouver l'information, mais c'est mieux que de passer ses journées à regarder la télé. Et ça ne coûte rien. Zéro. Pas une hostie de token.

Donc, «qu'est-cé ça les acacias?», eh bien ça m'étonne des quelques-uns d'entre vous, chers lecteurs, mais je vous pardonne. Ça ne vient pas tout seul, l'instinct de tout connaître d'un seul clic.

Ce qui fait que les générations montantes s'emmerdent en classe ou bien au travail. Ils peuvent être crissement performants, je vous en torche un papier. Comme ils peuvent aussi être crissement nuls, comme tout le monde.

Ah! C'est que la vie n'est pas qu'un bouquet de roses. D'ailleurs, Agama n'aimait pas les roses. Juste les acacias.

Agama provenait de la côte ouest de l'Afrique. Sa peau était de la couleur du café, même si la métaphore est facile, je n'ai rien trouvé de mieux, même sur Google.

Agama n'aimait que les acacias.

Et chaque fois qu'elle en parlait à ses clients, au restaurant où elle travaillait, sur un quart de nuit, c'est bien rare qu'ils ne lui répondaient pas «qu'est-cé ça les acacias» sinon «sorry, I don't speak French».

Non, la vie n'est pas qu'un bouquet de roses.

lundi 10 août 2009

L'histoire d'un cendrier


Tchékhov pouvait écrire une nouvelle à partir de rien.

«Le jeune Tchéchov n'a-t-il pas dit un jour à Korolenko:

-Vous avez là, sur votre table, un cendrier. Voulez-vous qu'à l'instant j'invente un récit à son sujet?» *

C'est qu' «(un) génie a une telle richesse intérieure que n'importe quel thème, pensée, incident, objet peut provoquer en lui un flot intarissable d'associations d'idées.» **

L'histoire ne nous dit pas si Tchékhov a finalement écrit le récit de ce cendrier.

C'est donc qu'elle reste à écrire pour l'honneur des arts et des lettres.

Allons-y donc!


L'HISTOIRE D'UN CENDRIER

Il n'y avait rien dans ce cendrier. Pas de mégots. Pas de gommes. Ni d'arachides. Ce n'était qu'un gros cendrier de verre comme on en trouve un peu partout.

Ce n'était pourtant pas le cendrier de n'importe qui.

C'était celui de Ricky Rick, un bandit de peu d'envergure qui volait des bouteilles de shampoing dans les pharmacies et des cendriers dans les bars.

Et comme il avait volé ce cendrier, évidemment, ce n'était pas le sien.

Ce n'était pas le cendrier de n'importe qui, calice, c'était le cendrier du bar L'Arti-Show, le cendrier de Gonzo Lavergne, tabarnak, qu'il avait payé de sa propre poche dans un entrepôt de Québec spécialisé dans l'équipement de restauration. Ce n'est pas qu'ils valaient bien cher, ces gros cendriers bruns aux courbes simples.

-Hostie! disait Gonzo, j'me fais voler une vingtaine de cendriers par semaine! Achetez-en calice des cendriers! Ça coûte juste vingt-cinq cents!

C'était évidemment du temps où l'on pouvait fumer dans les bars, il y a fort longtemps.

Du temps où Ricky Rick, cet hostie d'trou d'cul, sévissait au centre-ville.

Une autre histoire de cendriers tournait autour de cet animal. Il paraît qu'il faisait passer du Old Dutch pour de la coke dans les bars. Pour faire saigner un peu du nez, il rajoutait de la poudre de verre qu'il obtenait en frottant deux cendriers de vitre translucide l'un contre l'autre.

On découvrit néanmoins son stratagème, d'autant plus facilement que sa poudre ne gelait pas du tout.

Et comme si ce n'était pas assez, voilà qu'il avait commis la double gaffe de voler un cendrier à Gonzo Lavergne après lui avoir vendu sa poudre de perlimpinpin qui récurait le nez et faisait saigner du nez.

-C'est lui qui m'vole mes cendriers, le tabarnak! Suzie l'a vu en train de voler un cendrier, hostie! Pis, en plus, faut que c't'hostie de crotte ambulante me r'file d'la poudre de vitre! Suzie l'a vu en train de fabriquer d'la poudre, l'hostie d'malade! M'en va's y régler son cas moé calice!

Suite à cela, on ne revit plus jamais Ricky Rick.

Certains petits brigands disparaissent dans le quartier sans jamais être retrouvés. Plusieurs prétendent qu'ils finissent dans le lit du fleuve avec des pantoufles en béton armé.

Je n'ai jamais pu le vérifier.

En attendant, j'ai acheté un petit cendrier au marché aux puces. Il est petit et brun.

Je ne sais pas ce que je vais faire avec puisque je ne fume pas.

Peut-être que je déposerai des arachides dedans.


______

Notes

* Paoustovski, La rose d'or, Gallimard, 1968, p.60

** Idem

À l'ouvrage!


Les vacances sont terminées...

J'ai des tas de projets devant moi, comme toujours.

Donc, retour à l'ouvrage!

dimanche 9 août 2009

À propos d'un simple brin d'herbe


L'interprétation que nous nous faisons du monde, avec les senseurs propres au mammifère que nous sommes, transcende-t-elle celle que pourrait s'en faire un simple brin d'herbe? Nous avons des yeux, des narines et toutes sortes de trucs tentaculaires pour nous faire une idée du monde. Et le brin d'herbe? Vous ne croyez pas qu'il pense lui aussi?

Ces questions sont ridicules. Je sais.

Mais elles m'obsèdent parfois, quand je constate que l'homme n'est pas aussi sensé qu'il ne le croie.

Ce qui veut aussi dire que la nature n'est pas l'idée bonne ou mauvaise que nous nous en faisons puisqu'il nous manque l'impression du brin d'herbe, vécue du dedans. On peut dire à quoi ressemble ce brin d'herbe, mais on ne peut pas dire ce qu'il pense. Ni ce que votre chien pense. Ni ce que vos amis méditent. Tout n'est qu'une pâle reproduction de la vraie pensée.

Et le mystère du brin d'herbe, lui, demeure entier.

***

Je récuse l'idée que les plantes ne pensent pas. Ce qui fait que j'ai cette vanité de conférer une âme aux brins d'herbe. Une vanité stupide qui me fend le coeur quand je vois des terrains de golf rasés de près. Comme si j'entendais chaque brin d'herbe crier à fendre l'âme.

Je souffre d'animisme, pas d'anémie: d'animisme! Un vieux fond anishnabé peut-être. Après tout, c'est là le hic. Ma pensée n'est pas conforme à la pensée ambiante. Respecter un brin d'herbe, ce n'est pas la norme.

Jamais il ne serait venu à l'idée d'un Indien de se tailler de beaux petits bosquets pour ornementer la devanture de son wigwam. Il laissait la nature telle qu'elle était, l'Indien, parce qu'il croyait justement qu'il y avait une âme dans les plantes et qu'il était inutile de les faire souffrir pour rien. L'Indien s'excusait de tuer un bison comme il s'excusait de fouler du pied une araignée ou bien un brin d'herbe.

Et on prétend que les Indiens étaient des sauvages...