lundi 3 décembre 2012

«Combien»

Chez les Inuits on se colle le nez l'un à l'autre pour se saluer.

Ici, on te demande «combien» tu vas.

Combien tu fais.

Combien il te reste à payer sur telle ou telle bébelle.

Combien ceci ou cela.

Et on reproche en plus aux uns et aux autres de ne rien comprendre à «combien»... De ne pas travailler assez fort... De ne pas investir suffisamment... Combien, combien, combien...

***

Heureusement qu'il y a les arts pour nous sauver de ces morales mercantilistes où la plus haute vertu consiste à savoir «combien» l'on vaut.

Le Veau d'or est secondaire devant une oeuvre d'art.

Cela permet de nous connecter à autre chose.

S'il n'y avait pas eu des Cyrano de Bergerac et des Jules Vernes pour imaginer un vol sur la Lune, ce ne serait jamais arrivé.

Tout ce qui nous semble impossible aujourd'hui pourrait devenir banal demain.

***

Je termine un énorme tableau bourré de petits personnages. C'est à m'en arracher les yeux. Je ne vous dirai pas «combien» j'en ai peints. Je vous dirai simplement que je rêve quand je m'adonne aux arts. Je suis ailleurs, loin, dans cette bulle où je m'enferme depuis des lustres pour ne pas avoir à subir le poids des conversations oiseuses sur l'argent et les finances publiques. Tout est possible. Tout. Comme abolir l'argent et le remplacer par des tartes au sucre, des pommes ou bien des petits dessins.

Quand je prends mes pinceaux, ma guitare ou mes harmonicas, je sais qu'on peut tout faire et tout refaire. Tout le monde rit sur mes toiles parce que mes personnages ont l'obligation d'être heureux dans la bulle que je me suis faite. Idem pour mes airs de musique.

Voilà.




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