dimanche 21 janvier 2018

Le manifeste d'un peureux

Éphrem Lavertu n'était pas raciste du temps où il n'y avait que des immigrés qui avaient la décence de se taire lorsqu'il leur parlait. Les immigrés n'avaient pas cette arrogance qu'ils ont de nos jours. Ils savaient à l'époque que Lavertu pouvait tout leur apprendre. Et, pour le remercier mille fois, ils lui donnaient des pâtisseries de leur coin de pays sans rien attendre en retour du seigneur Lavertu qui leur faisait l'hospitalité. Ils ne chignaient pas non plus à faire semblant de giguer sur un vieil air de folklore. Ils n'imposaient pas leur culture mondiale... Et ils l'écoutaient presque religieusement délirer sur l'amitié entre le peuple québécois et le reste du monde...

Éphrem a eu un choc il y a cinq ans. Il était sorti de sa région pour aller visiter Montréal. Et il avait plutôt trouvé Sodome. Une ville contaminée par toutes sortes de drôles de gens qui ne connaissaient pas Richard Huet et Pierre Falardeau. Même les jeunes, qui avaient pourtant l'air de Québécois de souche, parlaient entre eux dans un sabir international incompréhensible.

Revenant dans son patelin, à Saint-Étole-des-Meumeus, Éphrem Lavertu s'était mis en tête de rédiger un manifeste social et national, un appel à défendre notre sapin de Noël, nos bines au lard et Claude Gauthier. Si ce n'avait été que de ça, rien de bien dommageable. Malheureusement Éphrem voulait qu'on nous rentre le sapin de Noël dans le fin fond du trou du cul même si tout le monde s'en crissait.
Idem pour sa bûche de Noël et ses jokes de mononcle. Il ne pouvait même plus parler à une jeune demoiselle en sortant le bout de la langue pour la séduire. On l'aurait traité de porc, imaginez-vous donc! Quelle triste époque...

Son manifeste, évidemment, c'était de la merde.

De la merde comme il s'en est toujours chiée depuis Robert Rumilly jusqu'à nos jours. De la petite foirasse sur le thème de l'invasion des Rouges, des Jaunes ou des Blacks. Rien pour nourrir l'esprit. Tout pour dégueuler.

Le manifeste de Éphrem Lavertu s'intitulait NOUS.

Et nous n'en avions rien à foutre, rien.

C'était un autre délire d'un vieux con qui gueulait après les étrangers en cherchant son dentier parmi ses vieux classiques du temps où il lisait encore les livres autorisés par sa coterie.

Rien de bien original.

La pathétique fin de carrière d'un intellectuel qui n'en avait jamais été un.

Le départ en fumée d'un peureux.




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