vendredi 25 mars 2011

Lui, lui et encore lui, la Ville...

Il n'y a rien de plus naturel que de parler que de soi-même.

Aussi, ce gars-là ne parlait que de lui.

Il était loin d'être la personne la plus intéressante au monde. Même que tout en lui dénotait une méthode. Il avait dû lire quelques niaiseries du genre «Comment bien paraître en société» et il s'en était tenu à la stricte observance des bêtises qu'un auteur en mal de sujet avait dû rédiger à la hâte pour payer son boire et son loyer.

Il approchait quiconque avec sa face de singe à deux émotions, neutre ou acariâtre, comme le célèbre Mr Man du bédéiste Jigger, un Trifluvien dont vous vous rappelerez avec tendresse «Les aventures de Ti-Jean le livreur de lait».

Donc, il n'avait pas vraiment une face de singe. C'est plus expressif, une face de singe. Non, il avait plutôt une face d'envie d'chier, si vous voyez ce que je veux dire. Une face de constipé du bas qui, grâce à «Comment bien paraître en société» vous souriait gauchement en vous tendant une poignée de main pressée et pas du tout sincère.

C'était donc un hostie de politicien, ce gars-là, et même que c'était le premier politicien de cette petite communauté malchanceuse qui avait hérité de ce frustré fiévreux et stressé pathologique, ce mégalomane narcissique qui n'avait pas les moyens intellectuels de juguler ses ambitions comment l'on se préserve du pouvoir de l'anneau dans Le Seigneur des anneaux, tiens. Il manquait de finition, ce gars-là.

Il avait tout du dictateur, d'abord la face d'envie d'chier, et puis ses décisions qui étaient du même ordre foireux. Lui et ses amis, eux aussi lecteurs de «Comment bien paraître en société», serraient des mains et récoltaient des chèques. La politique, c'était bien plus payant que d'être gérant d'un club de bowling. Avec tous les avantages, le gros char payé pis les voyages dans les loges du Centre Belle, oua, c'était l'art de se servir du peuple en prétendant le servir.

-E'l'monde sont épais! qu'il disait, ce gars-là, parmi ses chums à la face d'envie d'chier eux aussi. E'l'monde lisent pas! Des journaux? Des lettres? Des pétitions? E'l'monde sont ben qu'trop occupés pour s'intéresser à ça! I' veulent de la détente, de la joie! Pis moé, ben m'en va's leu' bâtir des cirques, des zoos, des amphithéâtres, tout ça avec leu' cash, ha! ha! Pis là Redj pis Tony vont m'donner le chalet qui m'ont promis, un hostie d'beau chalet, avec une vue sur un lac... Tabarnak! Pis qu'j'en vouèye pas un calvaire v'nir se plaindre que la Ville traite les eaux usées du gaz de schiste! Cibouère de calvaire! L'argent pousse pas dans 'es arbres! Gang d'hosties d'pouilleux! Qu'i' fasse comme moé! Qu'i' s'trouvent une job!

Franchement, c'était un tarlais. Et il était la Ville.

Il se comportait comme un seigneur de la Nouvelle-France, en plus quétaine, avec un décor en stucco et un déguisement de la Dollorathèque.

Pourtant, c'était le printemps arabe. Et le téléphone arabe jouait fort dans la communauté. On se passait des messages par Facebook, YouTube,  Reverbnation. Il passait vraiment pour le tarlais qu'il était. Tous les jours, toujours plus, jusqu'à ce qu'il craque et calisse son camp.

Parce que dans sa Ville, comme dans toutes les villes du Québec because une constitution claudicante, c'était dur en hostie de se débarrasser d'un plein d'marde qui se torche le cul avec la démocratie.

C'est pour ça que le peuple devait jouer du téléphone arabe pour que le temps des fleurs revienne...

C'est ça aussi la démocratie: se débarrasser d'un trou d'cul qui ne mérite pas le pouvoir.