mercredi 24 janvier 2018

L'ivresse cosmopolite

Quand il est arrivé ici il ne parlait pas un traître mot de français.

Il a appris vite en se saoulant et en se défonçant la gueule pendant des mois avec des trous du cul comme vous et moi.

Au bout d'un an, il sacrait comme un bûcheron et vous répondait du tac au tac malgré son fort accent anglais.

D'aucuns pourraient dire qu'il était un exemple d'intégration.

Et c'était pourtant le contraire.

Ce gars-là a intégré tout le monde à des cultures différentes de la leur. Nous nous sommes intégrés à lui.

D'abord parce qu'il a fait découvrir Bob Marley, Yellowman et Lee Scratch Perry à des gens qui seraient demeurés bloqués toute leur vie sur je ne sais trop quel album de rock progressif de l'année 1973. Ainsi la Jamaïque et les bongs débordant de fumée sont entrés fièrement dans nos vies comme une délivrance spirituelle. Ya man! No mo' Babylon! 

Ensuite parce qu'il ouvrait la porte à tous les étrangers du monde, étrangers qui ne seraient jamais rentrés dans la vie quotidienne de ce coin reculé du Québec où ce gars-là avait atterri. Après Mark il y a eu Samir. Et après Samir, Ahmed. Et après eux combien d'autres de tous les continents...

S'il est correct, lui, l'Étranger, alors pourquoi pas les autres? On en avait accueilli un. On en accueillerait d'autres. Ce serait évidemment plus difficile s'ils refusaient de se saouler et de se défoncer la gueule. L'intégration passe aussi par une harmonieuse désintégration. Tout le monde devient frères et soeurs après une brosse. Enfin, ce sont les coutumes du coin qui veulent ça. Un peu de bière, de gin, d'alcool frelaté, de pot, de hasch, de psilocybes, de poudre de perlimpinpin et vous voilà comme un apôtre qui parle dans toutes les langues de l'empire sans même en avoir appris une seule.

J'ai pratiqué le même truc dans l'Ouest. 

J'ai saoulé et gelé mes professeurs d'anglais pour qu'ils soient patients avec mon babillage.

Puis ils se sont mis à lâcher des «tabeurnakès» gros comme le bras pour me faire plaisir.

Je ne prétends pas régler tous les problèmes du monde avec l'alcool et les autres drogues.

Pourtant, j'ai vu bien des masques tomber pendant une brosse. Et j'ai vu des dents se faire casser aussi mais ça, bon, c'est comme pour n'importe quel autre sport.

Fais-je l'apologie de l'ivresse?

Pourquoi pas si la sobriété est raciste.

Bas les masques.

Saoulons-nous. Dansons. Vivons.

Oublions-nous.

Devenons un nouveau Nous.

Ou faites ce que vous voulez.

Moi je m'en fiche.

J'aime tout le monde.

Même les caves.

Parce que je suis cave.

2 commentaires:

  1. Patrick Le Monniermercredi, 24 janvier, 2018

    Magnifique! Appel au décoinçage, Aimons nous ou au minimum tolérons nous les uns les autres. Je sais, ça fait un peu cureton mais si on le faisait pour de vrai, le monde serait moins con...

    RépondreEffacer
  2. La défonce n ' a pas toutes les vertus mais de tps en tps elle nous recale dans le calé , là où nous sommes trop décalés . Relax !

    RépondreEffacer